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mardi 3 avril 2012

Jour 1788

Les nains ont forcément envie de croissance

Le Monde Diplo, le 2 avril 2012 :

"Il y a longtemps que la pertinence du PIB en tant qu’indicateur hégémonique est remise en question par les économistes. Est particulièrement visée, dans ce « supplément de richesse » annuel produit et évalué de façon marchande et monétaire — qui fait donc le bilan de la valeur ajoutée produite par une économie —, son incapacité à prendre en compte l’inestimable des vies humaines. En mars 1968, Robert Kennedy, candidat à l’investiture démocrate pour l’élection présidentielle américaine, le martelait déjà : « Le PIB ne tient pas compte de la santé de nos enfants, de la qualité de leur instruction, ni de la gaieté de leurs jeux. Il ne mesure pas la beauté de notre poésie ou la solidité de nos mariages. Il ne songe pas à évaluer la qualité de nos débats politiques ou l’intégrité de nos représentants. Il ne prend pas en considération notre courage, notre sagesse ou notre culture. (...) En un mot, le PIB mesure tout, sauf ce qui fait que la vie vaut la peine d’être vécue. » [...] Reste qu’en quarante ans de domination sans partage de la vulgate libérale, rien n’a vraiment changé : la mesure de la richesse nationale est toujours majoritairement centrée sur les différents niveaux de l’activité marchande, dans une optique de « création de valeur ajoutée » que les années de reconstruction d’après-guerre ont fortement contribué à figer. Les conditions sociales de production restent un sujet virtuel. [...] Critère de mesure central, le PIB n’a, enfin, aucunement tenu lieu de radar d’alerte concernant la crise actuelle. Rien dans la structure du PIB ni dans le AAA des agences de notation, qui lui est fortement corrélé, n’a permis de comprendre, par exemple, que l’accumulation de « richesses » produites depuis trente ans au Royaume-Uni par des services financiers hypertrophiés engendrait un déséquilibre structurel, rendant toujours plus d’hommes dépendants d’une production virtuelle et parasitaire. La crise montre aujourd’hui les limites de ce pari britannique : l’économiste Patrick Artus estime que 20 % des emplois au Royaume-Uni sont liés à la finance ; si la City perd son rôle central, le pays se retrouve sans option de rechange, aucune industrie ne pouvant vraiment relancer l’économie. Le PIB, pas plus que la grille des AAA, n’était capable de refléter ce glissement. Quant aux agences de notation, leur aveuglement passé dans le drame des subprime est unanimement reconnu ; pourtant, personne ne met en discussion leur capacité à dégrader du jour au lendemain la valeur d’une entreprise — et la vie de ses salariés — ou la réputation d’un Etat — et la vie de ses citoyens — sur la base de rumeurs et d’indicateurs arbitraires. En septembre 2011, remarque La Tribune, Air France « vaut » moins en Bourse que le prix catalogue de cinq A380 ; Accor, moins que la moitié de ses hôtels. Mais nulle multinationale n’envisage sérieusement de cesser de dépendre de cotations irrationnelles. L’économie libérale demeure un artéfact religieux et, comme tel, hésite à se priver de ses faillibles augures. Tant pis si ces derniers, marché ou agences, ont régulièrement besoin de victimes pour pouvoir « lire » dans les entrailles de la croissance."

vendredi 30 mars 2012

Jour 1784

La future crise

Le blog du Monde, Démystifier la Finance, le 28 mars 2012 :

"Le scandale qui secoue la City de Londres et le monde financier mondial semble de plus en plus serieux. Seuls des articles sporadiques de spécialistes ont mis en évidence une fraude dont il est encore difficile de connaitre l’ampleur et la gravité. Le LIBOR n’est autre que le London Interbank Offered Rate. Il s’agit du taux auquel les banques se prêtent entre elles. Il est donc étroitement lié au financement et au fonctionnement de l’un des plus grands marchés au monde : le marché interbancaire, dont la taille est estimée a 90.000 milliards de dollars. Il est fixé par des banques dites « de référence » tous les jours ouvrables à 11h à Londres. C’est en effet de la City que proviennent la plupart des mécanismes de référence : ce n’est pas de l’impérialisme. C’est du au fait que c’est à Londres que sont nés les euromarchés. Le rôle du LIBOR a cependant largement dépassé le cadre des banques : après tout si les banques trichent entre elles, je ne suis pas convaincu que cela surprendrait, moins encore attristerait le grand public. Depuis des décennies les crédits bases sur les taux à court terme ont pris ce taux pour référence : la plupart des grands crédits syndiques ont en effet un taux d’intérêt fluctuant, basé sur le LIBOR à trois ou six mois. La masse d’instruments dont les taux sont liés au LIBOR est estimée par le Financial Times à 350.000 milliards de dollars. Ainsi, si France Telecom a emprunté sur cette base, le jour de l’échéance de renouvellement du taux pour une nouvelle période de trois mois pourrait être le LIBOR + 50 points de base, soit, en ce moment 0,5% (LIBOR) + 0,5% (la marge de credit), soit 1%. Cela vaut aussi pour les crédits hypothécaires et autres financements en dollars. C’est donc tout le système qui repose sur ce moment magique. Bank of America, Citibank, Barclays Bank, Credit Suisse, Deutsche Bank et UBS sont dans le collimateur des autorités de contrôle. Il semblerait que ce soient Barclays Bank, Citi et UBS qui aient alerte les autorites il y a plus d'un an et demi. Le concept de LIBOR a d’autre part émigré et il existe un equivalent du LIBOR pour les principales devises. Ainsi, les emprunts en euros sont basés sur un EURIBOR qui, fort heureusement, est confié à un panel plus large et est donc moins susceptible de manipulation. Ce qui ne garantit cependant pas son intégrité. Dans ce contexte, les banques de référence disposent d’une forme de pouvoir qui, même limité, peut avoir des effets considérables sur les coûts de financement des entreprises et des particuliers et permettre à ces banques de financer à de meilleurs taux que d’autres ou, plus simplement, camoufler leurs difficultés de financement. Pour ce faire, il suffit de disposer des données permettant aux professionnels chargés de fixer le LIBOR, de prendre connaissance de la position de la Trésorerie de leur banque : 1 point de base (0,01%) n’avait aucune importance lorsque le LIBOR était élevé. En période de taux bas, il est naturel de se préoccuper d’un point de base qui peut avoir des répercussions journalières sur les coûts de financement des dizaines des milliards de dollars qui viennent a échéance chaque jour. Le Gouvernement américain aurait été le premier à se soucier de ce sujet et enclencher une enquête sur ce mécanisme lors de la crise financiere. Ce sont les autorités de la City qui mènent l’enquête, avec une dizaine d’autorités de contrôle dont les françaises, allemandes, japonaises et américaines.Les conclusions sont tellement graves que l’on s’attend à ce que, d’un jour à l’autre, plusieurs traders et banques impliqués dans ce scandale soient poursuivis pénalement. Cette fraude est d’une telle gravité que plusieurs banques ont déjà renvoyé des traders peu scrupuleux qui avaient ainsi allègrement franchi la muraille de Chine qui est supposée séparer les opérations de trésorerie de la fixation du LIBOR. D’un autre coté, le LIBOR n’est significatif que parce que les Trésoreries des banques gèrent des capitaux suffisamment importants pour que le taux soit représentatif. Comme dans le cas de notations frauduleuses des obligations représentatives des crédits subprime, certains traders avaient obtenu accès au système où les dirigeants de banques entraient leurs taux de référence et pouvaient les manipuler. Il y a une certaine hypocrisie dans la manière dont les banques (qui ont toutes fait savoir qu’elles coopèreraient avec les autorités) tentent de faire peser le poids d’une fraude systémique aux seuls traders. Une fraude d’une telle ampleur implique non seulement la connaissance, mais l’approbation des hauts dirigeants des institutions concernées. Comme le déclarait un avocat qui travaille sur ce sujet « cela pourrait bien n’être que le sommet de l’iceberg »."

mercredi 21 mars 2012

Jour 1775

En passant, saviez-vous que...

Le Monde, 21 mars 2012 :

"Alors que les débats sur la taxation des plus riches, notamment sur les revenus issus du capital, fait rage des deux côtés de l'Atlantique - élections présidentielles oblige - la Brookings Institution, un centre de réflexion américain de centre gauche, publie une étude chiffrée qui montre la faiblesse de la corrélation entre taux d'imposition du capital et taux de croissance. Pour Len Bunman, l'économiste qui a mis en ligne ces chiffres sur le site du Tax Policy Center, le département de la Brookings dédié à l'étude de la fiscalité (en association avec l'Urban Institute), on aurait tort de croire les éditos des journaux, qui laissent à penser "qu'aucun volet de la politique fiscale n'est plus important pour la croissance économique que la façon dont on taxe les gains du capital". [...] Comme tout bon économiste, Len Bunman sait pertinemment que corrélation n'est pas synonyme de causalité, "mais ce graphique devrait affaiblir la théorie prédominante sur la taxation des gains du capital. Diminuer le taux d'imposition du capital ne mettre pas un turbo à l'économie, et l'augmenter ne provoquera pas de dépression." Cela dit, une faible taxation du capital a selon lui au moins un avantage, "elle fournit beaucoup de travail aux avocats, comptables et génies de la finance car il y a beaucoup à gagner à maquiller des revenus normaux (taxés jusqu'à 35 %) en revenus du capital (dont le taux maximum d'imposition est 15 %)"."

lundi 19 mars 2012

Jour 1773

75%

Frédéric Lordon, dans la Pompe à phynance, le 16 mars 2012 :

"Il y a suffisamment de raisons d’être affligé de la campagne du candidat « socialiste » — qui ne trouve mot à redire au traité MES  institutionnalisant les principes de l’« ajustement structurel », promet de renégocier le TSCG avec la franchise d’un trafiquant de voitures d’occasion, fait des moulinets contre la finance avant de se rendre à Londres jurer l’innocuité de ses intentions réelles [...] Le candidat socialiste aurait-il vraiment le projet de s’en prendre aux inégalités, aux chutes dans la précarité des uns et à l’indécente explosion des fortunes des autres, il s’attaquerait à leur principe générateur même, à savoir : la libéralisation financière, l’ouverture du commerce international à toutes les concurrences distordues — bien faites pour déstabiliser les classes ouvrières des pays développés et attaquer les Etats-providences —, l’orthodoxie de politique économique qui commande de satisfaire les investisseurs d’abord et les corps sociaux s’il en reste, soit synthétiquement les structures de la mondialisation néolibérale, spécialement mises en valeur par la construction européenne — dont les prétentions de « bouclier » (« L’Europe est un bouclier contre la mondialisation ») inspirent au choix le rire ou le dégoût. C’est à cela que s’en prendrait donc un candidat de gauche, conscient que la gauche se définit plus par le projet de transformer radicalement le cadre des structures du néolibéralisme que par celui d’y passer la serpillière [...] Entre temps, et comme toujours dans ce genre de circonstances, le syndicat des malévolents monte en chœur au créneau, mais caparaçonné d’arguments « techniques » qui disent tous « l’impossibilité », et en particulier, délicieuse menace, l’inconstitutionnalité, supposée fatale aux 75%. [...] comme il n’est strictement aucun argument, ni celui du mérite ni a fortiori celui du temps travaillé, qui puisse justifier qu’un individu vaille, et gagne, trois cents fois plus qu’un autre, le revenu net maximal est décidément une idée qui a de l’avenir… [...] Il est donc temps de rappeler une ou deux choses à propos des supposés bienfaits de la présence des riches. Et d’abord à propos de l’idée que, entre joyaux de la couronne et cœur battant de l’économie, les riches seraient simplement indispensables à notre prospérité collective. [...] Il conviendrait pour commencer que les libéraux prennent conscience du défaut de cohérence de leur propre argument qui écarte d’abord la taxation des riches par un argument de « second ordre » : bien sûr, on peut si l’on veut l’envisager, mais elle concerne si peu de monde et s’avérera si peu efficace — quelques centaines de millions d’euros supplémentaires pour se faire plaisir, définitivement pas à la hauteur de la centaine de milliards du déficit à réduire... Or l’argument d’échelle se retourne comme un gant : si les riches pèsent si peu en termes fiscaux, c’est qu’ils ne pèsent pas davantage en termes de capacité d’investissement ! Par conséquent le coût d’opportunité économique d’une taxation des riches est aussi négligeable que leur contribution fiscale [...] À quoi sert donc l’argent des riches ? Mais à rien d’autre qu’à faire tourner la machine entropique qui soutient à peine 7% de la FBCF annuelle [11] et, des énormes masses financières qu’elle enfourne, n’en convertit qu’une portion ridicule en investissement effectif. Pour le dire plus simplement : l’argent des riches ne sert à rien — qu’à s’augmenter lui-même. [...] l se pourrait même que la nation ait beaucoup plus à y gagner à régulariser ceux qui veulent vivre régulièrement sur son sol qu’à tenter de retenir les Florent Pagny, les Alain Delon, et tous les faux indispensables du « dynamisme économique ». À ces derniers en tout cas il faudra expliquer le principe simple de la corrélation entre la nationalité et l’impôt. Et puis les inviter à faire leur choix — mais pour de bon. Qu’ils fuient sous d’autres cieux à la recherche des taux d’imposition qui accroissent encore un peu plus leur fortune, c’est leur affaire. Mais prière en partant de déposer passeport, carte d’électeur, carte de sécu, et d’aller définitivement se faire pendre ailleurs."

vendredi 9 mars 2012

Jour 1763

Économie libérale et démocratie, l'union impossible...

The Irish Times sur le site presseurop, le 7 mars 2012 (traduit par Raymond Clarinard) :

"“… le crime fondamental qui contenait tous les autres. Crime par la pensée, disait-on.” George Orwell, 1984 Dans le référendum que l’on nous annonce, la question est … ah, mais au fait, c’est quoi, la question ? Il ne s’agit pas, comme Michael Noonan [le ministre irlandais des Finances] l’a affirmé à tort l’an dernier, d’un référendum pour savoir si l’Irlande devrait quitter la zone euro. (Ils ne peuvent pas nous flanquer dehors.) Ni, comme l’a clamé à diverses reprises le Taoiseach la semaine dernière, de parler de “reprise économique”, “d’emplois” ou de savoir si nous “souhaitons dorénavant participer à la communauté européenne, à l’euro et à la zone euro”. Il ne s’agit certainement pas non plus de définir un déficit structurel de 0,5 %. Si c’était le cas, ce serait la chose la plus étrange à soumettre à une consultation populaire. [...] Ce qui est en jeu, en revanche, c’est la création de l’idée de crimepensée. Il faut que soit proscrite une certaine façon de pensée. [...] c’est une façon de penser qui, pendant trente ans après la Seconde Guerre mondiale, a été le “sens commun” dominant d’une grande partie du monde développé : la philosophie de John Maynard Keynes. Cadre intellectuel du centre gauche européen et des démocrates du New Deal aux Etats-Unis, elle est sur le point d’être interdite par un traité international, au même titre que le trafic d’êtres humains ou la guerre chimique. Interdire le keynésianisme dans le sillage du grand krach de 2007, c’est un peu comme réagir à une fusillade sanglante en interdisant les gilets pare-balles. L’Irlande en est un exemple parfait. Keynes considérait que les gouvernements devaient appliquer des politiques contre-cycliques, consentir à des déficits pour regonfler des économies chancelantes et réduire les dépenses pour calmer les économies en surchauffe. Or, au cœur du traité fiscal se trouve la notion qu’un gouvernement devrait fonctionner comme un ménage, jeter l’argent par la fenêtre quand tout va bien et resserrer les boulons quand les temps sont durs. Dans cette optique, il est recommandé de ne même pas envisager une économie à la Keynes. Les politiques fiscales contre-cycliques sont taboues. [...] Le traité fiscal n’a rien à voir avec les “faits”. C’est une opinion de droite à laquelle on confère force de loi. Le “déficit structurel” est une interprétation extrêmement controversée de données complexes – vouloir en faire un concept légal est une absurdité. Mais surtout, la question de savoir s’il existe ou non un niveau acceptable de dette publique est largement sujette à caution. La réponse dépend toujours de circonstances comme la croissance économique, la démographie, la stabilité politique. Au Japon, la dette publique représente 230 % du PIB – près de quatre fois plus que le plafond de la zone euro. Les marchés, dont les avis sont censés être pour nous parole d’évangile, n’ont pas l’air de s’en soucier : le rendement des obligations japonaises à dix ans est inférieur à 1 %. Ce sont les circonstances, et non le niveau absolu de la dette, qui déterminent si l’on est ou non en crise. [...] En gros, le consensus parmi les économistes est qu’une dette publique supérieure à 80 % du PIB porte tort à la croissance. Or, la limite de la zone euro est de 60 % – chiffre choisi uniquement parce qu’il sonne bien. En d’autres termes, on nous demande de voter pour une tentative mal ficelée de s’arroger le pouvoir tout en réduisant au silence l’une des deux voix du dialogue sur la politique fiscale. C’est le même genre de paradoxe que la “der des ders” – un débat démocratique pour mettre hors-la-loi le débat démocratique sur l’une des questions fondamentales de la politique, un vote afin de limiter le sens même du vote."

mercredi 8 février 2012

Jour 1733

Le petit était déjà nul en économie

Le Point, 8 février 2012 :

"la Cour des comptes s'intéresse à un épisode méconnu qui a coûté cher à la puissance publique. Nous sommes en 2004, Nicolas Sarkozy dirige le ministère de l'Économie. Déjà à l'époque, les budgets sont difficiles à boucler et le futur président de la République cherche activement à limiter le déficit public... Le 19 novembre 2004, il annonce dans un communiqué s'être mis d'accord avec le gouverneur de la Banque de France pour une "gestion plus active des réserves de change de l'État". Il s'agit en fait d'en finir avec la gestion de bon père de famille des réserves de change, grâce à la vente de 500 à 600 tonnes d'or sur les 3 000 tonnes détenues alors par la Banque de France. Le métal jaune, qui ne rapporte pas d'intérêts, doit être remplacé par un portefeuille en devises censé améliorer les rendements. [...] Sauf que l'opération est tout sauf une bonne affaire. Entre décembre 2004 et septembre 2009, la BDF se sépare d'un cinquième de son stock de métal fin (589 tonnes). Et empoche, en cumulé, un pactole de 4,67 milliards. Mais le cours de l'or, lui, continue de s'apprécier ! Depuis trois ans, il a pris 94 %. Au final, si le programme n'avait pas été exécuté, la valeur des réserves en or de la Banque de France aurait atteint 19,4 milliards d'euros à fin 2010, quand celle des réinvestissements en devises s'élevait à seulement 9,2 milliards d'euros ! Étonnant quand on sait que "le rythme de mise en oeuvre du programme de vente" devait dépendre du jugement du gouverneur de la BDF sur son opportunité, "en particulier au vu de l'évolution des cours observés sur le marché de l'or"."

vendredi 3 février 2012

Jour 1728

La girouette

Edito du Monde Diplo, février 2012 :

"En 1997, notre journal a popularisé l’idée d’une taxe sur les transactions financières. Celles-ci représentaient alors quinze fois la production annuelle mondiale. Aujourd’hui, c’est près de soixante-dix fois. Il y a quinze ans, on ne parlait guère de crédits subprime et nul n’imaginait une crise de la dette souveraine en Europe. La plupart des socialistes européens, envoûtés par le premier ministre britannique Anthony Blair, ne juraient que par l’« innovation financière ».[...] Quant à M. Nicolas Sarkozy, il se pâmait devant le modèle américain et rêvait de crédits subprime à la française… Autant dire qu’en 1997 la taxe Tobin n’eut pas bonne presse [...] M. Sarkozy trancha : « L’affaire de la taxe Tobin est une absurdité (...). Chaque fois que nous pénalisons la création de richesses sur notre territoire, nous favorisons la création de richesses chez les autres. » [...] On ne sera donc pas trop surpris que, quatre mois avant le terme de son mandat, M. Sarkozy prétende « faire participer la finance à la réparation des dégâts qu’elle a provoqués ». Oubliée, l’« absurdité » d’une taxe sur les transactions financières ; envolé, le danger de voir éclore à l’étranger les œufs d’or de la spéculation."

mercredi 11 janvier 2012

Jour 1705

Tobin powa

Le Figaro, dépêche AFP du 10 janvier 2012 :

"Le Canard enchaîné a déniché la taxe Tobin, ardemment souhaitée par le président Nicolas Sarkozy, au fin fond du code des impôts où elle dormait, jamais appliquée depuis son vote à l'initiative du gouvernement de Lionel Jospin, le 13 décembre 2001. Dans son édition à paraître mercredi, l'hebdomadaire satirique raconte comment cette taxe frappant "les transactions sur devises" et inspirée des travaux du prix Nobel d'économie américain James Tobin avait été votée par la gauche, avec la "neutralité débonnaire du président" Jacques Chirac. [...] Ce texte a même été modifié par une ordonnance du 15 juillet 2009. Il fixe un taux maximum de 0,1% applicable aux transactions de plus de 75.000 euros. Le taux précis doit être fixé par décret. Mais son dernier alinéa le rend inapplicable. Il prévoit que le texte ne prendra effet qu'à "la date à laquelle les Etats membres de la Communauté européenne" auront intégré dans leur législation interne une taxe sur les transactions sur devises, ce qui n'est jamais advenu. Selon le Canard enchaîné, il suffirait de supprimer ce dernier alinéa pour que le texte entre en vigueur." 

La dépêche précise en suite : "Toutefois, le projet sur lequel planche actuellement le gouvernement, à l'instar de la Commission européenne, vise à taxer plutôt les actions, obligations et autres produits financiers."

Ce qui est intéressant car dans un article du magazine Challenges (brûlot gauchiste bien connu) : 

"taxer toutes les transactions financières…sauf les opérations de change. Intrigué, il regarderait les rapports de la Banque des Règlements Internationaux (BRI) pour constater que ces opérations de change représentent pourtant un volume de 4.000 milliards de dollars par jour. Se plongeant ensuite rapport de cette même BRI, sorti le 27 septembre, et intitulé "High Frequency Trading on the Foreign Exchange Market", il apprendrait que 25% des transactions sur ce marché sont fait par des automates bourrés d’algorithmes qui passent des dizaines de milliers d’ordre à la seconde….sans aucune utilité économique. [...] Pourquoi donc taxer les transactions sur les actions, les obligations, les swaps, les options, les CDS et pas les opérations de change ? se demanderait Tobin. D'autant que cet objectif apparaît bien trop ambitieux pour être appliqué. Alors qu'il serait nettement plus facile d’imposer les opérations de change. Car sous l'océan des montants traités, il existe un système hypercentralisé et très bien organisé. [...] Enfin, Tobin apprendrait que cette taxe, à laquelle on associe son nom, pourrait rapporter 55 milliards d’euros par an. "Comment est fait ce calcul" demanderait-il ? "Sur un coin de table" lui répondraient les honnêtes gens. Cela n’étonnerait guère l’économiste qui avait écrit lui-même que "collecter des ressources n’a jamais été ma première motivation". Car si la taxe marche bien, elle doit ralentir les flux financiers et cela ferai baisser les recettes... L’idée de Tobin était bien de casser la spéculation, pas de trouver une nouvelle source de financement."  

Merci à Antoine de m'avoir signaler l'article de Challenges

jeudi 5 janvier 2012

Jour 1699

Tout va bien au pays du CAC 40

Libération, le 5 décembre 2012 :

"Le décalage entre les grands patrons du CAC 40 et les salariés a continué de se creuser depuis cinq ans, avec une hausse de plus d'un tiers des rémunérations des dirigeants alors que les emplois précaires au sein des fleurons de l'économie ont progressé sur fond de chute de 30% des actions. Malgré une crise financière qui couve depuis 2008 et des discours catastrophiques du monde économique, les sociétés françaises et surtout leurs patrons, se portent bien, selon une étude, présentée jeudi par l'agence de communication Euro RSCG C&0, qui a analysé les données financières des sociétés du CAC 40 entre 2006 et 2011. Ces grandes entreprises, qui représentent les fleurons de l'économie française, ont créé de la richesse sur les dernières années: les marges opérationnelles ont augmenté de 13%, les bénéfices nets de 10% et la création de richesse proprement dite mesurée par le "cashflow" (trésorerie d'exploitation, ndlr), a crû de 22%. [...] Cette création de richesse a permis aux entreprises de se désendetter afin d'être moins dépendantes des banques et a également profité aux dirigeants qui ont vu leur rémunération augmenter de 34% sur cette période. [...] si les effectifs ont augmenté de 10%, essentiellement entre 2008 et 2010, c'est dû avant tout à la multiplication des emplois précaires. "Plus d'un tiers des emplois du CAC 40 sont aujourd'hui dits "précaires" (CDD et stages, temps partiels subis, emplois en dessous du niveau de qualification)" [...] L'étude montre également que l'impôt payé par ces grandes entreprises du CAC 40 a progressé de 21% signe, selon Euro RSCG C&O, que la délocalisation fiscale n'est pas une réalité. L'agence souligne par ailleurs que les grandes entreprises paient au total moins d'impôt que les PME du fait d'activités majoritairement situées à l'international où se réalise l'essentiel de leur croissance."

dimanche 1 janvier 2012

Jours 1694 & 1695

A l'Est du nouveau ? 

Toujours sur Décroissance.org, Václav Havel, ancien président de la République tchèque (1936-2011) Discours au Sénat du 3 mars 1999 : 

« Il n’est vraiment pas indispensable de vénérer des veaux d’or, de courber l’échine à chaque pas devant leurs maîtres, de tout subordonner au diktat de la publicité et des médias, de se laisser piéger par toutes les innovations imaginables et possibles des biens de consommation, innovations qui ont pour seul effet durable le pillage des ressources naturelles, et la pollution atmosphérique. Il n’y a aucune raison de voir le sens de toute action humaine dans la croissance continue du produit intérieur brut »

vendredi 30 décembre 2011

Jour 1693

Et pendant ce temps en Allemagne

Lu sur décroissange.org, le 14 décembre 2011 :

"Wolfgang Schaeuble, ministre allemand des Finances, a lancé, le 14 décembre 2011, un appel aux pays occidentaux à limiter leur croissance économique dans une tribune dans l'hebdomadaire Die Zeit.«Tout autant que nous devons nous engager pour vaincre la faim dans le monde entier, nous devrions par ailleurs nous engager à limiter la croissance économique dans nos propres pays occidentaux (...) Le fait que nos taux de croissance ne rivalisent plus avec ceux des pays en développement comme la Chine, l'Inde, ou le Brésil, ne signifie pas que notre politique économique est un échec mais que nous avons déjà atteint un niveau de richesse certain pour une grande partie de la population, et que d'autres doivent encore atteindre cela. Nous devrions l'accepter (...) Les économies occidentales ont atteint un certain degré de saturation; dans cette situation, nos buts et nos devoirs résident avant tout dans le fait de contrôler les inégalités et les tensions qui en découlent. (...) [l'Homme] a besoin de limites, qu'il ne veut en général pas reconnaître »."

vendredi 9 décembre 2011

Jour 1672

Les prochaines guerres...


"Maniant le chantage à la faillite et la peur du chaos, deux anciens banquiers, MM. Lucas Papadémos et Mario Monti, viennent de prendre le pouvoir à Athènes et à Rome. Ce ne sont pas des techniciens apolitiques, mais des hommes de droite, membres de la Commission trilatérale, connue pour avoir dénoncé l’excès de démocratie des sociétés occidentales. En novembre dernier, le « directoire » franco-allemand de l’Union européenne, la Banque centrale européenne (BCE) et le Fonds monétaire international (FMI) — la « troïka » — ont manifesté leur colère quand le premier ministre grec Georges Papandréou annonça la tenue d’un référendum sur l’austérité dans son pays. Cela remettait en cause, selon eux, un accord intervenu un mois plus tôt, qui prévoyait un nouveau durcissement de la politique économique ayant mis la Grèce à genoux. Convoqué à Cannes entre deux réunions d’un sommet auquel son pays, trop petit, ne participait pas, condamné à faire antichambre, morigéné publiquement par Mme Angela Merkel et M. Nicolas Sarkozy, pourtant coresponsables de l’aggravation de la crise (lire « Sur le toboggan de la crise européenne »), M. Papandréou dut renoncer à son référendum et démissionner. Son successeur, un ancien vice-président de la BCE, a choisi d’élargir aussitôt le gouvernement d’Athènes à une formation d’extrême droite interdite de pouvoir depuis la chute des colonels grecs, en 1974. Sans que la « troïka » ne manifeste une émotion particulière. Le projet européen devait assurer la prospérité, conforter la démocratie dans les Etats autrefois gouvernés par des juntes militaires (Grèce, Espagne, Portugal) et désamorcer les « nationalismes fauteurs de guerre ». Il réalise tout le contraire : purge renforcée, gouvernements transformés en pantins des salles de marché, réveil des animosités entre peuples du Vieux Continent. « On ne peut pas continuer à être les esclaves de l’Allemagne », s’indigne un jeune Espagnol qui ne veut pas s’exiler à Berlin ou à Hambourg pour trouver du travail. Les Italiens se sont surtout offusqués de l’arrogance du président français et se sont demandé, légitimement, quel talent particulier pouvait la justifier. Certains Grecs dénoncent déjà la prise en main de leur pays par des « forces d’occupation » ; des caricatures représentent même la chancelière allemande en nazie… Aux peuples que martyrisent les politiques d’austérité, l’histoire de l’Europe offre un large choix d’analogies abusives. Mais, toutes proportions gardées, les derniers événements d’Athènes rappelleraient plutôt l’été 1968 en Tchécoslovaquie, la « normalisation » à Prague et l’éviction du dirigeant communiste Alexandre Dubcek. La « troïka » qui vient de transformer la Grèce en protectorat a joué le rôle autrefois dévolu au pacte de Varsovie ; M. Papandréou, celui d’un Dubcek qui n’aurait jamais osé résister. Avec, dans les deux cas, la mise en œuvre d’une doctrine de la « souveraineté limitée » dont on concédera volontiers la nature moins meurtrière quand trois agences de notation en dictent les paramètres que lorsque les chars soviétiques franchissaient des frontières. Après avoir écrasé la Grèce et piétiné l’Italie, l’Union européenne et le FMI tournent à présent leur regard vers la Hongrie et l’Espagne."

mardi 15 novembre 2011

Jour 1648

Démocratie vs économie : fight !

Le Monde, 13 novembre 2011 : 

"Les citoyens finiront par se révolter contre la "dictature de fait" des marchés financiers depuis le début de la crise de la dette en zone euro, a déclaré le président de l'Autorité des marchés financiers (AMF), Jean-Pierre Jouyet [...] Les marchés "ont fait pression sur le jeu démocratique", a-t-il expliqué, soulignant qu'avec le départ du président du conseil italien, Silvio Berlusconi, "c'est le troisième gouvernement qui saute à leur initiative pour cause de dette excessive"."

vendredi 11 novembre 2011

jeudi 10 novembre 2011

Jour 1643

"Le système fonctionne bien"

Le Figaro, 10 novembre 2011 :

"En ces temps mouvementés sur les marchés financiers, la moindre rumeur ou erreur technique affecte le moral des investisseurs. Alors que le flou persiste autour des moyens mis en œuvre par la France pour réduire durablement son déficit, Standard & Poor's a reconnu jeudi avoir diffusé par erreur à certains de ses abonnés un message annonçant la dégradation de la note de la dette de la France. Il n'est pas sûr que les investisseurs ou le gouvernement français aient accueilli cette nouvelle avec le sourire. «Suite à une erreur technique, un message a été automatiquement diffusé à certains abonnés au portail de S&P Global Crédit indiquant que la note de crédit de la France avait été changée», indique le communiqué de l'agence. Et d'ajouter : «Ce n'est pas le cas : la note de la République française est inchangée à «AAA», assortie d'une perspective stable, et cet incident n'est pas lié à une quelconque activité de surveillance de la note», ajoute-t-il."

lundi 7 novembre 2011

Jour 1640

Sortez la vaseline...

Le Monde, 7 novembre 2011 :

"Le gouvernement a décidé d'"avancer d'un an le passage légal à 62 ans, fixant cible à 2017 au lieu de 2018", a précisé le premier ministre. [...] Nicolas Sarkozy l'avait promis : pas de hausse généralisée des impôts. Pourtant, l'annonce par le gouvernement d'un gel des barêmes de l'IR et de l'ISF équivaut bien à une hausse généralisée : l'an dernier, de 2010 à 2011, ces barêmes, qui modifient les seuils qui séparent les différentes tranches de l'impôt, ont été revalorisés de 1,5 %. Les geler en l'état alors que l'inflation devrait atteindre 2,2 % cette année équivaut donc à augmenter de façon globale les impôts. [...] comme annoncé, le taux réduit de la TVA passera de 5,5 % à 7 %, pour "tous les produits et services sauf ceux de première nécessité".


Merci à Boris et Séverine pour m'avoir fait découvrir le site Zero Hedge

dimanche 6 novembre 2011

Jours 1638 & 1639






Source : Zero Hedge

mercredi 12 octobre 2011

Jour 1614

Un aperçu de l'avenir

Le Monde, évoque la Grande-Bretagne, ce pays si souvent cité en exemple par des hommes politiques à court d'arguments et de réflexion, le 11 octobre 2011 :

" Le revenu moyen au Royaume-Uni devrait baisser de 7 % entre 2009 et 2012, une chute sans équivalent depuis trente-cinq ans qui fera entrer 600 000 enfants supplémentaires dans la pauvreté, affirme une étude publiée mardi 11 octobre à Londres. [...] Selon l'institut, l'objectif fixé par les travaillistes – au pouvoir entre 1997 et 2010 – de ramener à 5 % en 2020 le taux des enfants vivant sous le seuil de pauvreté ne pourra pas être tenu, l'IFS le prévoyant à 23 % à cette date si les politiques actuelles sont maintenues."

lundi 10 octobre 2011

Jour 1612

Serrez les fesses
 
Le Monde, 5 octobre 2011 :

"Le Fonds monétaire international (FMI) a prévenu mercredi 5 octobre qu'il n'excluait pas une récession au niveau mondial en 2012 [...] "Un risque de récession n'est donc pas à exclure", a admis Antonio Borges, directeur Europe au FMI lors d'une conférence de presse à Bruxelles. "En conséquence, nous devons changer nos politiques économiques", a poursuivi M. Borges." On risque juste de ne pas être d'accord sur les changements à apporter.

dimanche 9 octobre 2011

Jours 1610 & 1611

Pendant ce temps, loin de Paris
Libération, le 9 octobre 2011 : 

"La situation reste tendue à Mayotte, qui entre lundi dans sa troisième semaine de lutte contre la vie chère, après la décision d'un collectif de syndicats et de consommateurs de reconduire le mouvement jusqu'à jeudi. Signe de cette tension sur les deux îles (Petite-Terre et Grande-Terre) qui composent Mayotte, 101e département français, les responsables mahorais du Parti socialiste ont annulé dimanche le scrutin de la primaire PS pour la présidentielle. Faute d'accord avec le patronat et les représentants de la grande distribution, le collectif de syndicats et de consommateurs à l'origine du mouvement a décidé samedi soir de poursuivre son action jusqu'à jeudi. [...] Le mouvement contre la vie chère avait débuté le 27 septembre, à l'initiative des deux syndicats CGT Mayotte et CFDT, rejoints par FO et la CFE-CGC. Le front s'est vite élargi à trois associations de consommateurs. Leur revendication est unique : baisse des prix des produits de consommation courante, avec alignement sur ceux pratiqués à La Réunion, l'autre département français de l'océan Indien, situé à 1.700 km au sud-est de Mayotte. Après l'accession de Mayotte au statut de département, le 1e avril 2011, les Mahorais ont revendiqué davantage d'égalité en matière de coût de la vie. "C'est pour cela que nous avons lancé l'appel à la grève", a expliqué à l'AFP Ousseni Balahachi, un responsable CFDT. En réalité, il s'agit d'un boycott des commerces que le durcissement du conflit, la semaine dernière, a contraint à la fermeture. Si la plupart des barrages routiers étaient levés dimanche, les magasins étaient tous fermés, de même que les banques où les distributeurs de billets sont hors service. Les négociations entre délégués du collectif d'une part, et représentants du Medef, de la grande distribution et des chambres consulaires d'autre part, ont enregistré quelques avancées : baisse du prix de la bouteille de gaz de 31 à 25 euros, baisse de 10% sur le riz. Quant au mabawa (aile de poulet rôti), plat favori des Mahorais, il est devenu le produit emblématique de ce conflit. Importé d'Europe, de Madagascar ou encore du Brésil, et conditionné par carton de 10 kg, le mabawa était vendu 2,69 euros le kg à la mi-septembre. La grande distribution a proposé une première baisse à 2,41 euros puis à 2,13 euros, rejetée par la "base". Avant de signer tout éventuel accord, le collectif a pris l'habitude de consulter une partie de la population rassemblée sur la place du marché de Mamoudzou, chef-lieu de Mayotte. C'est là que s'expriment, avec détermination, les "bouenis", les mères de famille mahoraises."