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jeudi 3 mai 2012

Jour 1818

Post-electum, animal triste

La Pompe à Phynance, le 2 mai 2012 :

"Dans une parfaite prescience de ce qu’est notre condition actuelle, Rousseau ne cachait pas être effaré qu’on puisse appeler « démocratie » un système qui donne la parole au peuple une fois tous les cinq ans pour le renvoyer à la passivité et à l’inexistence politique tout le reste du temps. Il vaut donc mieux ne pas louper l’ouverture de la fenêtre quinquennale ! — coup de chance c’est maintenant… comme en témoignent les cris d’horreur des médias redécouvrant qu’il existe un électorat d’extrême droite, peut-être même qu’il existe un électorat tout court, redécouverte il est vrai facilitée chaque fois que l’électorat en question les contredit. A quelque chose malheur est bon et, au milieu de si nombreux motifs d’accablement, le spectacle de la volaille éditocratique courant en tous sens dans un nuage de plumes pourrait presque être divertissant — s’il n’était destiné à finir aussi brutalement, et inutilement, qu’il a commencé : passé le second tour des législatives, « l’électorat » retournera aussitôt au néant dont, idéalement, il n’aurait jamais dû sortir. [...] En 1988, persuadés d’avoir enfin rencontré la fin de l’histoire conforme à leur vœu, François Furet, Jacques Julliard, et Pierre Rosanvallon nous annoncent l’avènement définitif de la « République du centre », entendre de la raison gestionnaire, celle dont on fait les cercles, nécessairement centriste car enfin débarrassée des embardées intempestives de l’« idéologie ». En tout cas la chose est certaine : l’affrontement bipolaire est mort et bien mort. [...] Que la république du centre et ses puissants effets d’indifférenciation politique aient pu en être l’origine ne traverse évidemment pas un instant l’esprit des vaticinateurs. Les percées successives de l’extrême droite sont donc vouées à prendre l’étrange statut oxymorique d’une « exception récurrente » : à chaque fois uniques et incompréhensibles dans leur singularité même… mais faisant régulièrement retour ! [...] Car sans discontinuer depuis 1995, le corps social, quoique se dispersant entre des offres politiques variées, n’a pas cessé de manifester son désaccord profond avec le néolibéralisme de la mondialisation et de l’Europe Maastricht-Lisbonne ; et avec la même constance, le duopole de gouvernement, solidement d’accord, par delà ses différences secondes, sur le maintien de ce parti fondamental, n’a pas cessé d’opposer une fin de non-recevoir à ce dissentiment populaire. La montée du FN n’est pas autre chose que le cumul en longue période de ces échecs répétés de la représentation, le produit endogène des alternances sans alternative qui pousse, assez logiquement, les électeurs à aller chercher autre chose, et même quoi que ce soit, au risque que ce soit n’importe quoi. [...] Arrive Sarkozy 2007… On connaît la suite : simulacre de compréhension du rejet de la population à l’endroit du néolibéralisme européen, construction d’une position politique syncrétique en campagne mais contradictoire (et intenable) en régime, résolution violente de la contradiction par reniement express, à la fois par la force des inclinations de classe — le président des riches peut à la rigueur dire certaines choses... mais certainement pas les faire — et par l’obstination de l’oligarchie dirigeante, élites économiques, administratives et médiatiques confondues. 2012, sanction, celle de Sarkozy en particulier, mais plus généralement — la cinquième d’affilée tout de même ! — d’une « démocratie représentative » qui ne représente plus rien. [...] On dira cependant que, cette année, un autre moyen il y en avait un, puisqu’il y avait un Front de gauche (FdG), et qu’il n’a pas empêché les 18 % de Le Pen. Mais c’est que le FN est dans le paysage depuis trente ans, et le FdG depuis trois ! — encore n’a-t-il eu probablement pour bon nombre d’électeurs d’existence réelle pour la première fois que cette année. Or la présence pérenne du FN a eu le temps de produire ces pires effets d’incrustation, aussi bien, dans les classes populaires, la conversion partielle des colères sociales en haines xénophobes, que, dans les classes bourgeoises (petites, et parfois grandes), la libération d’un racisme longtemps tenu à l’isolement par les conventions sociales et la menace de l’indignité, mais jouissant de nouvelles licences quand 15 % à 20 % de la population rejoignent ouvertement l’extrême droite — et qu’il est désormais permis de vivre sa « foi » à l’air libre. [...] C’est bien pourquoi les maigrelets engagements du candidat « socialiste » ne peuvent jouir que d’un crédit très limité, particulièrement sur les questions qui décident de tout : la finance et l’Europe. Confirmant que le socialisme de gouvernement a été historiquement le meilleur ami de la déréglementation financière, François Hollande, sitôt dénoncé « l’ennemi sans visage », s’est empressé d’aller à Londres rassurer la City quant à l’innocuité de ses intentions véritables. On ne s’étonnera donc pas de trouver dans son programme sous le titre ronflant de « Dominer la finance » des propositions à l’état de simples songes, ou d’inoffensives bluettes, à l’image d’une agence de notation publique — problème dont il faut rappeler sans cesse qu’il est totalement périphérique —, ou d’un projet de contrôle des produits dérivés, pourtant crucial mais laissé à l’état de pure évocation, toutes choses d’ailleurs renvoyées à d’improbables initiatives de l’Europe — dont la passivité et l’incapacité à avoir produit la moindre avancée régulatrice sérieuse, cinq ans après le déclenchement de la plus grande crise financière de l’histoire, en disent pourtant assez long sur le degré auquel elle est commise à la financiarisation. [...] Alors très bien, prolongeons les tendances : un FN resplendissant, une droite désormais accrochée à ses basques, un Front de gauche sans doute sorti des limbes mais au début seulement de son parcours, un PS frappé de stupeur à l’idée qu’on puisse objecter quoi que ce soit de sérieux à l’Europe libérale et à la mondialisation"

mardi 24 avril 2012

Jour 1809

ça commence à brunir...
 
Le Monde, 24 avril 2012 :

"La percée de Marine Le Pen et la droitisation de Nicolas Sarkozy ont suscité de vives réactions en Europe, lundi 23 avril. Sur fond de montée en puissance de l'extrême droite chez les Vingt-Sept, les responsables européens s'inquiètent de la force du Front national et de l'énergie déployée par le président sortant pour tenter de séduire cet électorat, afin de combler son retard sur M. Hollande. "La rhétorique antieuropéenne et nationaliste de Sarkozy a amené de nombreux électeurs à soutenir Marine Le Pen", a déploré Hannes Swoboda, le chef de file des socialistes au Parlement européen. "Ses arguments anti-européens ont été extrêmement inquiétants. Les annonces sur la remise en question de Schengen et la réintroduction des contrôles aux frontières ont révélé ce qu'il pense vraiment", a expliqué le député européen autrichien. [...] Fait rare, les résultats du premier tour ont été très commentés en marge d'une réunion des ministres des affaires étrangères à Luxembourg. Le Luxembourgeois Jean Asselborn ne s'est pas privé, lui non plus, d'accuser M. Sarkozy d'être en partie responsable du succès de la candidate du Front national. "Si on répète tous les jours qu'on doit changer Schengen, qu'on doit avoir une politique dure en matière d'immigration, qu'on doit parler de l'exception française pour les entreprises, tout cela, c'est de l'eau au moulin du FN", a estimé ce membre du gouvernement de Jean-Claude Juncker. [...] "Je suis inquiet de ce sentiment que nous constatons contre des sociétés et une Europe ouvertes. Cela me préoccupe, et pas seulement en France", a estimé le ministre suédois des affaires étrangères, Carl Bildt. Certains de ses homologues, dont le Belge Didier Reynders, proche de M. Sarkozy, ont parlé d'un phénomène "inquiétant". Jusqu'ici plutôt discrète à propos de la campagne française, la Commission européenne est sortie de sa réserve. Elle a appelé "les dirigeants politiques à faire attention à la menace populiste et à la propagation d'idées contraires aux idéaux de la construction européenne". Au-delà du succès de Mme Le Pen, la droite extrême ou populiste est bien implantée en Autriche, en Finlande, en Suède, au Danemark, en Suisse ou encore en Hongrie. Elle connaît une forte progression en Belgique, dans la région flamande."

dimanche 22 avril 2012

Jours 1806 & 1807

Pour plus de clarté 

jeudi 29 mars 2012

Jour 1783

Un élection passionnante en vue...

Le Monde Diplomatique, édito du futur n° d'avril :

"L’élection française va-t-elle entraîner un changement de président sans que les débats décisifs de la période ouverte depuis 2007 soient tranchés pour autant ? L’alternance politique constituerait un soulagement pour les Français. Car, au-delà des travers les plus notoires du président sortant — son omniprésence, son exhibitionnisme, sa capacité à dire tout et puis son contraire, la fascination que lui inspirent les riches, à peu près égale à sa disposition à transformer les chômeurs, les immigrés, les musulmans ou les fonctionnaires en boucs émissaires de toutes les colères —, les cinq années écoulées ont marqué un recul de la démocratie politique et de la souveraineté populaire. [...] La subordination des cercles dirigeants français à une droite allemande de plus en plus arrogante, attachée à son credo d’une « démocratie conforme au marché », érode également la souveraineté populaire. La levée de cette hypothèque est au cœur du scrutin en cours. Et oblige à poser sans détour les termes du débat européen. Nul n’ignore que les programmes d’austérité mis en œuvre avec acharnement depuis deux ans n’ont apporté — et n’apporteront — aucune amélioration aux problèmes d’endettement qu’ils prétendent résoudre. Une stratégie de gauche qui ne remettrait pas en cause ce garrot financier est par conséquent condamnée d’emblée. Or l’environnement politique européen interdit d’imaginer que ce résultat puisse être obtenu sans combat. [...] Au-delà de ce qui les distingue — en matière de justice fiscale, par exemple —, MM. Sarkozy et Hollande ont soutenu les mêmes traités européens, de Maastricht à Lisbonne. Ils ont tous deux entériné des objectifs draconiens de réduction des déficits publics (3 % du produit intérieur brut en 2013, 0 % en 2016 ou en 2017). Ils récusent l’un et l’autre le protectionnisme. Ils attendent tout de la croissance. Ils défendent des orientations de politique étrangère et de défense identiques, dès lors que même la réintégration par la France du commandement intégré de l’Organisation du traité de l’Atlantique nord (OTAN) n’est plus remise en cause par les socialistes français. L’heure est pourtant venue de rompre avec l’ensemble de ces postulats. Changer de président en est assurément la condition. Mais ni l’histoire de la gauche au pouvoir ni le déroulement de la campagne actuelle n’autorisent à imaginer qu’elle pourrait suffire."

jeudi 8 mars 2012

Jour 1762

Même les anglais trouvent que ça sent la merde

The Independent, le 5 mars 2012 :

"An article in the German news magazine, Der Spiegel, claims that the German, British, Italian and Spanish leaders have made a verbal deal to shun the Socialist candidate – and runaway favourite – before the two-round election in April and May. In the case of Angela Merkel of Germany, Mario Monti of Italy and Mariano Rajoy of Spain, the magazine said the ban was a punishment for Mr Hollande's pledge to renegotiate the European treaty on fiscal discipline, which was signed last week. Mr Cameron, who refused to see Mr Hollande in London last Wednesday, joined the pact out of ideological solidarity with President Nicolas Sarkozy, Der Spiegel claimed. [...] In a campaign speech in Bordeaux on Saturday, Mr Sarkozy reacted to poor polls and a week of minor calamities by steering his campaign rightwards. He said immigration could be a "problem" and he vowed to crack down on any special arrangements for halal meat or separate swimming times for Muslim women in public pools."

mercredi 2 novembre 2011

Jour 1635

On ne vous a pas demandé votre avis

Le Monde, 1er novembre 2011 :

"Nicolas Sarkozy est consterné par l’annonce de référendum faite, à la surprise générale, par le premier ministre grec, Georges Papandréou. Le président français croyait avoir réglé le cas de la faillite de la Grèce et de la recapitalisation des banques lors du conseil européen de mercredi, tout en sachant qu’il fallait renforcer le fonds européen de stabilité financière et s’assurer que l’Italie n’allait pas être gagnée par la contagion de la crise. Soudain, tout est à recommencer.« Le geste des Grecs est irrationnel et de leur point de vue dangereux », estime un proche du président.

Ne demander surtout pas l'avis de la populace et surtout pas sur des sujets importants, éventuellement tous les 5 ans pour se choisir un nouveau papa.

mardi 18 octobre 2011

Jour 1620

Une sonde dans votre c...

Le Monde Diplomatique, le 17 octobre 2011 :

"Laurent Joffrin dénonçait « l’obscurantisme antisondages » sur France Info (15 septembre 2011), Thomas Legrand, les « critiques démagos et faciles » dans un édito des Inrockuptibles (« Sondages, halte au feu », 12 octobre 2011) après l’avoir fait sur France Inter (10 octobre 2011). Il reste une chose de l’ancienne stratégie : le cimetière. La critique des sondages ne vient jamais que de politiciens mauvais joueurs, comme si elle ne pouvait venir d’autres que de personnages malhonnêtes. On ne saura donc jamais qui sont ces critiques des sondages qui s’expriment pourtant publiquement — mais peu dans la grande presse — et inspirent les politiciens mauvais joueurs puisqu’ils semblent avoir le don de ne fréquenter que les perdants. Pourquoi ce revirement ? La proposition de loi sur les sondages lancée par le Sénat a inauguré la colère. Après deux vetos élyséens sur une commission d’enquête parlementaire, le vote unanime du Sénat pour une nouvelle législation des sondages a modifié la situation. Ses mesures ont été jugées inacceptables par l’unanimité des sondeurs, à quelques nuances près. Cette fois, ils sont sortis du bois et ont fait savoir leur hostilité radicale à tout changement. Du coup, la loi précédente, qu’ils avaient jugée « mauvaise », était devenue « suffisante ». Ayant une petite idée du discrédit dans lequel les sondages sont, au point de se transformer aisément en victimes, les sondeurs appelèrent à l’aide des renforts extérieurs. Devant les députés, le grand argument fut donc la défense de la liberté de la presse. Et la crédibilité dépendait évidemment de la confirmation de gens de presse. L’opération de lobbying fut donc entreprise auprès de tous les députés concernés dans ces lieux de lobbying que sont les dîners en ville. On se doute que ce ne fut pas l’affaire de journalistes ordinaires mais des plus connus et souvent puissants de la profession, les éditorialistes. Une deuxième étape de l’implication directe de ces éditorialistes a été la primaire socialiste. L’intervention massive des sondages, sans les normes habituelles et reconnues de leur fabrication, sans même parler des infractions aux impératifs scientifiques minimaux, a nourri des critiques définitives sur la taille réduite des échantillons, sur la valeur des déclarations (sympathisants ? certains d’aller voter ?), sur la représentativité même des sous-échantillons et l’absence de correction possible (faute de précédent et de simple connaissance des sondés). Si on considère que la représentativité est au fondement même de la définition du sondage, les sondeurs n’ont pas fait de sondages. C’est en même temps dire la dérive de la technique et de la profession. Mais voilà, il y avait des intérêts à fabriquer ces « sondages bidon ». Au lendemain même du premier tour, on peut comprendre les sondeurs qui expliquaient qu’ils ne s’étaient pas trompés puisque c’est devenu leur attitude systématique quoi qu’il se passe : démentez, il en restera toujours quelque chose selon un cynisme politique bien dans les principes des spin doctors qu’ils sont aussi. Que les éditorialistes reprennent ce refrain était moins prévisible. Thomas Legrand, dont on ne savait pas qu’il avait une compétence scientifique quelconque pour intervenir sur ce registre, ânonnait : « Les sondages ne se sont pas trompés », alignant les points successifs de justesse. « Ils ont donné la bonne participation. » 2,6 millions d’électeurs, c’est sans doute beaucoup et conforme à ce qu’assuraient les chiffres des sondeurs à partir de projections de la proportion de sondés assurant « certainement » aller voter. Pour s’en tenir aux derniers sondages, Gaël Sliman de BVA annonçait 4 millions d’électeurs (L’Express, 15 septembre 2011). 4 millions et non 2,6, ce n’est pas tout à fait exact mais on sait que les sondeurs ne visent qu’à l’approximation. Et donc, 60% de trop, ce ne doit pas être si mal pour une mesure approximative. De toute façon, cela a-t-il un sens puisque le pronostic de 4 millions était fait après une correction du sondeur à partir d’un chiffre non redressé de 6,5 millions. Méthode de redressement : le doigt mouillé. A en croire l’éditorialiste, les sondages « ont eu raison sur le nom des deux qualifiés pour la finale et sur l’ordre : ils ont perçu la dynamique Montebourg et prédit la faiblesse de Royal ». Les sondeurs assurent qu’ils ne font pas de prédictions, leurs alliés sont zélés. Sans doute était-il nécessaire d’avoir des sondages pour connaître les deux finalistes et ne pas placer Jean-Michel Baylet ou Manuel Valls en tête. Et surtout ne pas piaffer d’impatience en attendant les résultats du scrutin. Ont-ils eu raison sur l’ordre ? Aucun n’a pourtant placé Arnaud Montebourg devant Ségolène Royal mais — soutient l’éditorialiste —, ils allaient le faire car « ils l’ont perçu ». « Les sondages sont des photos de l’opinion à un instant T », reprend encore l’éditorialiste décidément bon répétiteur des lieux communs. Et donc ils ont des excuses s’ils se trompent car « l’électorat est forcément changeant ». Pourquoi invoquer cette excuse puisqu’ils ont raison ? Enfin, on apprend que les partisans de l’une ne détestent pas les partisans de l’autre et inversement, ce qui rendrait les débats entre socialistes déterminants. Encore une fois, où l’éditorialiste a-t-il trouvé ce savoir qui va à l’encontre des constats les plus constants de la science politique, selon lesquels les jugements de performance s’ajustent assez étroitement aux préférences antérieures ? Pour avancer avec autant de certitude sur terrain inconnu, il faut des raisons. L’une est sans doute l’arrogance des éditorialistes, qui, au nom d’une compétence politique statutaire, croient qu’ils ont réellement quelque chose à dire. Si on les a mis là, c’est forcément parce qu’ils sont compétents. Ils feraient mieux de chercher du côté des intérêts à les placer là et sur les implications sur leur espèce particulière de compétence que cela suppose. Elle n’est pas intellectuelle. La compétition démocratique suppose l’incertitude, mais on comprend que bien des gens en aient horreur et s’efforcent de la réduire pour peu qu’ils en aient les moyens. Partout, l’argent sert normalement ce but. Et les moyens existent, même s’ils ne sont pas absolus, ne serait-ce que pour ne pas détruire l’impression d’incertitude nécessaire à toute compétition : les médias et les sondages opèrent comme autrefois les grands électeurs pour guider le vote. Les sondages comme les éditorialistes ont un rôle prescriptif. En l’occurrence, ils s’additionnent quand les uns et les autres entrent dans une relation de complémentarité. Il ne s’agit pas de revenir ici sur les effets prescriptifs des sondages, mais sur la connivence nouée entre sondeurs et éditorialistes. Affaire d’échange d’abord entre médias et sondeurs, il faut revenir au fondement de la relation. Les médias ne paient pas les sondages qu’ils publient. Au mieux, ils partagent les frais de quelques enquêtes, mais pas ces sondages électoraux qui font le feuilleton médiatique. Une sorte d’échange marchandise, dans le jargon, ou plus banalement de troc. Les sondeurs paient avec des soutiens plus ou moins apparents — on a vu que ce pouvait être l’Elysée — en contradiction avec la loi puisque le nom de l’organe de presse qui figure comme commanditaire ne l’est pas. L’intérêt du sondeur est évident : il paie sa publicité. Quand on sait que 95 % de son chiffre d’affaires est apporté par les entreprises, il ne faut pas croire que les 5 % de chiffre d’affaires générés par les enquêtes d’opinion sont une sorte de danseuse. Elles confèrent la notoriété utile pour emporter les marchés de sondages commerciaux et l’expertise pour le conseil politique que les mêmes sondeurs font payer très cher aux partis et aux gouvernants, l’Elysée, les différents ministères et surtout le service d’information du gouvernement (SIG) pour leurs dépenses dites de communication. La Cour des comptes vient de relever l’opacité de ces opérations payées par l’Etat et donc le contribuable. Personne n’est dupe. L’intérêt des médias n’est pas moindre. Leur pauvreté interdit de payer les sondages, pourrait-on plaider sans doute. Cela entraîne donc une externalisation du travail journalistique. Ce sont les sondeurs qui fournissent la copie en donnant des chiffres et même les commentaires puisque le journaliste ne fait guère que reprendre les indications qui lui ont été données. Cela crée des liens de gratitude. Le prix en est la misère du journalisme politique, cette forme de commentaire insipide d’une course de chevaux. Le journalisme politico-hippique (horse race journalism, dit-on outre Atlantique) représente un degré zéro de la pensée. Cela intéresse, assure-t-on. Comment le savoir ? Par sondage ? Par le tirage, l’audimat, répliquerait-on. Sans doute, la diffusion d’un feuilleton, même terne, finit-elle par engendrer un intérêt puisqu’il s’agit tout de même de compétition démocratique — bien qu’organisée dans une forme caricaturale et parodique. Comme on regarde la télévision en justifiant qu’« il n’y a que ça ». Cette addiction est d’abord celle des éditorialistes, dont on se demande ce qu’ils seraient capables de dire sans sondages. Il est vrai qu’ils ont d’autres sources, les confidences des personnalités politiques glanées par l’investigation... dans les dîners en ville et les bavardages de leurs pairs rencontrés d’un studio à l’autre ou tout simplement entendus sur les ondes ou lus dans les colonnes. La classe bavarde est d’autant plus dépendante des sondages que l’ubiquité oblige à dire quelque chose et que l’autorité du chiffre est bienvenue pour donner son opinion. Car que disent ces éditorialistes sinon leur opinion, sans le dire, et donc en l’abritant derrière l’opinion publique. Echange de services et de légitimité avec les sondeurs qui permettent de parler peu ou prou pour le public, le peuple et les auditeurs. L’affinité du journalisme d’opinion, sans science, sans enquête et ghettoïsé a nécessairement besoin des ressources de l’opinion publique. On peut donc dire que la corruption des médias est double. L’une est systémique et renvoie aux cadeaux offerts par les sondeurs. Une suggestion pour une prochaine réforme : obliger les médias à payer les sondages et à communiquer les factures à une instance de contrôle. L’autre corruption est intérieure, c’est celle du journalisme politique et spécialement celle des éditorialistes aux sondeurs. La cure de sevrage par la baisse du nombre de sondages, par la limitation des interventions médiatiques (il faut laisser la place à d’autres journalistes dans une profession touchée par le chômage) risque fort d’être insuffisante tant la concentration du pouvoir de parler au bénéfice de quelques éditorialistes dociles obéit à des intérêts plus puissants."

jeudi 6 octobre 2011

Jour 1608

L'intelligence n'a pas de camp, la connerie non plus

Libération, le octobre 2011 :

"François Hollande a clarifié aujourd'hui sa position en annonçant lors d'une rencontre avec le monde du cinéma qu'il n'abrogera pas la loi Hadopi et le principe de la risposte graduée. L'ancien premier secrétaire du PS rompt ainsi avec l'une des ses promesses d'avant l'été ainsi qu'avec le projet du PS censé engager les cinq candidats socialistes à la primaire."

vendredi 23 septembre 2011

Jour 1595

Frais de bouche

Libération, le 23 septembre :

"80.000 «grands électeurs» (conseillers régionaux, généraux et les maires ou conseillers municipaux) se déplaceront dimanche pour les élections sénatoriales. Un vote obligatoire, sous peine d'une amende de 100 euros, mais également rémunéré, ou plutôt défrayé. Richard Bertrand, conseiller municipal Modem à Poissy raconte ainsi avoir «reçu un dossier complet accompagné d'un "état de frais et indemnités" proposant de lui rembourser un forfait de 15,25 euros [pour le repas lié au déplacement, ndlr] ainsi qu'une participation à ses frais de transport». Soit d'après lui environ 15 euros supplémentaires. Et le président des centristes des Yvelines de s'étonner d'une telle situation: «Dans une période où l’Etat cherche à faire des économies en mettant en place un plan de rigueur, nous, élus de la République, devons montrer l’exemple». Il invite donc «chaque grand électeur» à «refuser cette indemnité», ce qui permettrait d'économiser d'après lui «50.000 euros rien que sur le département des Yvelines»."

jeudi 9 juin 2011

Jour 1490

Vous aimez les bananes ?

Le Monde, 9 juin 2011 :

"Le rapporteur public du tribunal administratif de Limoges a demandé, jeudi 9 juin, à cette juridiction d'annuler l'élection de Bernadette Chirac au conseil général de la Corrèze. Le rapporteur public a fondé sa demande sur la découverte, dans le bureau de vote de Meyrignac-L'Eglise, d'une quarante-neuvième enveloppe alors que la liste d'émargement des électeurs ne comprenait que quarante-huit signatures.

Un détail important alors que Mme Chirac n'a été élue au premier tour, le 20 mars dernier, qu'avec une seule voix d'avance."

mardi 22 mars 2011

Jour 1411

La petite mère de la nation

The Guardian, 21 mars 2011 :

"The clear winner of the élections cantonales, a local government poll seen as a test almost a year before the presidential election, is not the left – although it came out leading: it is Marine Le Pen, the leader of the far-right anti-immigration National Front. For the first time, the party created by her father came out neck and neck with the president's UMP – which in more than 50 constituencies didn't even make it to the second round. This will leave a bitter taste in Sarkozy's mouth. In 2007, one of his major successes was to reduce the National Front to a one-digit score in the first round of the presidential election, bringing back "lost voters" to the traditional right. But, disillusioned, they have returned en masse to the Le Pen brand. With Marine Le Pen running for president next year, alarm bells are ringing in French political circles. Not because she could be elected president – that will never happen – but because of the devastating effect she is having on everyone else's strategy. [...] on Sunday night, when the UMP's defeat had become clear, Jean-François Copé, its secretary-general, refused a repeat of the "Republican pact" of 2002: UMP voters will not be called to vote for the left in a Socialist-National Front duel. An ominous sign."

lundi 21 mars 2011

Jour 1410

Les rats remontent sur le navire

Le Monde, 21 mars 2011 :

"Avec 15,56 % des voix, le FN ne progresse "que" de 3 points par rapport aux cantonales de 2004. Il signe un score qui rappelle plus celui du parti de Jean-Marie Le Pen dans les années 1980-1990 que celui des derniers sondages pour la présidentielle de Marine Le Pen. [...] "Dans ce contexte de hausse, le Front national progresse partout", précise le sondeur, qui a réalisé pour l'IFOP une étude avant le scrutin. "Le FN confirme son enracinement dans ses bastions et progresse là où Nicolas Sarkozy avait convaincu en 2007, précise-t-il, citant le sud de la France. Toute une partie de l'électorat de droite a rebasculé vers le FN.""

jeudi 10 mars 2011

Jour 1399

Amusez-vous

L'Express, le 10 mars 2011 :

"Ils sont facétieux, place du Colonel-Fabien... Le Parti communiste français, membre du Front de gauche, a lancé jeudi un jeu pour démasquer les candidats UMP qui ne se présentent pas sous l'étiquette du parti majoritaire aux élections cantonales (20-27 mars).

Sur quelque 2000 cantons renouvelables, "1000 candidats de droite aux élections cantonales ont oublié de mettre leur sigle UMP sur leur affiche électorale. Aide-les à retrouver le chemin de leur identité", ironise le PCF sur son site internet où il lance ce "grand concours cantonales".

"A toi de jouer" en allant coller sur les pancartes électorales les affichettes "d'utilité publique fournies gracieusement par le PCF" : "certifié UMP", "100% UMP" ou "Appelation d'origine contrôlée UMP".

Dans un communiqué, le PCF qui entend "résoudre le mystère de l'effacement de l'UMP", s'étonne de ce "bilan étonnant de la part de la force principale ultra-dominante de la majorité présidentielle qui gère le pays avec les dégâts que l'on sait".

Mercredi, lors d'un meeting à Marseille, le patron de l'UMP, Jean-François Copé, a souhaité que les candidats de la majorité aux cantonales n'aient pas honte d'afficher "haut et fort" les couleurs de l'UMP même si "les temps sont difficiles"."

lundi 7 mars 2011

Jour 1396

Apolitique(s)

Le Figaro, 1er mars 2011 :

"Savoie pour tous», «Union pour la Loire», «13 en action» ou encore «Un département fort pour tous»… Autant de listes de candidats aux élections cantonales, de gauche comme de droite, qui masquent délibérément leur appartenance à leur parti. [...] le site internet des candidats de droite, baptisé Ensemble pour la Sarthe, ne mentionne nulle part l'appartenance politique de ses candidats, fussent-ils maires ou conseillers généraux départementaux. [...] En Côte-d'Or, le site internet des candidats de la majorité présidentielle, baptisé «Initiatives Côte-d'Or», n'affiche pas le logo de l'UMP, ni du Nouveau centre, alors même que leur leader François Sauvadet est le patron des députés NC. [...] après la débâcle des régionales, les candidats de droite préfèreraient masquer leur appartenance au parti majoritaire pour éviter d'être associés à la faible popularité du chef de l'Etat."

mardi 1 février 2011

Jour 1362

Étonnant non ?

Le Figaro, 1er février 2011 :

"58% des personnes interrogées disent s'intéresser à la politique [...], 41% pensent le contraire. Derrière ce chiffre, la défiance envers la classe politique et sa capacité à changer les choses est criante. La preuve : 83% des sondés estiment que les responsables politiques prennent peu ou pas du tout en compte leur avis, contre 14% d'un avis contraire. 57% des sondés jugent que la démocratie fonctionne mal en France contre 42% qui pensent le contraire. Enfin 56% des personnes interrogées n'ont confiance ni dans la droite ni dans la gauche pour gouverner le pays."

mercredi 12 janvier 2011

Jour 1342

ça vous étonne ?

Reuters, le 12 janvier 2011, lu sur Yahoo :

"Au total, 43% des sympathisants de l'UMP souhaitent que le parti majoritaire passe une alliance avec le FN, alors qu'ils n'étaient que 23% en 2002. Un peu plus d'un Français sur cinq (22%) se déclare d'accord avec les idées défendues par le FN, alors que la proportion était de 18% début 2010. [...] Le fait marquant est la forte évolution chez les sympathisants UMP, que Marine Le Pen espère attirer à elle en vue de la présidentielle de 2012. Ils sont en effet 32% à adhérer cette année aux idées du FN, contre 20% en 2010 (+12 pts)."

jeudi 2 septembre 2010

Jour 1210

Oui, c'est facile...

Libération, le 2 septembre 2010 :

"Brice Hortefeux a des vues sur Vichy. Le ministre de l’Intérieur et conseiller régional (UMP) de l’Auvergne, cherche un point de chute et se positionnerait pour les prochaines municipales de 2014" (mon emphase)

Depuis le temps, on savait bien qu'il était séduit par Vichy...

lundi 19 juillet 2010

Jour 1166

Bas de laine

Le Monde, 18 juillet 2010 :

"Après les micro-partis de Laurent Wauquiez, d'Eric Woerth ou encore de Valérie Pécresse, voilà que l'on découvre l'"Association de soutien à l'action de Nicolas Sarkozy" (Asans). [...] Cette entité méconnue aurait récolté pas moins de 270 000 euros en 2006, dont "250 000 versés au compte de campagne de Nicolas Sarkozy l'année suivante" et 134 000 euros en 2007. "Le dispositif n'est pas illégal", ajoute le journal, mais "il permettait à chacun de financer deux fois le candidat Sarkozy via l'UMP et via l'Asans", quand la loi fixe à 7 500 euros le plafond des dons particuliers aux personnalités politiques.

En réalité, le siège de l'Asans se trouve être le domicile privé de Frank Louvrier, conseiller en communication de Nicolas Sarkozy. Interrogé par le JDD, celui-ci explique que son appartement a simplement servi de "boîte aux lettres" lorsque la structure a été créée en 2001, mais nie avoir une quelconque responsabilité dans son fonctionnement. Ce parti se trouve en fait entre les mains du ministre de l'industrie, Christian Estrosi, et du ministre de l'intérieur, Brice Hortefeux, respectivement président et trésorier de l'Asans."

mardi 30 mars 2010

Jour 1056

Les rats quittent le navire

Libération, le 30 mars 2010 :

"Alain Juppé joue les mouches du coche, picotant, ce mardi matin, la majorité sur le – toujours controversé – bouclier fiscal. L’ancien Premier ministre suggère, sur France Info, de revenir sur cette mesure emblématique voulue par le président de la République et votée à l’été 2007, expliquant que depuis, «les choses ont changé, la crise est venue». Qu’«on demande aux très riches de faire un effort de solidarité supplémentaire vis-à-vis de ceux qui souffrent dans la crise»? Juppé n’en serait pas «choqué», estimant qu’«il faut s’interroger sur ce qu’on appelle le bouclier fiscal». «On voit aujourd’hui qu’une petite minorité de très riches ne cesse de s’enrichir», appuie-t-il."

Le blog d'Alain Juppé le 19 février 2008 : :

"Après l’avoir porté au pinacle, voici que les “observateurs” du microcosme tirent à boulet rouge sur Nicolas Sarkozy. [...] Je sais par expérience qu’il faut du temps pour que les réformes produisent leurs effets bienfaisants. Il faut d’abord labourer, puis semer, puis arroser, avant de récolter. Le bon paysan sait attendre."

Alain Juppé n'est donc pas un bon paysan (pour ceux qui en doutait) et il a le sens du timing (2012 ça se prépare...). Les hommes (et les femmes) politiques français ne prennent même plus le soin de cacher leurs ambitions derrière le voile d'une vision politique, même modeste. Il ne nous reste plus qu'à départager les participants de cette course de rats le temps d'une élection. Il faudra alors voter pour celui qui saura nous rassurer, nous choyer et nous faire espérer. Juste avec quelques phrases éparses, des formules, des slogans répétés du papier aux écrans. Celui qui nous proposera un avenir qui ne devra pas aller plus loin que notre feuille d'impôts.

Nous sommes devenus petits, violents et mesquins. Le processus démocratique a été respecté : nous avons un président qui nous ressemble.

lundi 22 mars 2010

Jour 1049

Je vous reçois 2 sur 5

Editorial du Monde, le 20 mars 2010 :

"Si l'on ajoute aux 53,6 % d'abstentionnistes les 3,7 % de votes blancs et nuls, ce sont près de trois électeurs sur cinq qui n'ont pas pris part au premier tour des élections régionales ou qui ont récusé les choix qui leur étaient proposés. [...] Occultée le temps du scrutin présidentiel de 2007 (87 % de participation), cette désaffection électorale et politique est trop profonde pour être contrecarrée en l'espace d'une semaine. Depuis deux décennies, elle a été provoquée par le chômage, la pauvreté et l'exclusion, accentuée par l'érosion des attachements idéologiques et partisans, renforcée par l'impuissance des responsables politiques à entendre, ou à soigner, les anxiétés de la société française."