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dimanche 12 février 2012

Jours 1736 & 1737

On avait oublié ça

Le Monde, 12 décembre 2011 :

"Quel est vraiment le niveau des élèves français? A entendre le ministre lire les résultats des évaluations des élèves en CE1 et en CM2, il serait en progression. A lire les résultats internationaux, il serait plutôt en baisse… Deux nouvelles enquêtes, l'une comparant le niveau de maîtrise de la langue entre 2003 et de 2009, l'autre entre 1997 et 2007, montrent que les lacunes des plus faibles se sont aggravées. Mais ces deux travaux attendaient dans les tiroirs du ministère de l'éducation depuis le mois de juin. C'est l'Insee qui, le 16 novembre, les a divulgués dans son Portrait social. Le jour de la parution de l'ouvrage, les statisticiens de la direction de l'évaluation, de la prospective et de la performance (DEPP) ont été priés de ne pas commenter ces résultats qui ne suivaient pas la "bonne" courbe. Dix jours plus tard, le cabinet de Luc Chatel publie l'une des enquêtes. La seconde qui compare le niveau des élèves entre 1997 et 2007 est toujours au fond d'un tiroir: "Ce qui s'est passé là est assez symptomatique. Nos enquêtes sont bienvenues lorsqu'elles accompagnent la communication du ministre. Sinon, elles attendent, rappelle un chercheur, sous couvert d'anonymat. Et plus encore si elles montrent une baisse de niveau." Comme tous les travaux ne collent pas au plan communication, les informations fournies au grand public sur l'école se réduisent comme peau de chagrin. Les "Notes d'information" en sont le meilleur exemple. "J'en publiais une cinquantaine par an", se souvient Claude Thélot qui, sept ans durant, a été à la tête de cette direction et développé la place de la statistique sur le sujet. 61 sont sorties en 2001, 62 en 2003… 37 en 2008, 18 en 2009 et 19 cette année. Sur un programme de 46 prévues. [...] Aujourd'hui, la retenue de certains résultats doublée de ce transfert de compétences jette une véritable suspicion sur tous les chiffres que le ministère laisse sortir. Au point que la communauté éducative s'appuie désormais sur les résultats internationaux. PISA (OCDE) pour la langue, les maths et les sciences à 15ans; PIRLS pour la lecture en fin de primaire. Deux enquêtes qui concluent, elles, à une baisse du niveau."

"And if all others accepted the lie which the Party imposed -if all records told the same tale — then the lie passed into history and became truth. 'Who controls the past,' ran the Party slogan, 'controls the future: who controls the present controls the past.' And yet the past, though of its nature alterable, never had been altered. Whatever was true now was true from everlasting to everlasting. It was quite simple. All that was needed was an unending series of victories over your own memory. 'Reality control', they called it: in Newspeak, 'doublethink'."

George Orwell, 1984

jeudi 9 février 2012

Jour 1734

Encore une victoire du nain

Le Monde, 8 février 2012 :

"Carton rouge. De la réforme de la mastérisation, qui a fait passer le niveau de recrutement des enseignants de bac+3 à bac+5, la Cour des comptes, qui publie son rapport annuel mercredi, propose de ne rien garder. Ni la date du concours, ni le mode d'affectation des enseignants, ni leur pseudo-formation. Pour les sages de la rue Cambon, cette réforme, adoptée en conseil des ministres en juin 2008, a manqué toutes ses cibles. [...] Un master d'enseignement souvent préparé pour… rien. "Le taux d'échec important aux concours de recrutement traduit du point de vue de la bonne gestion des finances publiques, une inefficience marquée, les étudiants recalés auront été coûteusement et spécifiquement formés à un métier qu'en définitive ils n'exerceront pas", note la Cour. La rue Cambon propose donc "d'organiser les concours avant ou au début des masters". Un peu comme avant la réforme… [...] "les enseignants stagiaires ont une charge horaire supérieure d'un tiers par rapport au temps de travail d'un professeur titulaire" puisqu'ils ont dû effectuer une formation express sur leur temps libre… Le tutorat promis "Sur le plan national, 23% des stagiaires n'étaient pas situés dans le même établissement que leur tuteur", relève la Cour. De plus, la mission du tuteur n'a pas été pensée: "Le ministère ne s'est pas doté d'instruments précis permettant de s'assurer de l'efficacité du tutorat." Et la Cour de regretter que, sur le sujet, le ministère "dispose de très peu d'éléments d'information, alors que son importance pour la formation des enseignants justifierait une capacité nettement accrue de suivi et d'évaluation de cette activité". Pourtant, 27 millions d'euros ont bien été versés aux tuteurs. [...] La Cour pointe un problème plus grave à moyen terme. "Le vivier de candidats s'est réduit de plus de 50 000 inscrits, soit une baisse des inscriptions d'un tiers sur une seule année" entre 2010 et 2011. Le vivier des mastérisés compte 300 000 étudiants de moins que celui des licenciés. De plus, le pourcentage des inscrits qui se présentent réellement au concours a encore décru entre 2010 et 2011."

dimanche 4 décembre 2011

Jours 1666 & 1667

Va au coin

Le Blog C'est Classe ! de Libération, le 4 décembre 2011 :

"Intriguée par les échos de plagiat tous azimuts, j'ai fini par lire le livre de Rama Yade. Mal m'en a pris. [...] Le livre s'appelle "Plaidoyer pour une instruction publique". Il a été largement couvert en raison du nombre de passages plagiés, des paragraphes entiers qui sont des copier-coller sans aucun guillemet. [...] Acculée, Rama Yade s'est vaguement excusée, expliquant que son "erreur" avait été de "citer librement" (comprenez sans guillemets) des auteurs qui étaient par ailleurs mentionnés dans sa "très large bibliographie". Ce qui est faux. La bibliographie n'est pas si large. Et elle oublie le prof de philo et les journalistes plagiés."

La petite Rama a au moins fait comprendre aux jeunes que l'honnêteté est une qualité bien surfaite en politique.

vendredi 25 novembre 2011

Jour 1658

Éducation précaire

Le Monde, 25 novembre 2011 :

"D'ordinaire, ils se font plutôt discrets, les "précaires" de l'éducation nationale. Avec le chômage comme épée de Damoclès, "le moindre faux pas, et c'est la porte", disent-ils. Mais comme si la coupe était pleine, ils ont décidé de témoigner à travers le "Livre noir des non-titulaires de l'éducation nationale" . Quarante pages qui lèvent le voile sur des situations kafkaïennes. [...] Dans le livre, ils se disent "bouche-trous", "enseignants de seconde zone" et "prisonniers d'un statut". Ils seraient 21 200 contractuels, selon le ministère de l'éducation : 15 000 à durée déterminée (CDD), 5 200 à durée indéterminée (CDI), et près de 1 000 vacataires (un contrat qui porte sur un maximum de 200 heures par an). Leur nombre augmente depuis 2007. "Une augmentation légère", selon Josette Théophile, la DRH du ministère. "Une explosion de 25 %", réplique le SNES-FSU, principal syndicat des enseignants du secondaire. [...] Problème : dans l'éducation nationale, quand la précarité s'installe, elle s'installe durablement... "Je suis un pion, envoyé d'établissement en établissement depuis 1999 !" Michael Médiouni est professeur de français dans l'académie de Grenoble. Son CV est une longue liste de vacations, de CDD à mi-temps, à temps plein... Trente contrats au total, en passant par la case chômage. "Le plus dur, c'est ce stress, chaque été, de ne pas savoir si le rectorat va nous proposer un nouveau contrat à la rentrée et où il va nous affecter." Dans l'éducation nationale, les périodes de CDD sont limitées à six ans "sans interruption", contre dix-huit mois dans le secteur privé. Après quoi on peut en principe bénéficier d'un CDI. "Mais les rectorats savent s'arranger pour ne pas reconduire un salarié à l'issue de sa sixième année", rapporte Angélina Bled, du syndicat SE-UNSA. Ou bien justifier d'interruptions entre deux contrats pour "remettre les compteurs à zéro". [...] Rectorats injoignables, délais de paiement interminables, contrats qui arrivent à terme une veille de vacances pour reprendre le jour de la rentrée, affectations improbables... "Il y a deux ans, on m'a affecté à 170 kilomètres de chez moi. L'an dernier, j'avais 120 kilomètres par jour. Et, bien sûr, le rectorat ne rembourse pas l'essence", témoigne M. Médiouni. Un professeur de philosophie s'est "tapé la tête contre les murs" lorsqu'il a appris son affectation à une heure de route de sa ville, alors qu'"un poste en philo était vacant dans le lycée à côté de chez (lui) ". [...] Côté salaire, "on est au ras des pâquerettes, le plus souvent entre 1 200 et 1 400 euros net, même après dix ans", rapporte Vincent Lombard, du SNES-FSU. Quant aux indemnités chômage, c'est une "usine à gaz", poursuit-il : "Comme Pôle emploi n'indemnise pas les contractuels du public, il renvoie la demande au rectorat. Le temps que la machine se mette en route, il faut attendre deux mois avant de toucher ses indemnités.""

jeudi 13 octobre 2011

Jour 1615

Séparer le bon grain de l'ivraie

Libération, le 13 octobre 2011 :

"Emoi ce jeudi dans le milieu éducatif. Objet du courroux ? Un projet sorti des cartons du ministère de l'Education nationale, qui vise à mettre en place à partir de novembre une évaluation des enfants «à risque» dès cinq ans en fonction de leurs comportement et capacité d'apprentissage, selon un document qui a fuité hier. Ce projet, intitulé «Aide à l'évaluation des acquis en fin d'école maternelle», et présenté comme un «outil de repérage des élèves présentant des risques pour les apprentissages à l'usage des enseignants (en) grande section de maternelle», vise à classer les élèves dans trois catégories: «RAS» (rien à signaler), «risque» et «haut risque»."

mardi 11 octobre 2011

Jour 1613

L'école des sourds

Libération, le 11 octobre 2011 :

"Le ministre de l'Education Luc Chatel a beau dire, l'école ne va pas fort. Un mois après la rentrée, les coupes budgétaires à répétition (encore 16.000 suppressions de postes cette année) ont des conséquences désastreuses et très concrètes : fermetures de classes en pagaille, profs non remplacés, classes surchargées... Le malaise est perceptible à tous les niveaux. Nombre d'enseignants (débutants comme expérimentés) sont désabusés et seront dans la rue à nouveau ce mardi. Des parents d'élèves se révoltent et les lycéens commencent à se mobiliser ici et là. Revue des problèmes et signes de tension, dans le désordre. [...] Quant aux profs titulaires, ils se retrouvent à empiler les heures sup contraintes pour limiter les dégâts. Dans le primaire, la situation n'est guère plus reluisante. La FCPE (principale fédération de parents d'élèves) estime qu'avec la suppression de 6 000 postes de remplaçants, «75 000 enfants risquent de se retrouver sans enseignant» si leur prof tombe malade. La situation ne devrait pas s'arranger si l'on s'en tient à l'annonce du budget 2012 (14.000 suppressions de postes prévues)."

lundi 3 octobre 2011

Jour 1605

L'histoire en accéléré
Le blog C'est Classe ! de Libération, le 2 octobre 2011 :

"L'une des principales nouveautés de la première qui se met en place à cette rentrée dans le cadre de la réforme du lycée, est l'introduction d'un tronc commun aux élèves de S, L et ES. Il s'agit de 15 heures de cours au total, en français, histoire-géo, langues vivantes, EPS (éducation physique et sportive) et ECJS (éducation civique). [...] Pour illustrer les problèmes que cela pose, voici des extraits d'un courrier d'un professeur d'histoire-géographie du lycée Juliette Récamier de Lyon, Jérôme Trésallet: En début d'année, "l'élève de première sera plongé dans la guerre totale et ses remèdes pendant seize heures (c'est-à-dire un mois), de l'attentat de Sarajevo en 1914 jusqu'à la mort de Ben Laden en passant par la Seconde Guerre Mondiale. Tous ces conflits sont totaux, selon le nouveau programme. [...] Après un mois passé dans le "le sang et les larmes", la totalitarisme doit ête présenté aux élèves en mélangeant naturellement et de façon thématique les expériences fasciste, nazie et communiste. [...] Dans un manuel, on pourra même trouver sur une même page les paroles de l'Internationale, préexistante à l'URSS et les lois de Nüremberg excluant les Juifs de la société allemande. De l'aberration à la malhonnêteté intellectuelle, il n'y a qu'un pas ! [...] Mais le problème ne se limite pas aux cours. Comment concevoir des contrôles à partir de leçons qui mettent dans un même sac Hitler et Ben Laden, Nüremberg et Boris Eltsine ?"

lundi 19 septembre 2011

Jour 1591

L'éducation est à poil

Manifeste contre le dépouillement de l'école :

"Nous, collectif contre le dépouillement de l’école, déclarons que les « réformes » appliquées à l’Éducation nationale n’ont de réforme que le nom, et qu’elles masquent en réalité, le plus insupportable, le plus dangereux des dépouillements. Aujourd’hui, selon une logique comptable et technocratique à courte vue, les fondements de l’école républicaine sont menacés, et l’idéal d’une éducation de qualité pour tous sapé à la base. Nous proclamons aujourd’hui que « l’école est nue ». Nue non seulement parce qu’elle est privée de moyens financiers, mais aussi et surtout parce qu’elle est amputée progressivement de son sens, expurgée de la visée humaniste qui, depuis les Grecs, lui donne son nom d’« école ». L’école est dépouillée quand le gouvernement tarit les concours de recrutement de professeurs, quand il n’assure plus la relève des enseignants retraités, ni les remplacements de professeurs malades ou en congé, et qu’il fait appel à des « viviers de vacataires » non formés et corvéables à merci. L’école est abandonnée, quand l’État se décharge de son financement sur les collectivités locales, supprime la carte scolaire et impose l’« autonomie des établissements », instaurant de telles inégalités entre académies, filières et élèves, qu’il bafoue ses principes républicains. L’école est dégarnie, quand elle est vidée de sa présence humaine (surveillants, conseillers d’orientation-psychologues, médecins et infirmiers scolaires, assistants sociaux, assistants pédagogiques…), remplacés par des caméras de surveillance et autres portiques de sécurité. Les professeurs sont démunis, placés devant des élèves sans formation pratique sérieuse quand ils débutent ; obligés, au détriment de la qualité de leurs cours, d’assumer des tâches de plus en plus nombreuses ; sommés, dans certaines filières « réformées », de se convertir à des disciplines qu’ils ne maîtrisent pas en l’espace de quelques semaines ; travaillant souvent sans manuel scolaire et sans savoir à quel examen ils préparent les élèves, car les nouveaux programmes sont appliqués dans la précipitation ; contraints de bricoler, de s’agiter, de faire semblant, de s’adapter à tout et surtout à n’importe quoi sous couvert d’innovation pédagogique. Les professeurs sont destitués, désormais recrutés, selon leur conformité idéologique au modèle du « fonctionnaire responsable » davantage que pour leur maîtrise d’un savoir ; bientôt réduits à des employés lambda, privés de l’essentiel de leur liberté pédagogique, soumis à une concurrence absurde ; obligés pour mendier des moyens de vendre leurs « projets » comme une soupe, et de se battre contre d’autres professeurs pour conserver leurs heures de cours ou leur poste. Les élèves sont spoliés, parqués à 35 ou 40 dans les classes, livrés à la loi des « flux », broyés dans la masse ; privés de centaines d’heures de cours dans les différentes disciplines, au profit d’activités-gadgets ; privés de dispositifs efficaces de soutien ; leurs familles rendues responsables de leur échec via des « contrats de réussite » ou des « stages d’été » inadaptés. Les élèves sont appauvris parce qu’on leur refuse d’apprendre le latin et le grec, les langues dites « rares » (c’est-à-dire toutes hormis l’anglais), les arts et ce qui n’est pas « rentable » ; parce que les nouveaux programmes leur proposent de l’anglais sans Shakespeare, de l’histoire sans passé, du français sans grammaire, des mathématiques sans démonstration – toujours moins de culture, et plus de procédures. Les élèves sont dépecés, eux que l’on doit calibrer avec des « items » selon les nouvelles « grilles de compétences », comme si l’intelligence humaine pouvait se découper en tranches ; eux à qui l’on doit inculquer un « socle commun de connaissances et de compétences » davantage fondé sur l’idéal de l’O.C.D.E que sur celui de Montaigne. Aujourd’hui nous appelons tous les « dépouillés » de l’Éducation nationale à nous rejoindre. Professeurs, parents, élèves, citoyens, il est encore temps d’inverser le cours délétère des pseudo-« réformes » qui transforment l’école en garderie sociale et transfèrent ses missions vers le secteur privé, au profit des plus riches et des mieux informés. Il suffit d’une volonté politique, celle de démocratiser le savoir, jadis portée par un Condorcet, un Jules Ferry, ou le comité national de la Résistance (qui a produit la commission Langevin-Wallon). Nous en appelons aux responsables politiques français, pour qu’ils agissent résolument contre le dépouillement de l’Éducation nationale."

mardi 13 septembre 2011

Jour 1585

Bon appétit les petits chômeurs

Le Monde, 13 septembre 2011 : 

""La cantine scolaire est réservée en priorité aux enfants de la commune dont les deux parents travaillent." La phrase se retrouve dans nombre de réglements d'établissements d'enseignement. Seulement, restreindre l'accès des enfants à ce service en fonction de l'activité professionnelle de leurs parents ou de leur commune de résidence constitue une discrimination aux yeux de la loi. Et ces décisions municipales sont régulièrement retoquées par les tribunaux administratifs en vertu du principe d'égalité devant le service public."

dimanche 28 août 2011

Jours 1568 & 1569

Tenir les enfants à distance

Le Figaro, le 26 août 2011 :

"Le ministère de l'Éducation nationale encourage le développement des initiatives d'enseignement à distance pour cette rentrée scolaire. La Lorraine est montrée en exemple : les ordinateurs permettent déjà d'y compenser le manque de professeurs de latin ou d'italien dans ses lycées catholiques. Dans une note à l'attention des recteurs d'académie datant de mai dernier, le ministère propose d'étendre le dispositif d'ici à 2012 sur la base du volontariat des établissements privés. Cet enseignement peut permettre de «réduire le coût en emplois des disciplines à faible effectif », détaille la note. Fruit d'un groupe de travail de l'enseignement catholique et du ministère, elle ne concerne que l'enseignement privé, mais l'expérience pourrait aussi intéresser le public : le recteur de l'académie d'Amiens a déjà organisé une réunion avec ses inspecteurs évoquant son intérêt."

vendredi 8 juillet 2011

Jour 1519

La Guyane, tous le monde s'en fout

Ligue des Droits de l'Homme, le 29 juin 2011 :

"Le 14 septembre 2009, la Haute autorité contre les discriminations et pour l’égalité (Halde) constatait que la scolarisation était entravée par plusieurs exigences abusives de documents en matière d’inscription scolaire et d’accès à la cantine. Elle validait les solutions élaborées en 2006 par l’Observatoire de la non scolarisation en Guyane et recommandait aux autorités compétentes de mettre fin à ces « pratiques litigieuses ». Elle relevait enfin la faible scolarisation des nouveaux arrivants et un manque manifeste de suivi des dispositifs d’accompagnement.

Or, en octobre 2010 le collectif pour la scolarisation de tous les enfants en Guyane constatait qu’« après les délais prescrits aux mairies pour rectifier leurs listes de pièces à fournir pour l’inscription des enfants à l’école, les demandes ne correspondent toujours pas aux recommandations de la Halde, malgré quelques modifications » ; il ajoutait que si les faits persistaient, il se verrait « contraint de préparer une nouvelle saisine pour que l’accès à l’éducation soit enfin une réalité pour tous les enfants de Guyane ».

En 2011, malgré quelques adaptations, les pratiques constatées par la Halde perdurent ; elles concernent principalement l’accès à l’éducation de nombreux jeunes étrangers ou issus de groupes minoritaires. L’échec scolaire est d’ailleurs prépondérant pour ces mêmes jeunes, tant par un système scolaire ignorant les diversités culturelles et linguistiques que par des transports inadaptés à la dispersion géographique.

Les associations et syndicats signataires ont donc présenté au Défenseur des Droits, le 17 juin 2011, une « réclamation relatives aux mesures discriminatoires en matière de droit à l’éducation en Guyane, plus particulièrement à l’encontre d’enfants étrangers et de ceux issus de groupes minoritaires »."

dimanche 15 mai 2011

Jours 1464 & 1465

Le blog C'est classe ! de Libération, le 15 mai 2011 :

"Et voilà le dispositif Eclair étendu à la rentrée malgré le tollé. Les syndicats crient à la remise en cause du service public, avec des profs désormais choisis par le chef d'établissement, des programmes nationaux plus ou moins suivis et une remise en cause du statut des enseignants.

L'idée a surgi lors des Etats généraux sur la sécurité à l'école organisés à Paris les 7 et 8 avril 2010. Pour le ministre de l'Education Luc Chatel, il s'agit d'inventer quelque chose de nouveau pour les établissements les plus exposés à la violence.

Le dispositif qu'il détaille alors est baptisé Clair (Collèges et lycées pour l'ambition, l'innovation et la réussite). Ses principales novations sont: des profs recrutés sur profil par le chef d'établissement, un "préfet des études" par niveau, essentiellement chargé de la vie scolaire, un encouragement aux expérimentations pédagogiques, une liberté d'adapter les programmes, etc.
A la rentrée 2010, 105 établissements - essentiellement des collèges et des lycées professionnels - entrent dans le programme Clair, issus des dix académies "les plus exposées aux faits de violences".

Cela a beau n'être qu'une expérimentation, d'emblée les syndicats se méfient. Ces temps-ci, le ministère a tendance à beaucoup expérimenter. Puis il évalue, parfois au bout d'à peine quelques mois comme pour Clair, et il généralise, sans demander l'avis de personne.

C'est ce qui est arrivé. En janvier 2011, Luc Chatel annonce que le dispositif "a vocation" à être étendu aux 254 établissements RAR (réseau ambition réussite), les Zep les plus en difficultés. Il est alors rebaptisé Eclair (Ecoles, collèges et lycées pour l'ambition...), les écoles étant dans les RAR.

A la rentrée 2011, le programme Eclair sera donc lancé. Certains établissements apprennent ces jours-ci qu'ils vont le rejoindre. "La plupart des enseignants, nous sommes contre. Sans doute est-ce pour cela qu'on nous l'a annoncé si tard. Car il est difficile de se mobiliser maintenant et de faire bouger les parents, explique un prof de Montreuil (Seine Saint Denis) dont le collège a été classé Zep, Rep, puis RAR et maintenant Eclair. Du coup, 80% des enseignants du collège demandent des mutations."

Pratiquement tous les syndicats sont contre - dès le 14 décembre 2010, une intersyndicale a demandé le retrait du dispositif. Ils se retrouvent sur deux grandes critiques:

- avec Eclair, le ministère procède à une refonte de l'éducation prioritaire, sans consulter les partentaires sociaux ni faire de bilan,

- il ouvre aussi la voie à une déréglementation, notamment du statut des enseignants. Les profs volontaires pour Eclair s'engagent par exemple pour 5 ans, et ont ensuite priorité pour le choix de leur affectation.

Sur le terrain, le dispositif rencontre pas mal de résistances. Les candidats au poste de préfet des études - plutôt destiné aux CPE - ne se bousculent pas. De nombreux conseils d'administration d'établissements votent contre l'entrée dans le dispositif. Dans l'académie d'Aix-Marseille très mobilisée, selon le Snes, 85% des personnels concernés y seraient hostiles.

Dernier en date, le Snalc vient d'annoncer dans un communiqué qu'il déposait un préavis de grève reconductible à partir de ce lundi, afin de "permettre aux personnes concernées de mener des actions pour obtenir l'abandon du projet".

Pour le Snalc, le dispositif Eclair "hypothèque la liberté pédagogique des professeurs, en renforçant le rôle du conseil pédagogique, en créant un échelon hiérarchique intermédiaire via le préfet des études et en soumettant le recrutement des personnels à l’avis du chef d’établissement". C'est aussi "une atteinte sans précédents au cadrage national de l’enseignement et au statut des professeurs". Enfin, le syndicat pointe le risque d'"accroître les disparités d’accès au savoir (...) par l’adaptation locale des contenus d’enseignement".


Certains y verront une nouvelle preuve d'"immobilisme" des enseignants - "il ne faut pas avoir peur du changement", avait lancé Nicolas Sarkozy le 14 avril, visitant l'ERS (établissement de réinsertion scolaire) de Bagnères-de-Luchon. Pour les protestataires, c'est une nouvelle preuve que l'on veut changer l'école en profondeur, et sans consulter."

lundi 4 avril 2011

Jour 1424

Une éducation pour les chômeurs par les chômeurs

Une interview de Luc Chatel, ministre de l'éducation sur le site du Figaro, le 4 avril 2011 :

"Il faut donc faire appel à des contractuels lorsque nos titulaires remplaçants ne sont pas disponibles. Naturellement, ce n'est pas le rôle des parents de passer des annonces de recrutement. En revanche, j'ai demandé aux proviseurs qu'ils le fassent et qu'ils se mettent en contact avec Pôle emploi."

mardi 7 décembre 2010

Jour 1306

L'école pour tous (ou presque)

Une dépêche Reuters du 7 décembre 2010 lue sur Yahoo :

"Publiée tous les trois ans, la dernière livraison de l'étude internationale Pisa (Programme international pour le suivi des acquis) réalisée en 2009 par l'OCDE sur 65 pays montre une stagnation de la France dans la moyenne des pays riches ou en développement et met en lumière des problèmes structurels. [...] L'étude montre que la proportion d'élèves en difficulté en France a fortement augmenté de 2000 à 2009, de 15,2% à 19,7%, a expliqué Luc Chatel. A l'autre bout de l'échelle, les excellents élèves sont passés de 8,5 à 9,6%, a-t-il précisé. Plus que dans la moyenne de l'OCDE, la réussite scolaire est liée en France au statut social des parents, montre l'étude. [...] Les syndicats d'enseignants critiquent depuis 2007 la politique du gouvernement, estimant qu'elle mène inéluctablement à un "décrochage" accru des élèves scolarisées dans des écoles difficiles, dont les parents gagnent peu d'argent et ont peu de temps pour les encourager à travailler à la maison."

vendredi 24 septembre 2010

jour 1232

Conformisme, le pays où l'école est moins chère

Le Figaro, 24 septembre 2010 :

"Ancien grand reporter de Time Magazine en France, professeur à Sciences Po et père de deux filles scolarisées en France, Peter Gumbel ne mâche pas ses mots dans son ouvrage On n'achève pas les écoliers. Il fustige un système qui «casse» les élèves au lieu de les aider à s'épanouir, une machine «élitiste» qui produit parallèlement de l'échec scolaire en masse. [...] S'appuyant sur des enquêtes internationales connues, il pointe du doigt des réalités qui font mal: le fait que 15% des élèves français entrant en classe de sixième ne savent pas lire et écrire ou que 130.000 jeunes quittent l'école chaque année sans diplôme. Mieux, se moque-t-il, comment se fait-il que dans un pays «obsédé par la notion d'égalité», les jeunes dont les parents sont travailleurs indépendants, cadres, enseignants aient deux fois plus de chances d'accéder à l'enseignement supérieur que les enfants d'ouvriers ou d'employés? [...] Il décrit avec humour la réticence des jeunes Français à répondre aux questions posées par leur enseignant, «symptomatique d'un système où les enfants ont été conditionnés à la fermer plutôt qu'à exprimer ce qu'ils pensent, par peur de se tromper. Ce système, critique-t-il, promeut l'effacement de soi, le conformisme et l'obéissance aveugle au détriment du sens de l'initiative et de la curiosité intellectuelle»."

jeudi 23 septembre 2010

Jour 1231

Rentrée des crasses

Ligue des Droits de l'Homme, le 22 septembre 2010 :

"Jusqu’à présent, le partenariat entre l’école et la police se limitait à la désignation d’un policier référent, en poste dans le commissariat le plus proche. La LDH n’est pas, par principe, hostile à un travail conjoint entre ces deux institutions. Encore faut-il que cette collaboration soit rigoureusement encadrée et ne donne pas lieu à des dérives comme celles qui se sont produites l’an dernier dans plusieurs établissements du Gers.

A cette rentée, cette collaboration prend toutefois un tour différent avec l’installation dans l’enceinte même des établissements scolaires d’un policier en tenue et en arme. Cinquante-trois établissements devraient être concernés par cette initiative. Tout comme la suppression des allocations familiales pour les parents considérés comme démissionnaires, cette mesure constitue l’un des volets du plan de lutte contre la violence scolaire, annoncé par Nicolas Sarkozy en mai dernier.

Outre le fait que le choix du premier établissement concerné par le dispositif semble contesté par l’ensemble de l’équipe éducative, la LDH s’inquiète de voir qu’une fois de plus, le gouvernement préfère mettre en avant une mesure démagogique, qui brouille les missions respectives de l’école et de la police, plutôt que de s’attaquer aux vrais problèmes de l’école.

Ce n’est pas de policiers dont l’école a besoin et cette mesure ne correspond ni aux demandes des parents, ni à celles des enseignants, ni à celles d’ élèves qui se sentent lourdement stigmatisés. L’école a besoin d’un renforcement des équipes éducatives, d’enseignants formés, et dans les établissements difficiles, ce n’est pas la présence, quelques heures par semaine, d’un policier armé qui pourra résoudre les problèmes.

La LDH constate qu’une fois de plus, le gouvernement de Nicolas Sarkozy fuit ses responsabilités et se contente d’une réponse essentiellement sécuritaire, qui heureusement trompe de moins en moins nos concitoyens."

dimanche 19 septembre 2010

Jours 1226 & 1227

L'école pour les nuls

L'observatoire des Inégalités, le 13 septembre 2010 :

"Un élève dont le père est enseignant a 14 fois plus de chances d’avoir le bac que celui dont le père est ouvrier non-qualifié, indique une étude du ministère de l’éducation [...] c’est la première fois que le ministère indique que les inégalités sociales augmentent à la fin du secondaire. Il est probable que depuis 2002 les écarts se soient encore accrus. [...] Ces chiffres semblent confirmer les résultats des évaluations internationales (enquêtes Pisa de l’OCDE) qui indiquent qu’en France la situation se détériore pour les catégories sociales les plus en difficulté."

mardi 17 août 2010

Jour 1194

L'école coule

Le Monde, 17 août 2010 :

"A l'école, il ne fait pas bon être trop différent. Un rapport confidentiel, que Le Monde s'est procuré, montre en effet que les discriminations de toutes sortes ont tendance à se banaliser au sein de l'institution scolaire. [...] le constat établi par le groupe de travail qui a rédigé le rapport est préoccupant, qu'il s'agisse du handicap, de sexisme, d'orientation sexuelle ou d'origine. L'enfant handicapé fait encore trop souvent "peur". Les stéréotypes sur les différences "naturelles" entre filles et garçons restent répandus. Cela a des conséquences scolaires, mais cela conduit aussi à des violences parfois justifiées par des "convictions culturelles ou politico-religieuses". L'homophobie se banalise et l'école se montre trop rétive à réagir."

mercredi 21 juillet 2010

Jour 1168

Chouette, de nouvelles écoles

Journal d'école, le 16 juillet 2010 :

"Sans aucune concertation, par une simple circulaire parue au Bulletin Officiel (29/06/2010), le ministre de l’Education nationale décide l’ouverture d’un nouveau type d’établissements qui devraient voir le jour durant l’année 2010-2011. Ces établissements dits de « réinsertion scolaire » (ou ERS, c’est leur dénomination officielle) s’appuient en réalité sur des principes qui n’ont plus rien à voir avec l’école ou la scolarité. Il s’agit de recevoir dans le cadre d’un internat des élèves qualifiés de « particulièrement perturbateurs » mais dont il est bien précisé qu’ils ne relèvent pas « d’un placement dans le cadre pénal ». Cependant, s’ils ne sont pas délinquants, ils sont traités comme tels, comme le montrent en particulier les modalités d’inscription qui vont jusqu’é déposséder les parents de leurs droits éducatifs les plus élémentaires : quoique l’accord de la famille soit sollicité, il n’est plus obligatoire, en cas de refus, « une saisine du procureur peut être engagée par l’inspecteur d’académie (…), afin que puisse être étudiée l’opportunité de prononcer un placement. », un placement dont il est par ailleurs précisé qu’il « durera aussi longtemps que nécessaire ». Autrement dit, il ne s’agit donc pas d’inscription dans un établissement scolaire mais d’enfermement privatif de liberté, sur simple décision administrative, pour des élèves âgés de 13 à 16 ans qui ne sont pas délinquants.

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L’emploi du temps regroupe les activités purement scolaires sur la seule matinée, le reste étant consacré à diverses occupations, qualifiées d’ « ateliers citoyens », menées en collaboration avec des partenaires choisis notamment dans les ministères de la Justice, de la Défense et de l’Intérieur [ ...] on ne voit pas comment des élèves déjà en difficulté pourraient suivre une scolarité digne de ce nom et réintégrer le cursus scolaire normal. Ce n’est d’ailleurs pas l’objectif : il est bien précisé que le DNB (diplôme national du brevet) ou les ASSR (attestation scolaire de sécurité routière), exigibles de tout collégien, ne devront ici faire l’objet de certification que « chaque fois que cela est possible ». C’est donc bien d’une mise à l’écart définitive qu’il s’agit, prélude à une « orientation » expéditive vers le monde du travail : si le statut scolaire est envisagé pour respecter les formes, il est bien précisé que les plus âgés n’auront guère le choix qu’entre le lycée professionnel et l’apprentissage.

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Une initiative pas entièrement nouvelle, qui remet au goût du jour les sinistres colonies pénitentiaires – Mettray, Aniane, Belle-Ile-en Mer – de la fin du 19e siècle, où des générations de pauvres gosses, issus de milieux défavorisés, passaient leur jeunesse avant d’être remis entre les mains du patronat, soumis aux caprices d’un encadrement brutal et incompétent.

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Une vingtaine de ces établissements regroupant chacun 15 à 30 élèves seraient prévus : ainsi, parce qu’on aura enfermé quelque 3 à 400 élèves, c’en sera fini des élèves qui perturbent à eux seuls le bon fonctionnement du système éducatif. Cette initiative, annoncée sans aucune concertation, élaborée dans le secret du cabinet par le porte-parole du gouvernement et accessoirement ministre de l’Education nationale, est évidemment hautement politique. Elle est le fruit du caprice d’un président de la république et d’une partie de la classe politique qui, avec ténacité, depuis des années, considèrent les difficultés scolaires comme une marque de délinquance."

lundi 31 mai 2010

Jour 1118

Usine à électeur

Le Monde, 31 mai 2010 :

"Pour tenir l'objectif du non-remplacement d'un départ à la retraite sur deux pour la période 2011-2013, le ministère de l'éducation nationale sollicite les académies. Lors d'une réunion avec les recteurs, début mai, un document a été discuté qui propose une méthode et une dizaine de "leviers" possibles. [...] Parmi les pistes possibles figurent notamment l'augmentation de la taille des classes, la réduction de la scolarisation des enfants de 2 ans, une meilleure organisation du remplacement des enseignants absents en recourant à des non-titulaires, la préférence pour des sessions de formation continue pour les professeurs placées "hors temps scolaire", la possible suppression d'"un millier d'emplois" d'intervenants extérieurs et d'assistants étrangers en langue "sans nuire à la qualité de la formation dispensée aux élèves"..."