samedi 8 septembre 2007

Jours 124 & 125

Peines plancher, profits immédiats

Un communiqué du syndicat de la magistrature :

"A l’occasion d’un déplacement au tribunal de commerce de Paris le 6 septembre, Nicolas Sarkozy a confirmé son souhait d’en finir avec une « pénalisation à outrance » du droit des affaires.

Faisant preuve d’une mansuétude inhabituelle, il indique que les poursuites pénales seront interdites lorsque des sanctions financières auront déjà été prises par une juridiction administrative ou civile à l’encontre d’un dirigeant d’entreprise indélicat. Il a également évoqué un racourcissement du délai de prescription du délit d’abus de biens sociaux.

Ces dernières années, la lutte contre la corruption a marqué le pas, ne bénéficiant pas de la même attention que la délinquance de rue de la part des responsables politiques.

Alors que les condamnations pénales pour les infractions économiques et financières ne représentent que moins de 1% de l’ensemble, le Président de la République choisit d’envoyer un signal de connivence à ceux des dirigeants qui s’y livrent. Il omet également de préciser que dans nombre de domaines, il existe un régime de double sanction : un fonctionnaire commettant un délit dans l’exercice de ses fonctions se verra ainsi passible de poursuites pénales et disciplinaires, de même qu’un adolescent en cas de délit dans l’enceinte de son établissement scolaire.

Le Syndicat de la magistrature s’oppose avec force aux pistes dégagées par Nicolas Sarkozy qui, un mois après l’entrée en vigueur de la loi instaurant des « peines-planchers », ne craint pas d’assumer une vision de la Justice qui rompt avec le principe républicain d’égalité devant la loi. Désormais très compréhensif avec les « patrons-voyous », le Président de la République se range ostensiblement dans ce domaine aux côtés des délinquants contre les victimes (salariés, actionnaires, contribuables)."

vendredi 7 septembre 2007

Jour 123

Mettez des frosties dans votre moteur

Jean-Lou Borloo, le 9 juillet 2007, dans une communication au conseil des ministres :

"Le "Grenelle de l’environnement" est le fruit d’un engagement du président de la République. Il traduit la volonté [...] d’inventer collectivement les conditions d’une nouvelle croissance compatible avec les limites d’un monde fini."

Le Financial Times du 6 septembre 2007 :

"Mr Diouf [directeur générale Directeur général de l'Organisation des Nations Unies pour l'alimentation et l'agriculture] déclare que le prix des denrées alimentaires va continuer à augmenter en raison d'une demande accru des pays en voie de développement, de l'augmentation de la population mondiale, l'accroissement des inondations et des sécheresses provoquées par les changements climatiques et l'appétit de l'industrie des biocarburants pour les céréales".

jeudi 6 septembre 2007

Jour 122

On veut du blé

Nicolas, le 5 septembre, université d'été du MEDEF :

"Il nous manque un point de croissance pour résoudre nos problèmes, pour que l'avenir redevienne une promesse au lieu d'être une menace, pour que les enfants aient de nouveau le sentiment qu'ils vivront mieux que leurs parents."

Les Echos, 6 septembre 2007 :

"La hausse vertigineuse du prix des céréales provoque des cris d'alarme dans les rangs des éleveurs de porc, qui s'attendent au pire dans les semaines à venir. « On n'a jamais été aussi proches du désastre », affirme Guillaume Roué, le président d'Inaporc, l'interprofession porcine, « pourtant souvent confrontée » à des crises profondes. [...] Les stocks mondiaux sont en effet au plus bas, la demande est forte et les récoltes s'annoncent médiocres en raison de fâcheux épisodes météorologiques. Bref, ils ne voient pas d'autre solution que d'augmenter les prix du porc à la consommation dans une proportion de 22 % à 25 %"

mercredi 5 septembre 2007

Jour 121

l'Eternel retour

Nicolas, le 4 août 2007, lit sa lettre aux éducateurs :

"Notre rôle n'est pas d'aider nos enfants à rester des enfants, [...] mais de les aider à devenir des adultes, à devenir des citoyens. Nous sommes tous des éducateurs."

ça me rapelle quelque chose... :

"Instituteurs de France, vous êtes à la fois des éducateurs et des instructeurs. Vous prenez possession de l'enfant pour former en lui l'homme."*

Nicolas poursuit :

"Car c'est un autre des défauts de notre éducation traditionnelle que d'opposer ce qui est manuel à ce qui est intellectuel."

Encore pris en flagrant-délit de rupture :

"Révélez-leur l'excellence, la dignité, noblesse des humbles métiers; montrez-le que toute tâche est belle où une âme humaine se met tout entière"*

Nicolas aime les profs :

"La Nation vous doit une reconnaissance plus grande, de meilleurs perspectives de carrière, un meilleur niveau de vie, de meilleurs conditions de travail."

Oups, déja-vu !

"Messieurs les instituteurs, je suis résolu à rendre à votre fonction la dignité qui lui revient."*

"Je désire que vous soyez honorés et que les conditions de votre vie soient assez assurées pour vous permettre de les oublier en vous donnant tout entiers à votre tâche."*

Nicolas déclarait pourtant :

"Ce que nous devons faire c'est poser les principes de l'éducation du XXIème siècle qui ne peuvent pas se satisfaire des principes d'hier et pas d'avantage de ceux d'avant-hier."

Les citations marquées d'un * datent pourtant de... 1942. Nous remercions Philippe Pétain et son message aux instituteurs pour leur participation.

Pour finir, Nicolas rappelle que :

"Nul ne doit entrer en 6e s'il n'a pas fait la preuve qu'il était capable de suivre l'enseignement du collège. Nul ne doit entrer en seconde s'il n'a pas fait la preuve qu'il était capable de suivre l'enseignement du lycée et le baccalauréat doit prouver la capacité à suivre un enseignement supérieur."

Que deviennent ces "nuls" justement, qui ne peuvent entrer nulle part ? Tout est prévu, ils seront :

"Entre le père, la mère, le professeur, le juge, le policier, l'éducateur social" (mon emphase).

Souriez les enfants, vous êtes cernés.

mardi 4 septembre 2007

Jour 120

Arnaques, crimes et politique

Le 31 août, la petite Rachida part visiter un hôpital fermé pour criminels dangereux aux Pays-Bas, commentaire du Syndicat de la magistrature :

"Le Syndicat de la magistrature rappelle que le système néerlandais a créé des centres de soins fermés ou semi-ouvert pour prendre en charge les délinquants atteints de troubles mentaux mais que ces centres se substituent à l’incarcération alors que le système annoncé par Nicolas Sarkozy prévoit l’enfermement des délinquants dans des centres psychiatriques fermés après que ceux ci aient purgé leur peine de prison. Le Syndicat de la magistrature considère que ce voyage est destiné à faire croire à l’opinion publique que la France cherche à s’inspirer du modèle des Pays-Bas alors que tel n’est pas le cas puisque si les autorités néerlandaises ont fait le choix de privilégier le soin à la sanction, la France au travers des déclarations de son président s’oriente vers un système de sanction encore renforcée et de logique d’élimination." (mon emphase).

Sur le site du Nouvel Observateur, le 30 août, on peut lire les propos de la Conférence nationale des procureurs de la République :

"Notre attention vient d'être attirée sur un événement [la convocation à la Chancellerie d'un vice-procureur de Nancy pour des propos critiques sur les peines plancher, que l'intéressé conteste avoir tenus] porteur de graves inquiétudes quant à notre statut et aux conséquences que la Chancellerie ou le cabinet de Mme le garde des Sceaux paraissent susceptible d'en tirer [...] La mise en cause de notre collègue par la Chancellerie [...] limiterait radicalement le principe de notre liberté de parole à l'audience qui a été respectée jusqu'à ce jour et confirmée par la jurisprudence constante du Conseil supérieur de la magistrature"

La ligue des Droits de l'Homme, le 27 août :

"Un enfant se jette par la fenêtre pour échapper au centre de rétention. Un bébé est placé à la DDASS parce que sa mère, elle, n’a pas échappé au centre de rétention. Des dizaines de sans-papiers, à Lille, doivent mettre leurs vies en danger pendant des semaines pour que le gouvernement accepte, au moins en paroles, d’examiner leurs dossiers selon des critères humains. Un préfet exige que les maires de son département se fassent rabatteurs dans la chasse aux étrangers. C’est la France de l’été 2007, c’est ainsi que l’on prétend construire son « identité nationale » officielle. [...] Le maire de la ville où le même Nicolas Sarkozy voulait traquer « la racaille » a trouvé, quant à lui, un instrument de nettoyage plus original que le célèbre karcher de 2005 : un vaporisateur anti-mendiants, pulvérisant un produit malodorant pour éloigner des SDF indésirables des centres commerciaux. Même sa police municipale a refusé cette désinfection d’un nouveau genre. C’est la France de l’été 2007, c’est ainsi que l’on prétend être à l’écoute des pauvres « qui se lèvent tôt » et ne sont concernés ni par le bouclier fiscal, ni par la diminution de l’ISF. [...] C’est l’avenir de toute une société que ces mesures mettent en danger. La LDH appelle les citoyens à juger l’arbre sécuritaire aux fruits qu’il portera si les gouvernants ne reviennent pas à la raison."

lundi 3 septembre 2007

Jour 119

Usine à gaz

D'abord un premier mensonge, un peu rance...

Nicolas, alors ministre des finances, le 6 avril 2004 :

"Ensuite, dans la foulée de ce qu'a dit le Premier ministre, je redis qu'EDF et GDF ne seront pas privatisés..."

Dans le Figaro du 3 septembre :

"Claude Guéant a confirmé que la fusion GDF-Suez sera de facto « une privatisation » du groupe gazier public"

Un mensonge plus récent, François Fillon, dans une intervention sur France 3 le 18 juillet :

Marlène Blin
Hier soir, les députés ont adopté en première lecture le paquet fiscal, il devrait coûter environ 13 milliards d’euros, cela va creuser les déficits, c’est un pari risqué sur l’avenir.

Fifi
Je ne crois pas du tout que cela va creuser les déficits et ce n’est pas un paquet fiscal.

Les Echos du 3 septembre :

"Confronté au renchérissement des charges de la dette, au ralentissement conjoncturel et au coût du « paquet fiscal », Bercy prépare les esprits à une remontée du déficit en 2008. [...] le gouvernement doit intégrer, essentiellement en moindres recettes, le coût du « paquet fiscal » voté cet été. Son incidence sur le budget 2008 est évaluée à 8 milliards d'euros par le rapporteur général du budget à l'Assemblée nationale"

dimanche 2 septembre 2007

Jours 117 & 118

Rentrée des classes laborieuses

Allocution du petit Nicolas sur l'installation de la la commission sur la libération de la croissance, le 30 août 2007 :

"On va libérer les énergies en France. [...] Le travail est aujourd'hui bloqué par [...] un volume de travail insuffisant : un Français consacre 48% de son temps de vie au travail, un Britannique 58%, un Danois 60%."

Sur le site canadien de la presse affaires, on pouvait lire :

"Selon M. Julien [titulaire de la chaire de recherche Bell pour des PME de classe mondiale de l’Université du Québec], c’est la qualité du temps de travail qu’il faut mesurer, pas sa quantité. «Il y a encore des entreprises qui se vantent du fait que leurs cadres sont au bureau le samedi. C’est terrible. Il faut du recul pour bien travailler ! La réflexion se fait dans la détente. C’est dans cet état que notre cerveau fonctionne le mieux», insiste-t-il.[...] M. Julien déplore que, encore aujourd’hui, des entreprises misent sur les bas salaires et les cadences d’enfer pour rivaliser avec les Chinois et les Indiens."

Et d'ajouter ensuite :

"Le rapport Nouveaux modèles d’organisation du travail dans le secteur manufacturier québécois, publié en 2003 par le Centre de recherche sur les innovations sociales (CRISES), confirme les observations de Paul-André Julien. [...] «Au chapitre des performances, plus un modèle de travail s’éloigne du taylorisme, plus les performances économiques et sociales sont élevées»"

Inutile de croire que les prochaines élections changeront la donne, on peut lire sur le site du Monde, M. Hollande qui s'exprimait à l'université du Mouvement des jeunes socialistes (MJS):

"Sur le travail, autre sujet qui fâche, il a assuré que la France "doit collectivement travailler" plus""

Plus loin :

"M. Hollande a souligné qu'il était favorable à "l'ordre social, public", opposé au désordre "créé par le capitalisme" [...] M. Hollande a répondu qu'il ne pouvait "accepter l'incantation sur le capitalisme". "On ne va pas raconter des histoires, dire qu'à l'horizon de cinq ou dix ans, si on est au pouvoir, on va en terminer avec le capitalisme", a-t-il martelé."

Ce qui n'empêche pas :

"La salle semblait ravie et a vivement applaudi le premier secrétaire. Avant d'entonner L'Internationale."

De quoi relire 1984 avec ferveur :

"Son esprit s’échappa vers le labyrinthe de la double-pensée. Connaître et ne pas connaître. En pleine conscience et avec une absolue bonne foi, émettre des mensonges soigneusement agencés. Retenir simultanément deux opinions qui s’annulent alors qu’on les sait contradictoires et croire à toutes deux. [...] Là était l’ultime subtilité. Persuader consciemment l’inconscient, puis devenir ensuite inconscient de l’acte d’hypnose que l’on vient de perpétrer." (1984, Première Partie, Chapitre III).