dimanche 8 avril 2012

Jour 1792 & 1793

Après le plombier polonais, le flic grec

Zero Hedge, le 8 avril 2012 :

"Now that the time has come to expect Greek March economic data, which will show an acceleration in the total financial collapse of a society which is merely used as an intermediary to bail out insolvent European banks, something that virtually everyone takes for granted, together with a third bailout package sometime in the late summer, we can focus on the more entertaining developments out of the country that has become a symbol of all that is broken in Europe. Such as this story from Greek Protothema that one can now hire a cop for as little as €30/hour. €20 more gives one the option of chosing between the Athenian version of Erik Estrada, together with bike and ambiguous sexual tendencies, or a K-9 option. Finally, for those who are in need of urgent transport from point A to point B in total security, the Greek police choppers can be had for as little as €1500 an hour. In other words, one can own a 24/7 full-time militia of 20 policemen for as little as €14,400 a month. Naturally, the Greek PD has stooped so low because it simply has no money, and in its attempt to protect and serve, it has to do a little paid moonlighting on the side. As to what happens when all the wealthy robber barrons and tax evaders in Greek society end up owning all the officers in circulation, leaving the rest of the country defenseless, well, we are confident the local underworld elements will be more than happy to find out just what the consequences of that particular outcome will be. But at least Greece is still in the euro. And that's all that matters."

vendredi 6 avril 2012

Jour 1791

Le Conseil des Singes de l'Audiovisuel

Acrimed, le 6 février 2012 :

"Inféodé au pouvoir politique et assujetti aux entreprises médiatiques, le CSA est un organisme-fantoche et un organisme-croupion : un simple relais du pouvoir exécutif, cantonné à la régulation de l’audiovisuel dans une définition désormais archaïque. À l’heure d’Internet, de la révolution numérique, de la multiplication des supports et du multimédia, toutes les composantes de l’espace médiatique sont plus que jamais solidaires. C’est pourquoi un Conseil national des médias (CNM), entièrement redéfini dans ses missions et sa composition, doit être institué. Quelle composition ? Un tel conseil des médias devrait être dégagé des formes de représentations politiques qui prévalent aujourd’hui et qui aboutissent, au sein de l’actuel CSA, à la prédominance absolue de l’exécutif et des majorités parlementaires qui décident de sa composition. Il devrait être composé d’élus, de professionnels des médias et de porte-voix des publics. - Quel que soit le mode de scrutin retenu pour l’élection des assemblées parlementaires et en particulier de l’Assemblée nationale, la représentation politique au sein du CNM doit être une représentation strictement proportionnelle. - Quelle que soit la part réservée aux chefs d’entreprises, privées ou publiques, la majorité de la représentation professionnelle doit revenir aux principaux acteurs des médias : les journalistes et les salariés des médias, ainsi que leurs organisations syndicales. - Quelles que soient les modalités retenues de représentation des usagers, celle-ci doit être effective, même si le risque d’une faible représentativité n’est pas négligeable : leur rôle pourrait être, du moins dans un premier temps, consultatif. En tout cas, de telles dispositions (notamment parce qu’elles distinguent la représentation politique et la représentation directe des usagers) pourraient n’être que provisoires : elles prendraient tout leur sens si tout ou partie des représentants aux conseils des médias étaient élus à la proportionnelle, sur la base de projets et selon un mode de scrutin spécifiques. De surcroît, une seule autorité publique indépendante devrait remplir ou coordonner les fonctions remplies aujourd’hui par diverses institutions cantonnées à tel domaine d’intervention et à tel type de médias. Par exemple, sous réserve des autres transformations souhaitables et sans préjuger de celles-ci : - Les organismes d’évaluation de la diffusion et des audiences ne doivent pas être sous-traités à des organismes privés et/ou dépendants. Médiamétrie et l’OJD (ex-Office de justification de la diffusion des supports de publicité) doivent être remplacés ou modifiés. Ils devraient être ou devenir des organismes publics ; - L’Autorité de régulation professionnelle de la publicité (Arpp) [1] devrait remplir ses fonctions au sein du CNM ou sous son contrôle. - L’Autorité de régulation des communications électronique et postales (Arcep) devrait agir de concert avec le CNM, voire constituer avec lui une seule et même instance. Quelles missions ? Le CNM aurait pour principaux rôles, sous réserve de précisions sur la répartition entre les pouvoirs effectifs et les fonctions consultatives : 1. La définition des modalités de financement public des médias : l’allocation des montants de la redevance audiovisuelle ; l’allocation des aides publiques à la presse ; l’allocation des ressources destinées aux médias associatifs. Seul un organisme réellement indépendant permettrait d’en finir avec l’arbitraire politique et l’opacité qui règnent sur ces allocations. 2. Le contrôle de la publicité : la définition des normes des messages publicitaires ; l’établissement des règles relatives aux conditions de leur diffusion et celles relatives à leur ampleur, de concert avec l’Arpp, qui devra être refondée. La place et le contenu de la publicité dans les médias ne relèvent pas des seuls spécialistes et professionnels de la publicité : ils doivent, pour le moins, faire l’objet d’un débat public. 3. La gestion des moyens publics de production et de diffusion : la répartition des canaux et des fréquences disponibles ; le contrôle de la gestion des moyens publics d’impression ; le contrôle de la transparence des organismes de diffusion de la presse ; la prise en charge des relations avec La Poste et les Télécommunications (dont il faut souhaiter les renationalisations). 4. Le contrôle des mesures d’audience et de diffusion : la redéfinition des organismes d’évaluation de la diffusion et des audiences ; la réévaluation de leurs critères et le développement des enquêtes qualitatives sur les usages des médias, dégagées des présupposés mercantiles de celles, trop rares, qui existent actuellement... 5. Le contrôle du pluralisme médiatique et de la législation sur les concentrations, en particulier par l’instauration d’un droit de saisine des juridictions compétentes en cas de transgression des dispositions législatives. 6. La protection de la liberté sur Internet et de sa neutralité et, en particulier, la mise en œuvre de dispositions qui protègent les droits d’auteur sans recourir à la répression aveugle et absurde qui est le lot de la loi Hadopi. Dans le cadre de l’actuelle Constitution, c’est au Parlement que revient le vote du budget alloué aux médias et des lois qui les concernent, tandis que le gouvernement – la direction des Médias et le ministère des Finances en particulier – sont chargés de l’application des dispositions législatives. C’est beaucoup, c’est beaucoup trop, si leurs compétences ne sont pas strictement circonscrites, et surtout si n’existe aucun contre-pouvoir. Dans ce but, deux mesures complémentaires doivent être envisagées. D’abord, le rôle désormais rempli par les régions et le poids grandissant, actuel et à venir, des médias locaux rendent indispensable le transfert des compétences nécessaires à des conseils régionaux des médias, indépendants des conseils régionaux proprement dits. Ensuite et surtout, sur le plan national, le CNM, tel que nous l’avons défini, pourrait être inscrit dans la Constitution : la notion confuse de « quatrième pouvoir » recevrait ainsi un sens précis."

jeudi 5 avril 2012

Jour 1790

Privatisation partout, justice nulle part

Bug Brother, le 4 avril 2012 :

"En conclusion de son reportage, TF1 note qu'"en France, le nombre d'agents de sécurité privée devrait égaler le nombre de policiers et gendarmes en 2015; aux États-Unis, il y a déjà trois fois plus d'agents privés que d'agents publics." En l'espèce, et en France, les supplétifs de la sécurité privée ont de fait augmenté de 140% en 20 ans, et l’on dénombre aujourd’hui, souligne Sabine Blanc sur OWNI, 9 000 entreprises pour 165 000 salariés... TF1 omet par contre étrangement de préciser que les sociétés de sécurité avaient jusqu’au vendredi d'avant pour déposer un dossier de demande d’agrément ou d’autorisation, suite à l'instauration du Conseil national des activités privées de sécurité (Cnaps), chargé, dixit le ministère de l'Intérieur, "d’assainir le secteur de la sécurité privée, afin de favoriser l’émergence d’entreprises saines, performantes et compétitives". Interrogé par Sabine Blanc, la journaliste qui, ces derniers mois, a probablement le plus -et le mieux- enquêté sur ces questions de surveillance et de libertés, un professionnel de la profession résume bien le problème, en rappelant qu'en 1983, une loi avait été votée afin d'"encadrer et restreindre les activités de la sécurité privée", et qu'elle disait clairement "où on ne doit pas être : sur la voie publique... "Or, Sarkozy a ouvert une brèche en fermant les commissariats et en baissant les effectifs. La nature ayant horreur du vide, il a fallu combler cela… et c’est nous et la police municipale. Mais on revient moins cher et on est moins contraignant que la police municipale. Les effectifs de la sécurité privée vont bientôt être plus importants que ceux de la police nationale, de la gendarmerie et des douanes réunis. Trouvez-vous cela normal ? Moi, non. Nous, on est dans le privé. Et pourtant, on intervient avant le 17 lors de cambriolages, d’effraction ou d’intrusion. Les aéroports sont aux mains de la sécurité privée… ce n’est pas normal. On joue gros et on n’a ni les moyens, ni les formations adaptées." En résumé : le gouvernement exploite le sentiment d'insécurité pour faire passer des lois mettant l'accent sur le recours à des technologies sécuritaires, tout en ne remplaçant pas un policier (ou gendarme) sur deux; le sentiment d'insécurité ayant été exacerbé par cette instrumentalisation politique des questions de sécurité, le gouvernement prône également un recours accru aux sociétés de sécurité privée... La boucle est bouclée. Les problèmes de sécurité, eux, n'en sont pas pour autant réglés. Pis : on en arrive donc à une situation absurde où ceux qui sont censés incarner le respect de la loi se retrouvent à la violer... En matière de libertés, par contre, c'est plié : l'objectif assigné aux policiers, gendarmes et agents de sécurité privée de "faire du chiffre" ne peut qu'instrumentaliser, exploiter et augmenter d'autant le sentiment d'insécurité... une spirale infernale qui ne peut que porter atteinte aux libertés, ce que reconnaît d'ailleurs bien volontiers la délégation interministérielle à la sécurité privée du ministère de l'Intérieur : Avez-vous des exemples de dérives de la sécurité privée ? Réponse : des comportements qui pourraient porter atteinte aux libertés individuelles sont toujours possible. En assurant la sécurité des entreprises, des particuliers, les agents et entreprises de sécurité privée ont accès à des informations, à des lieux, à une intimité. Cet accès ne doit en aucune manière donner lieu à l’acquisition illégale d’informations, d’intérêts de toute sorte, ou d’abus vis-à-vis de la dignité et du respect de la vie privée des personnes. Le comportement de certaines entreprises ou de certains agents a pu être considéré comme constituant des empiétements à la fois sur les prérogatives des forces de sécurité publiques et sur le respect de la vie privée, sur le droit d’aller et venir."

mercredi 4 avril 2012

Jour 1789

Le combat des femmes (?)

Acrimed, le 28 mars 2012 :

"On ne peut évoquer la dite « presse féminine » sans passer le magazine Elle au crible d’une critique qui, bien que très incomplète sous la forme qu’on va lire ici, permet d’entrevoir les voies plus ou moins subtiles par lesquelles s’immisce aujourd’hui le sexisme dans les médias s’adressant aux femmes. Fleuron du groupe Hachette Filipacchi Médias, lui-même propriété du groupe Lagardère et premier éditeur mondial de magazines, Elle propose chaque semaine – et chaque jour sur son site Internet – un concentré de poncifs sexistes, maquillés derrière une rhétorique dont la « modernité » se résume à l’usage permanent d’anglicismes et emmitouflés dans un amas de publicités haut de gamme. On ne prendra ici que quelques exemples qui nous ont semblé révélateurs de tendances de fond. La réussite des femmes selon Elle Elle se montre attachée à la « réussite » des femmes : louable intention à l’évidence ! Mais la lecture du magazine révèle d’emblée deux dimensions de cet attachement bruyamment revendiqué. Cette réussite, en effet, se réduit pour l’essentiel à l’accès des femmes aux positions dirigeantes (dans le monde politique ou économique), au point que le sort de la majorité des femmes salariées – soumises aux contrats précaires, aux bas salaires, aux temps partiels imposés ou à la double journée – n’est que très rarement évoqué par les rédactrices de l’hebdomadaire. Nulle raison de s’en étonner : cherchant à obtenir les recettes publicitaires associées aux grandes enseignes de la mode (Chanel, Louis Vuitton, etc.), Elle multiplie les efforts pour attirer un lectorat, sinon bourgeois, du moins disposant de revenus conséquents (« CSP+ »). Que lui importe, par conséquent, les intérêts des caissières, serveuses, femmes de ménage, aides-soignantes ou autres secrétaires. Deuxième aspect marquant : Elle s’intéresse moins aux mécanismes qui assurent la persistance des inégalités d’accès aux positions dirigeantes entre hommes et femmes, qu’à la manière spécifique dont les femmes occuperaient ces positions. Or, cette spécificité, Elle la cherche dans… la garde-robe de ces femmes distinguées, forcément ! Ainsi, dans un article publié dans le magazine du 21 octobre 2011 et intitulé : « Mode in power », Elle se propose d’instruire on ne sait qui, mais on le devine, sur la manière dont « les dirigeantes imposent leur look » : « Chancelière, ministre, First Lady… les femmes sont enfin sorties de la terne imitation des hommes et osent faire passer des messages ». Pour apprendre comment elles y sont parvenues et comment il est possible d’y parvenir, l’article propose une « analyse des nouveaux dress codes féminins », qui se fonde sur les « exemples » de Michelle Obama, Nathalie Kosciusko-Morizet, Angela Merkel, Christine Lagarde, Martine Aubry et Kate Middleton. La politique du « look » selon Elle Ce n’est pas tout : sous le vocable unifiant de « dirigeantes » se trouvent placées sur le même plan deux femmes, Michelle Obama et Kate Middleton, uniquement connues en tant qu’épouses d’hommes célèbres (qui eux-mêmes le sont à des titres bien différents), et quatre autres qui ont exercé des fonctions politiques de premier plan (ministres, députées, etc.). C’est assez dire la confusion qu’Elle contribue à entretenir sur la « réussite » des femmes, puisque diriger – conjugué au féminin – peut encore et toujours consister à être la « femme de ». Considèrerait-on le mari (ou le compagnon) d’Angela Merkel ou de Martine Aubry comme un « dirigeant » ? Poser la question, c’est évidemment y répondre. Mais le principal enseignement est le suivant : si les femmes – ces femmes – sortent aujourd’hui de l’ombre dans laquelle elles se tenaient elles-mêmes (et non où les hommes les tiennent, aujourd’hui comme hier), « soucieuses de ne pas détonner dans l’univers masculin du costard-cravate », et si elles parviennent aujourd’hui à « faire passer des messages », ce n’est pas en luttant pour l’égalité entre hommes et femmes dans le monde du travail, pour un partage égalitaire des tâches domestiques dans les couples ou contre les violences masculines, mais en « inventant un nouveau dress code ». Message de gauche ou de droite, en faveur des intérêts des salariés ou du patronat, pour l’égalité entre les sexes ou sans considération pour les inégalités entre hommes et femmes ? Peu importe car, une nouvelle fois, les femmes se trouvent jugées, non sur la base de leur contribution à l’émancipation des modèles de genre ni même de leur positionnement politique ou de leur compétence, mais sur leur apparence extérieure, ici vestimentaire. Au nom de ces équations traditionnelles reléguant les femmes « dirigeantes » au rôle de figurantes, rien ne nous est donc épargné par Elle : la « sexyness de NKM » (N. Kosciusko-Morizet), la « touche créateurs de Michel Obama », le « high street de Kate Middleton », « le côté “Vis ma vie” de Martine Aubry », etc. À l’adresse du lecteur non encore convaincu, voici un florilège de ce que ce « dossier » nous réserve de meilleur : « Elle a des jambes de gazelle, alors, pourquoi s’en priver ? », « Michelle Obama est la plus moderne et la plus sympa des First Ladies », « La méthode Lagarde est simple mais fiable. Une tenue basique de power woman à l’ancienne, mais, par-dessus, un foulard ou une grosse broche graphique », « C’est l’une des révolutions les plus importantes. Les attentes du public vis-à-vis de ses dirigeantes sont passées d’un dressing iconique à un dressing sympathique ». Le partage des tâches domestiques selon Elle Une petite incursion sur le site du magazine révèle une autre dimension de la contribution de Elle au maintien des rôles sexués : sa « vision de la division du travail domestique. Sous le titre « toutes accro à l’électroménager », un dossier du 7 décembre 2011 propose ainsi cinq portraits de femmes : « Un lave-vaisselle ou un robot, c’est souvent beaucoup plus qu’un appareil qui facilite la vie. C’est aussi un ami, un allié, un objet fétiche... Cinq dingues de leur gadget high-tech se racontent ». Toutes les enquêtes sociologiques ont beau démontrer la permanence, dans tous les milieux sociaux, d’inégalités très profondes entre hommes et femmes dans la répartition des tâches domestiques (alimentation, nettoyage, éducation, etc.), Elle choisit d’entériner cet état de fait… en le passant sous silence et en valorisant le rapport de certaines femmes aux appareils qui sont le support technique de cette inégalité. Nous aurions pu évoquer l’exemple de Valia, dont le compagnon s’est vu déchargé de la vaisselle grâce à l’achat d’un lave-vaisselle, mais celui de Fleur nous paraît encore plus édifiant. Fleur a en effet découvert les joies du nettoyage en faisant l’acquisition d’un aspirateur high-tech. Pourquoi ? « Parce qu’il trône dans le salon comme une œuvre d’art, qu’il est beau, ultrapratique et, comme c’est un 2-en-1, je peux utiliser le petit ou le gros selon les besoins. C’est devenu mon meilleur ami et le troisième membre de la coloc’ ». Dans la chanson de Marylin Monroe, les diamants constituaient le meilleur ami d’une femme ; dans la version proposée par Elle, ce rôle est dévolu… à l’aspirateur. Commentaire de l’experte diligentée par le magazine : « La vie de Fleur a changé le jour où elle a pris conscience qu’un aspirateur pouvait être non seulement utile mais facile à utiliser. Pour elle, aspirer la poussière est devenu un jeu. Elle se sent valorisée par la performance et le design de l’appareil. Si bien qu’elle l’a accueilli avec autant d’enthousiasme qu’un nouveau colocataire qui serait à la fois sexy et facile à vivre ». La rhétorique de la conciliation vie professionnelle/vie privée Une autre manière de s’accommoder des inégalités de genre dans la répartition des tâches domestiques consiste à recourir au lieu commun, qui tient lieu pour beaucoup d’idéal, de la « conciliation entre vie professionnelle et vie privée ». Ce thème occupe une place non-négligeable dans le discours porté par Elle, le magazine proposant, par exemple, « dix conseils » aux mères actives « pour assurer » (27 octobre 2011). Le simple fait que ce type d’articles figure régulièrement dans la presse féminine et ne s’adresse qu’aux femmes est en soi significatif : les hommes ne sont en effet enjoints par personne à « concilier » quoi que ce soit. Les femmes se doivent quant à elles de « concilier », car c’est précisément à elles que continue à revenir en priorité de s’occuper des tâches matérielles au sein des couples. Au-delà de leur caractère purement incantatoire, les « conseils » proposés par Elle – « je gère ma grossesse au bureau », « je communique avec mon boss », « je trouve un mode de garde fiable », « je gère les imprévus » – ne visent donc qu’à rationaliser cette inégalité, pièce maîtresse du patriarcat. Ce que confirme parfaitement le cinquième conseil, qui stipule : « j’implique le père de mon enfant dans les tâches ménagères ». Ici comme ailleurs, les mots importent ; il est bien écrit « j’implique », et non « je partage ». Le conseil pour faire accepter cette « implication » aux pères réticents a de quoi laisser songeur : « Vous pouvez utiliser des phrases toutes prêtes ayant fait leurs preuves et compilées dans le livre. Un exemple : “Mon amour, toi qui a des muscles, j’aurais une mission à te confier : pourrais-tu s’il te plaît descendre la poubelle à couches ?” ». Quand on a renoncé à combattre l’inégalité, restent les arguments sexistes. On pourrait poursuivre longtemps l’énumération des exemples : la plupart montrent que les discours généraux qui prétendent lutter contre les inégalités entre hommes et femmes servent d’habillage élégant à l’aménagement du statu quo. Il suffit pour cela de considérer, en général, ces inégalités comme des survivances archaïques et de les attribuer exclusivement à des cultures ou des religions qui seraient intrinsèquement sexistes. Ce faisant, Elle participe à la légitimation et à l’éternisation de la domination patriarcale, telle qu’elle continue à s’exercer aujourd’hui dans la société française."

mardi 3 avril 2012

Jour 1788

Les nains ont forcément envie de croissance

Le Monde Diplo, le 2 avril 2012 :

"Il y a longtemps que la pertinence du PIB en tant qu’indicateur hégémonique est remise en question par les économistes. Est particulièrement visée, dans ce « supplément de richesse » annuel produit et évalué de façon marchande et monétaire — qui fait donc le bilan de la valeur ajoutée produite par une économie —, son incapacité à prendre en compte l’inestimable des vies humaines. En mars 1968, Robert Kennedy, candidat à l’investiture démocrate pour l’élection présidentielle américaine, le martelait déjà : « Le PIB ne tient pas compte de la santé de nos enfants, de la qualité de leur instruction, ni de la gaieté de leurs jeux. Il ne mesure pas la beauté de notre poésie ou la solidité de nos mariages. Il ne songe pas à évaluer la qualité de nos débats politiques ou l’intégrité de nos représentants. Il ne prend pas en considération notre courage, notre sagesse ou notre culture. (...) En un mot, le PIB mesure tout, sauf ce qui fait que la vie vaut la peine d’être vécue. » [...] Reste qu’en quarante ans de domination sans partage de la vulgate libérale, rien n’a vraiment changé : la mesure de la richesse nationale est toujours majoritairement centrée sur les différents niveaux de l’activité marchande, dans une optique de « création de valeur ajoutée » que les années de reconstruction d’après-guerre ont fortement contribué à figer. Les conditions sociales de production restent un sujet virtuel. [...] Critère de mesure central, le PIB n’a, enfin, aucunement tenu lieu de radar d’alerte concernant la crise actuelle. Rien dans la structure du PIB ni dans le AAA des agences de notation, qui lui est fortement corrélé, n’a permis de comprendre, par exemple, que l’accumulation de « richesses » produites depuis trente ans au Royaume-Uni par des services financiers hypertrophiés engendrait un déséquilibre structurel, rendant toujours plus d’hommes dépendants d’une production virtuelle et parasitaire. La crise montre aujourd’hui les limites de ce pari britannique : l’économiste Patrick Artus estime que 20 % des emplois au Royaume-Uni sont liés à la finance ; si la City perd son rôle central, le pays se retrouve sans option de rechange, aucune industrie ne pouvant vraiment relancer l’économie. Le PIB, pas plus que la grille des AAA, n’était capable de refléter ce glissement. Quant aux agences de notation, leur aveuglement passé dans le drame des subprime est unanimement reconnu ; pourtant, personne ne met en discussion leur capacité à dégrader du jour au lendemain la valeur d’une entreprise — et la vie de ses salariés — ou la réputation d’un Etat — et la vie de ses citoyens — sur la base de rumeurs et d’indicateurs arbitraires. En septembre 2011, remarque La Tribune, Air France « vaut » moins en Bourse que le prix catalogue de cinq A380 ; Accor, moins que la moitié de ses hôtels. Mais nulle multinationale n’envisage sérieusement de cesser de dépendre de cotations irrationnelles. L’économie libérale demeure un artéfact religieux et, comme tel, hésite à se priver de ses faillibles augures. Tant pis si ces derniers, marché ou agences, ont régulièrement besoin de victimes pour pouvoir « lire » dans les entrailles de la croissance."

lundi 2 avril 2012

Jour 1787

Les conseils de la connasse

Le Figaro, 2 avril 2012 :

"Laurence Parisot a tout d'abord encensé le bilan du président. «On ne mesure pas assez tout ce qui a été fait ces dernières années, a-t-elle indiqué. Le bilan de Nicolas Sarkozy n'est pas un boulet mais un boulot extraordinaire. Il faut continuer le travail effectué ces cinq dernières années.» Et la patronne des patrons de rendre hommage au chef de l'État pour la «grande» réforme des retraites mise en œuvre. «Sans elle, nous serions sur le plan financier dans une situation encore plus grave», a-t-elle martelé. Mieux, le pays n'aurait pas pu rêver meilleur capitaine durant la crise pour ramener à quai le navire France. «La capacité de leadership de Nicolas Sarkozy à l'échelle internationale est exceptionnelle», a ainsi assuré la présidente du Medef."

Le bilan du nain vous lavez sur des pages et des pages ici, à vous de voir...

dimanche 1 avril 2012

Jours 1785 & 1786

Une parmi d'autres...

Le Monde, 31 mars 2012 :

"Pour la deuxième année consécutive le concours des meilleurs apprentis de France a distingué une jeune femme d'origine rom, Cristina Dumitru, qui vit en France sans papiers depuis plus de six ans. Cristina, 18 ans, a passé plus de 18 mois dans une caravane sans eau ni électricité après son arrivée de Roumanie à Nantes (ouest) en 2005 avec sa famille, avant de pouvoir accéder à des conditions de vie moins rudes. Elle reçu sa médaille le 29 mars au Sénat à Paris, où se déroulait la remise des prix. Mais comme Linda Mihai, 21 ans qui était lauréate du concours 2010, en catégorie "pressing" également, toute lauréate qu'elle est, Cristina n'a pas de papiers."