samedi 29 novembre 2008

Jours 571 & 572

Coupez la télé, vraiment

Sur le blog Informations 2.0 du Monde Diplomatique :

"Alors que le projet de loi sur l’audiovisuel public tourne à la bataille parlementaire — avec l’examen de 850 amendements —, une question se pose : comment ce qui aurait pu passer pour une grande réforme de la télévision publique est-il en train de tourner au fiasco politique, démocratique et culturel ? Comment un projet qui avait la prétention d’édifier une BBC à la française est-il en train de se muer en parodie de l’ORTF ? [...] Le nouveau service public de la télévision va grandement différer de sa consœur britannique en ceci que les téléspectateurs n’y seront pas représentés, et que le lien tutélaire vis-à-vis du pouvoir politique en sortira renforcé, puisque les présidents de l’audiovisuel public seront directement nommés par l’Elysée. [...] la loi sur l’audiovisuel n’est pas qu’une législation sur la télévision publique. Elle impacte aussi directement TF1, dont elle va grandement contribuer à sauver les recettes publicitaires en 2009 grâce à une suite de mesures transposant une directive européenne (Service de médias audiovisuels). Un nouveau comptage plus favorable du temps de publicité, qui fait notamment passer de 144 à 216 minutes le volume publicitaire autorisé sur 24 heures, a pour conséquence de gonfler de moitié les capacités d’accueil en publicité de TF1 (comme de M6). Pour parvenir à cette fin, une deuxième coupure de publicité est du reste prévue dans les films, les séries ou les téléfilms. TF1, détenu par l’actionnaire ami Bouygues, tout comme M6, présidé par Nicolas de Tavernost que Nicolas Sarkozy a fréquenté au sein du Club Neuilly Communication, vont donc recevoir la plus grosse part du gâteau public."

vendredi 28 novembre 2008

Jour 570

Lettre ouverte des parents des neuf mis en examens du 11 Novembre

Dimanche, 23 Novembre 2008

Lorsque la cacophonie s'accorde pour traîner dans la boue une poignée de jeunes emmurés, il est très difficile de trouver le ton juste qui fasse cesser le vacarme; laisser place à plus de vérité. Certains médias se sont empressés d'accréditer la thèse affirmée par la ministre de l'intérieur dans sa conférence de presse, alors que les perquisitions étaient en cours: les personnes arrêtées étaient d'emblée condamnées.

Personne n'aura pu rater l'épisode de "police-réalité" que nous avons tous subi la semaine passée. L'angoisse, la peur, les pleurs nous ont submergé et continuent à le faire. Mais ce qui nous a le plus blessés, le plus anéanti, ce sont les marées de mensonges déversées. Aujourd'hui ce sont nos enfants, demain ce pourrait être les vôtres. Abasourdis, nous le sommes encore, paralysés nous ne le sommes plus. Les quelques évidences qui suivent tentent de rétablir la vérité et de faire taire la vindicte.

Les interpellés ont à l'évidence bénéficié d'un traitement spécial, enfermés pendant 96 heures, cela devait faire d'eux des personnes hors normes. La police les suspecte d'être trop organisés, de vouloir localement subvenir à leurs besoins élémentaires, d'avoir dans un village repris une épicerie qui fermait, d'avoir cultivé des terres abandonnées, d'avoir organisé le ravitaillement en nourriture des personnes agées des alentours. Nos enfants ont été qualifiés de radicaux. Radical, dans le dictionnaire, signifie prendre le problème à la racine. A Tarnac, ils plantaient des carottes sans chef ni leader. Ils pensent que la vie, l'intelligence et les décisions sont plus joyeuses lorsqu'elles sont collectives.

Nous sommes bien obligés de dire à Michelle Alliot Marie que si la simple lecture du livre "L'insurrection qui vient" du Comité Invisible fait d'une personne un terroriste, à force d'en parler elle risque de bientôt avoir à en dénombrer des milliers sur son territoire. Ce livre, pour qui prend le temps de le lire, n'est pas un "bréviaire terroriste", mais un essai politique qui tente d'ouvrir de nouvelles perspectives.

Aujourd'hui, des financiers responsables de la plus grosse crise économique mondiale de ces 80 dernières années gardent leur liberté de mouvement, ne manquant pas de plonger dans la misère des millions de personnes, alors que nos enfants, eux, uniquement soupçonnés d'avoir débranchés quelques trains, sont enfermés et encourent jusqu' à 20 ans de prison.

L'opération policière la plus impressionante n'aura pas été de braquer cagoulé un nourrisson de neuf mois en plein sommeil mais plutôt de parvenir à faire croire que la volonté de changer un monde si parfait ne pouvait émaner que de la tête de détraqués mentaux, assassins en puissance.

Lorsque les portes claquent, nous avons peur que ce soient les cagoules qui surgissent.
Lorsque les portent s'ouvrent, nous rêvons de voir nos enfants revenir.

Que devient la présomption d'innocence?
Nous demandons qu'ils soient libérés durant le temps de l'enquête et que soit evidemment abandonnée toute qualification de terrorisme.

PS: Nous tenons à saluer et à remercier les habitants de Tarnac qui préfèrent croire ce qu'ils vivent que ce qu'ils voient à la télé.

(source : Libération, le 25 novembre 2008)

jeudi 27 novembre 2008

Jour 569

Délit de sale gauche

La Ligue des Droits de l'Homme, le 27 novembre 2008 :

"Plusieurs personnes ont été arrêtées à Tarnac puis déférées à la Section antiterroriste du parquet de Paris après une garde à vue de 96 heures, c’est-à-dire le maximum autorisé par la législation d’exception dite « antiterroriste », le tout sous l’œil des caméras et des journalistes.
Les procès-verbaux des interrogatoires de garde à vue ont été rendus publics, comme certains rapports de synthèse des services de police, et la ministre de l’Intérieur a cru devoir porter des accusations de terrorisme contre les personnes mises en cause. Une nouvelle fois, la Ligue des droits de l’Homme dénonce une procédure qui ne s’embarrasse pas du respect des libertés individuelles et se déroule sous l’œil de médias alimentés d’informations uniquement à la charge des personnes mises en cause. Cette violation, devenue permanente de la présomption d’innocence, y compris par des services de l’Etat ou par des responsables politiques, marque un affaiblissement inacceptable de l’Etat de droit. La LDH regarde avec inquiétude l’extension de l’accusation de terrorisme à toute forme de contestation sociale et politique alors même que, dans le cas présent et de l’aveu même de la ministre de l’Intérieur, aucune vie n’a jamais été mise en danger, ni même susceptible de l’être. Le terrorisme est une menace trop sérieuse pour que l’on cède en la matière à des instrumentalisations et à des gesticulations sécuritaires. La LDH dénonce la méthode de gouvernement qui conduit à exploiter chaque fait divers et à criminaliser toute critique de l’ordre établi pour réduire les libertés civiles et politiques."

mercredi 26 novembre 2008

Jour 568

Zéro de reconduite

Un très bon billet (encore) du blog de Maitre Eolas :

"Coût estimé d'une reconduite à la frontière : 20.970 euros par personne reconduite. Quel est le dangereux gauchiste droitdel'hommiste qui veut que toute la misère du monde vienne en France, au besoin de force, et saboteur de caténaires par dessus le marché qui a fait ce calcul ? Le sénateur UMP des Hautes Alpes Pierre Bernard-Reymond, de la Commission des Finances de la chambre haute. En prenant comme référence le nombre de personnes effectivement reconduites, et le total des fonds publics affectés à cette politique. ."

mardi 25 novembre 2008

Jour 567

No comment

Réseau Education Sans Frontières, le 25 novembre 2008 :

"Il reste qu’en moins d’une semaine M. Hortefeux a dû renoncer par trois fois à des mesures inhumaines. Ce n’est pas l’effet de sa conscience. La preuve en est que quand la pression a été insuffisante ou trop tardive, les horreurs ont été exécutées : samedi matin une famille Kosovare, les parents et les quatre enfants (10 ans, 8 ans, 4 ans et 16 mois) ont été expulsés. Ils ont été chargés dans le fourgon cellulaire volant privé du ministère et expulsé sous les yeux de leurs amis et soutiens regroupés au bord de la piste d’Hendaye. Mais, à l’inverse quand l’opinion se cabre, quand elle découvre la réalité de ce qui se produit quotidiennement dans les commissariats, les préfectures et les centres de rétention, le ministre est contraint d’en rabattre, précipitamment. Il a ainsi dû déclarer forfait lundi dans sa participation au charter prévu de longue date pour ramener plusieurs dizaines de réfugiés Afghan vers leur pacifique pays.[...]Ces concessions ont été arrachées parce que les faits ont été mis en lumière. Mais que dire d’une politique qui ne peut être appliquée que si la population l’ignore ? Si on en cache soigneusement les conséquences réelles et concrètes en la couvrant de termes grandiloquents et creux comme ceux de « ferme, juste et équilibré » dont se repaît le ministre."

Et heureusement, le parti socialiste est là :

"The two women [Aubry et Royal], vitriolic rivals for many years, spoke on the telephone at 3am yesterday to try to prevent France's principal centre-left party from plunging into a long winter of political and legal bickering which would delight supporters of President Nicolas Sarkozy. Officials said that the women ended up screaming insults at one another." (mon emphase) (The Independent, 23 novembre 2008)

lundi 24 novembre 2008

Jour 566

La petite prison dans la prairie

Le Syndicat de la Magistrature, le 24 novembre 2008 :

"Par un communiqué en date du 20 novembre 2008 la Direction de l’Administration Pénitentiaire (DAP) prétend sans vergogne que le rapport du Commissaire aux droits de l’homme du Conseil de l’Europe rendu public cette semaine, constitue « un encouragement à la poursuite de la politique pénitentiaire que le gouvernement a engagé ». Non sans cynisme, le communiqué de l’administration pénitentiaire se contente en effet de citer les quelques formules de courtoisie du commissaire à l’égard des autorités françaises et ignore délibérément la particulière sévérité du rapport. Plus grave, à la lecture de son communiqué, la DAP apparaît tellement satisfaite de son action que l’on se demande même si, de son point de vue, la situation en prison peut encore être améliorée. Il apparaît donc nécessaire de rappeler à la DAP que le Conseil de l’Europe enjoint notamment « les autorités française à apporter une réponse immédiate aux conditions inacceptables de détention des détenus contraints de vivre dans des cellules surpeuplées, souvent vétustes et aux conditions d’hygiène inacceptables ». Le Syndicat de la magistrature dénonce la mauvaise foi de la DAP et son communiqué scandaleux. Il profite de l’occasion pour rappeler à cette administration qu’elle est tenue à un devoir de neutralité et qu’il ne lui appartient, en aucune manière, de s’exprimer au nom du gouvernement." (mon emphase)

dimanche 23 novembre 2008

Jours 564 & 565

Girouette

Une dépêche de l'Associated Press, le 15 novembre 2008 :

"French President Nicolas Sarkozy is backing down from comments critical of a planned U.S. missile defense system in Europe. At a summit with Russian President Dmitry Medvedev on Friday, Sarkozy said the missile shield plans are misguided and will not make Europe safer. Those comments had been the strongest to date by an American ally against the missile-defense plans — and undercut the rationale behind President George W. Bush's European security strategy. But after Saturday's global financial summit with other world leaders, Sarkozy said: "Ultimately, it could be a complement against a missile threat coming from elsewhere, for example, Iran. [...] Polish Prime Minister Donald Tusk said Saturday it wasn't Sarkozy's place to take a stand on missile defense. Tusk said missile defense is a matter strictly between the U.S. and Poland, and doesn't involve France or any other "third parties." "The president of France Nicolas Sarkozy expressed his view but it will have no influence on what will happen with the project," he was quoted by the Polish news agency PAP as telling reporters in Warsaw."