lundi 31 août 2009

Jour 845

Derrière les barreaux

Le Figaro, 30 août 2009 :

"Le gouvernement renonce à prévoir des aménagements de peine systématiques pour les personnes condamnées jusqu'à deux ans de prison, une mesure phare qui était pourtant inscrite dans la loi pénitentiaire. Alors que le texte devrait venir en deuxième lecture au Parlement à la mi-septembre, l'Élysée et la Chancellerie veulent revoir à la baisse cette disposition. [...] Les rédacteurs de la loi pénitentiaire avaient voulu monter le curseur jusqu'à deux ans d'emprisonnement, et donc permettre à tous les condamnés à deux ans ou moins de prison, après examen de leur situation, de pas être incarcérés. Leur objectif était double : l'un, très présentable, était de favoriser les chances de réinsertion des condamnés ; l'autre, moins avouable, était de désengorger les établissements pénitentiaires surchargés…"

Désengorger les prisons, un objectif "moins avouable" ? Merci au Figaro...

samedi 29 août 2009

Jours 843 & 844

Baisse du niveau d'instruction

Le Figaro, 29 août 2009 :

"Une recommendation qui va dans le sens des souhaits du chef de l'Etat. Le comité Léger -qui doit rendre son rapport mardi sur la réforme de la justice pénale-, va préconiser une suppression du juge d'instruction, révèle le Journal du dimanche dans son édition de samedi. «Il cumule les fonctions d'un juge avec celles d'un enquêteur. En d'autres termes, il n'est pas totalement juge, et pas totalement enquêteur», tranche le rapport selon le JDD, qui dit avoir eu accès à l'intégralité du texte. Le comité propose donc de confier à la place les pouvoirs d'enquête aux seuls procureurs, qui resteraient hiérarchiquement soumis au ministre de la Justice.[...] du côté du juge Renaud Van Ruymbeke, qui a instruit de nombreuses affaires «sensibles» [affaires Urba, des frégates de Taïwan et Clearstream 2, ndlr]. «Quelle sera la marge de manœuvre des procureurs soumis à l'autorité du garde des Sceaux lorsqu'ils auront à traiter des affaires financières politiquement sensibles ou qui mettraient en cause des proches du pouvoir ?» s'interroge-t-il. «J'ose croire que des voix s'élèveront pour s'opposer à une réforme qui se traduit par un recul des libertés publiques»."

vendredi 28 août 2009

Jour 842

Le privé meilleur que le public ?

Le Monde, 27 août 2009 :

"Une agence de la banque LCL (ex-Crédit lyonnais) a dénoncé à la police, au début du mois d'août, un de ses clients sans papiers [...] C'est à l'occasion d'un demande de renouvellement de sa carte de crédit que Mamdou, un Malien sans papiers, a été convoqué par sa banque, une agence de la LCL à Aulnay-sous-Bois, pour en réalité se voir arrêter par la police et conduit en centre de rétention administratif. [...] ce genre de convocation suivie d'arrestation est dénoncée par la Cour de cassation dans un arrêté du 6 février 2007. Ces pratiques, notamment de la part des préfectures, étaient alors qualifiées d'"interpellations déloyales". Mais jusque-là ce qualificatif était réservé aux services publics. [...] En 2008, un client d'une grande surface avait été interpellé alors qu'il se faisait établir une carte de fidélité. Un client de la Fnac Montparnasse avait été dénoncé par le caissier alors qu'il allait payer ses achats par chèque."

jeudi 27 août 2009

Jour 841

Cadeau Bonus

Sur le blog de l'économiste Frederic Lordon, le 21 août 2009, encore une fois je recommande la lecture de la totalité de l'article :

"« la comédie des engagements », où l’on voit d’abord entrer en scène Le Pouvoir qui ordonne – « J’exige le respect des engagements du G20 » (Nicolas Sarkozy) –, suivi du Banquier qui s’exécute – « Nous respectons scrupuleusement les engagements du G20 » (Baudouin Prot), – enfin rejoints par Le Superviseur qui certifie – « J’ai vérifié : ils respectent bien les engagements du G20 » (Christian Noyer). Comment le public ne serait-il pas très impressionné de cette remarquable orchestration des règles solennellement rappelées, de l’autorité des uns et de l’obéissance des autres ? À ceci près que le public en question peut difficilement se défaire par ailleurs de cette désagréable impression de dissonance cognitive qui vient de s’entendre dire que les « engagements » sont strictement tenus et de voir néanmoins le milliard d’euros provisionnés pour les traders. Il y a deux issues, et deux seulement, à cette dissonance : soit le milliard a été fabriqué, mais aux dernières nouvelles il semble que non, soit c’est la teneur véritable des « engagements » qui doit être questionnée plus sérieusement. À y regarder de plus près il apparaît bien que cette dernière option doive s’imposer : les engagements sont en toc, les engagements sonnent le creux, et ça n’a pas coûté grand-chose à tous ces comédiens des engagements de s’engager solennellement à des engagements qui n’engagent à rien. [...] « Parce qu’ils le valent bien », répond instantanément le sens commun de la finance, bien aidé par tous les relais médiatiques qui s’offrent, entre deux critiques sans conséquence, à rappeler les lois élémentaires de la morale du mérite – ainsi Le Monde et ses reprises des chroniques Breakingviews, dont une récente demande qu’à propos des bonus la seule question posée soit celle de l’éventuelle spoliation du contribuable : « Le législateur devrait s’en tenir à cette seule question. Car le principe qui sous-tend les bonus – selon lequel la rémunération doit dépendre des résultats – est solide » [6].

« Solide », vraiment ? À des choses déjà dites ailleurs [7], il est possible, pour prolonger la nécessaire entreprise de démolition de l’argument méritologique, d’ajouter ceci. La fortune des traders dépend moins de leur compétence individuelle que du segment de marché où le hasard de leur trajectoire professionnelle les a placés. À la fin des années 1990, un trader sur produits de taux pouvait bien déployer tout son méritoire génie, il était voué à gagner infiniment moins que le dernier des lourdauds du desk actions. Sitôt digéré le krach Internet, c’est sur les produits structurés et les dérivés de crédit qu’il fallait être pour faire de l’argent. La conjoncture du « mérite » est changeante et seul un avenir imprédictible, dans la détermination duquel les individus n’ont aucune part, désignera les futurs méritants – à qui iront les bonus « bien mérités » : matières premières ? marchés émergents ? changes ? actions de nouveau ? Car c’est le lieu occupé l’élément déterminant de la performance, et secondairement le talent des individus."

mercredi 26 août 2009

Jour 840

Au rapport

Libé Orléans, le 18 août 2009 :

"près les mesures annoncées ce mardi par Michèle Alliot-Marie et destinées à lutter contre le suicide en prison, le psychiatre Louis Albrand est profondément indigné. Il est l'auteur du rapport rendu en avril à Rachida Dati et exhumé ce mardi par la nouvelle ministre de la Justice. A l'époque, il avait boycotté la remise de son rapport, estimant qu’il avait été édulcoré par l’Administration pénitentiaire. [...] Je suis triste, déçu et inquiet. J’espérais que Michèle Alliot-Marie, avec sa réputation de gaulliste, ait du courage politique. Elle prend à nouveau le problème des suicides dans les prisons par le petit bout de la lorgnette. Et pendant ce temps, des jeunes se suicident dans nos prisons. Si la ministre avait la volonté politique d’adopter les mesures que je préconise, des vies auraient pu être sauvées. Je n’ai pas peur de le dire : aujourd’hui, la ministre n’a pas le souci de sauver des vies. [...] dans 70% des cas, le risque suicidaire avait été diagnostiqué. Comment expliquer que ces détenus à risque ne soient pas placés en hôpital psychiatrique ? Les directeurs de prisons attendent plusieurs tentatives de suicides avant de procéder à des placements d’office. Il faut que cela change. Car aujourd’hui, au nom de l’obsession sécuritaire, on tue des jeunes. Nicolas Sarkozy parle de «honte de la République», alors qu’il agisse."

mardi 25 août 2009

Jour 839

Pôle Expulsion

Libé Orléans, le 25 août 2009 :

"Dah, un demandeur d’emploi Mauritanien vivant à Orléans (Loiret), comme l’a révélé mercredi le Canard enchaîné. Convoqué pour une simple actualisation de son dossier, il s’est fait accueillir par des policiers, menotté et transféré au centre de rétention de Bobigny (Seine-Saint-Denis). [...] Contactée par Libération, la direction régionale du Pôle Emploi prend cette affaire de haut, pour finalement botter en touche. Elle dit «ne pas vouloir commenter les cas particuliers». Une manière habile de contourner la difficulté de justifier la présence de policiers le jour de la convocation du demandeur d’emploi mauritanien. Elle s’appuie également sur des textes de loi obligeant les agents à vérifier les pièces d’identité des détenteurs de permis de séjour. Et s’auto congratule de ne pas avoir, au final, «porté plainte», puisque Dah n’aura jamais perçu la moindre indemnité. Lui qui a pourtant cotisé cinq années durant. «Ce qui est troublant c’est qu’il ait été arrêté quelques jours seulement avant son passage aux prud’hommes pour licenciement abusif. Son ancien employeur l’avait licencié pour avoir volé trois bonbons dans un sac posé sur un bureau de l’entreprise qu’il nettoyait…»."

lundi 24 août 2009

Jour 838

Le courant ne passe plus

Libération, le 21 août 2009 :

"Ce n’est pas 1,9 % de hausse que vont subir les particuliers sur leur facture EDF (tarif bleu) mais bien plus, accuse le Sipperec, le syndicat intercommunal qui distribue l’électricité en Ile-de-France. La facture va grimper de 10 à 15 % pour 1,7 million de ménages et de plus de 15 % pour 1,7 million d’autres, ces augmentations ciblant surtout les petits clients. Le lièvre est caché à la page 11 de l’avis de la CRE (le régulateur de l’électricité) passé inaperçu, EDF préférant communiquer sur la hausse moyenne de 1,9 % du kWh. [...] Zappé aussi par EDF, le chamboulement de la structure des prix réglementés, inchangée depuis 1988, auquel on doit ce grand écart des factures. Cette révolution a été glissée dans un décret paru au Journal officiel la veille de l’arrêté sur le prix du kWh et ce, dénonce le Sipperec, «en l’absence de débat public»."