"l’enjeu devait être de taille pour mobiliser vingt policiers en tenue, deux policiers en civil et deux fourgons de police. Il s’agissait d’interpeller neuf jeunes, pris en charge par l’Ase, résidant dans deux foyers distincts à Abbeville et à Amiens. Leur point commun est d’être tous scolarisés à Amiens : au lycée Romain Rolland pour huit d’entre eux, et au collège C. Franck pour un d’entre eux.
L’interpellation a été « musclée », selon les propres termes de la directrice de l’un des foyers, qui a indiqué que les jeunes de 6 à 18 ans qui y sont accueillis ont été choqués de la violence déployée. Ils bénéficient, depuis, d’une aide psychologique.
Une fois interpellés, la préfecture de la Somme ayant pris à leur encontre un arrêté préfectoral de reconduite à la frontière, les neuf jeunes ont été placés dans différents centres de rétention administrative : Oissel-Rouen, Plaisir, Vincennes, Mesnil-Amelot. Le lundi 21 février, le tribunal administratif de Rouen a annulé cinq des arrêtés préfectoraux, au motif notamment que les actes de naissance des intéressés n’étaient pas remis en cause par le préfet, et que les tests osseux n’avaient aucune fiabilité.
A ce jour six des jeunes interpellés ont été libérés, deux comparaissent aujourd’hui, jeudi 24 février, devant la juridiction administrative. Quant au dernier, il risque l’éloignement, son recours ayant été rejeté. La LDH s’oppose à ce qui est une violation des droits des enfants. D’abord parce que les conditions d’interpellation sont d’autant plus inacceptables qu’il s’agit de mineurs. Ensuite parce que la position de l’Ase n’a pas consisté à assurer leur protection. Enfin parce que l’administration n’aurait jamais dû mettre en œuvre une procédure d’éloignement du territoire, alors qu’elle ne dispose d’aucun élément pour mettre en doute la minorité des jeunes interpellés.
La LDH demande que toutes les mesures à l’encontre des jeunes soient annulées, et leur retour dans leur foyer d’accueil. Elle récuse l’utilisation militarisée des forces de police pour arrêter jusqu’à des enfants. Elle demande que toute la lumière soit faite sur les errements et les agissements des responsables qui ont autorisé leur interpellation, et qui n’ont pas assuré leur protection."
"Depuis hier soir, une présentation approximative voire erronée des positions arrêtées par la coordination nationale des organisations représentant les professionnels de la justice semble s’être largement imposée dans le débat public.
Il convient d’abord de rappeler que la mobilisation sans précédent qui secoue depuis près de deux semaines le monde judiciaire est à la fois interprofessionnelle et spontanée. Deux dimensions essentielles que la propagande du pouvoir – savamment orchestrée par l’Elysée au moyen de pseudo-argumentaires truffés de contre-vérités – tente et, hélas, parvient parfois à masquer.
La vérité de cette mobilisation, c’est qu’elle s’est amorcée au TGI et au SPIP de Nantes avant de gagner la quasi-totalité des juridictions et des services qui se sont auto-organisés, avec le soutien actif des organisations syndicales. La vérité de cette mobilisation, c’est qu’elle ne concerne pas que les magistrats – comme on l’a beaucoup lu ou entendu et comme cela arrangerait certainement le pouvoir exécutif –, mais bel et bien tous les acteurs de la justice, solidaires et impliqués : fonctionnaires des services judiciaires et de l’administration pénitentiaire, éducateurs de la protection judiciaire de la jeunesse, magistrats administratifs, avocats… Des policiers, des notaires, des associations de victimes, des syndicalistes du secteur privé, des professionnels de santé, des citoyens de divers horizons ont également exprimé leur solidarité à l’égard de ce mouvement inédit.
Il importe ensuite de rappeler, de la manière la plus claire, quels mots d’ordre ont été adoptés hier soir par la coordination nationale, à l’issue d’une réunion à laquelle ont participé des organisations représentant l’ensemble des professions du ministère de la justice – dont les directeurs des services pénitentiaires qui ont rejoint le mouvement :
* maintien des renvois d’audiences d’ores et déjà décidés pour cette semaine, permettant notamment la tenue d’assemblées générales où pourront être discutées les modalités de la rédaction et de la diffusion d’états des lieux dans chaque juridiction ;
* pas d’appel aux renvois des audiences au-delà de cette semaine, sans préjudice de l’autonomie des assemblées générales dans la définition de leurs modes d’action ;
* poursuite déterminée de la mobilisation sous de nouvelles formes, à savoir :
* rédaction d’états des lieux, service par service, juridiction par juridiction, largement diffusés : hiérarchie, élus locaux, garde des Sceaux, Elysée, citoyens (affichages, lectures en début d’audiences, journées portes ouvertes, conférences de presse, courriers aux élus...) ;
* application stricte de la loi sur les trois points déjà ciblés en septembre 2010 par la coordination : pas d’audience sans greffier, respect de la circulaire Lebranchu sur la durée des audiences, renvoi en formation collégiale des affaires complexes jusqu’à présent traitées en juge unique (civil + pénal) ;
* nouvelle journée nationale d’action programmée fin mars.
Il n’a donc en aucun cas été décidé :
* de mettre fin au mouvement ;
* d’appeler à la reprise immédiate des audiences dans toutes les juridictions.
De fait, de nombreuses juridictions réunies aujourd’hui en assemblées générales ont décidé dans l’immédiat de poursuivre les renvois d’audiences – dans l’attente notamment d’une prise de position claire du garde des Sceaux concernant les directeurs des services pénitentiaires – et préparent de nouvelles actions pour inscrire leur mobilisation dans la durée.
La position des personnels mobilisés est dépourvue d’ambiguïté. Pleinement solidaires des fonctionnaires de l’administration pénitentiaire, ils refusent que des poursuites disciplinaires soient engagées contre quiconque n’aurait commis aucune faute personnelle dans le seul but de satisfaire les caprices présidentiels. Par ailleurs, les annonces de « moyens » faites hier après-midi par le garde des Sceaux n’ont convaincu personne : débloquer 6,4 millions d’euros (sur un budget de 7 milliards d’euros) pour recruter des retraités, des vacataires, des juges de proximité et des assistants de justice, c’est-à-dire des personnels précaires et souvent non formés, revient à vouloir apposer un pansement sur une jambe de bois.
Puisque la volonté politique n’est toujours pas au rendez-vous, les professionnels de la justice, eux, le seront. N’en déplaise à ceux qui voudraient les renvoyer au prétendu « corporatisme » dont se rendraient coupables tous les corps de métier lorsqu’ils résistent aux oukazes du pouvoir politique, les acteurs du monde judiciaire continueront, ensemble et en lien avec la population, de faire entendre leur voix dans les jours, les semaines et les mois à venir, aussi fort qu’il le faudra.
Le chef de l’Etat a perdu une bonne occasion de se taire. Il appartient maintenant au ministre de la justice d’agir, dans l’intérêt de tous.
Le Monde, 24 janvier 2011, extrait d'une tribune des mis en examen de Tarnac :
"Nous en sommes arrivés en janvier au point où la magie du signalement sur le fichier des "anarcho-autonomes" a mené une jeune femme en prison – pour un tag. Cela se passe en France, et non en Russie, et non en Arabie saoudite, et non en Chine.
Chaque mois désormais, nous apprenons qu'un nouveau camarade a été prélevé en pleine rue, que l'on a intimé à telle amie, après bien d'autres, de devenir indic en échange de l'impunité ou d'un salaire ou de conserver son poste de professeur, que telle connaissance a, à son tour, basculé dans la dimension parallèle où nous vivons désormais, avec ses cellules miteuses, ses petits juges pleins de haine rentrée, de mauvaise foi et de ressentiment, avec ses insomnies, ses interdictions de communiquer, ses flics devenus des intimes à force de vous épier. Et l'apathie qui vous gagne, l'apathie de ceux qui vivent "normalement" et s'étonnent, l'apathie organisée.
Car c'est une politique européenne. Les rafles régulières d'anarchistes en Grèce ces derniers temps le prouvent. Aucun régime ne peut renoncer au broyeur judiciaire, quand il s'agit de venir à bout de ce qui lui résiste. La culpabilité est une chose qui se produit. Comme telle, c'est une question d'investissement, financier, personnel. Si vous êtes prêt à y mettre des moyens hors normes, vous pouvez bien transformer une série de faux procès-verbaux, de faux témoignages et de manœuvres de barbouzes en dossier d'accusation crédible.
Dans l'affaire dite de Tarnac, la récente reconstitution de la nuit des sabotages, si longtemps réclamée par la défense, en a administré le plus bel exemple. Ce fut un de ces moments d'apothéose où éclate, jusque dans les détails les plus infimes, le caractère de machination de toute vérité judiciaire. Ce jour-là, le juge Fragoli a su occulter avec art tout ce qui démontre l'impossibilité de la version policière. Il devenait subitement aveugle dès que l'indocile réalité contredisait sa thèse. Il a même réussi à mettre les rédacteurs du faux PV de filature à l'abri de la contradiction, en les dispensant d'être là. Et cela était en effet superflu, puisque tout ce petit monde s'était déjà transporté sur les lieux, une semaine auparavant, en privé et en douce.
[...]
A ce jour, il en aura coûté quelques millions d'euros pour transformer en instruction bien ficelée des fantasmes de flics. Il importe peu de savoir à qui, pour finir, on imputera les actes qui furent le prétexte de notre arrestation. Quant à nous, nous plaignons d'ores et déjà le tribunal qui aura à faire passer pour du terrorisme la pose de quelques innocents crochets, maintenant que bloquer les flux est devenu le moyen d'action élémentaire d'un mouvement de masse contre la réforme des retraites.
Le silence frileux des gouvernants européens sur les événements de Tunisie et d'Egypte dit assez l'angoisse qui les étreint. Le pouvoir tient donc à si peu. Un avion décolle et c'est tout un édifice de forfaiture qui tombe en miettes. Les portes des prisons s'ouvrent. La police s'évanouit. On honore ce qui hier encore était méprisé, et ce qui était l'objet de tous les honneurs est maintenant sujet à tous les sarcasmes. Tout pouvoir est assis sur ce gouffre. Ce qui nous apparaît, à nous, comme démence sécuritaire n'est que pragmatisme policier, antiterrorisme raisonné."
"La rencontre dure un peu moins d’une heure. On parle argent. Le [petit Nicolas] révèle, dans un point de presse, que la France va signer «pour une dizaine de milliards d’euros de contrats» avec la Libye. Ce qui équivaut, selon l’Élysée, à «30 000 emplois sur cinq ans». C’est une négociation exclusive qui commence aujourd’hui entre les deux pays et qui se terminera le 1er juillet. La moisson sera importante : 4,5 milliards d’armements, dont 14 avions Rafale, 35 hélicoptères Tigre, Fenec et EC-135, de l’artillerie, 6 navires, des blindés, des radars de défense antiaérienne, plus la remise en état de Mirage F1 achetés par la Libye dans les années 1970. [...] Nicolas Sarkozy a ensuite fustigé ceux qui «donnent des leçons» en matière de droits de l’homme, «en prenant leur café-crème boulevard Saint-Germain»"
Site de l'Elysé, le 23 février 2011, déclaration du nain en Conseil des ministres :
"La poursuite de la répression brutale et sanglante contre la population civile libyenne est révoltante. [...] La communauté internationale ne peut rester spectatrice face à ces violations massives des droits de l'Homme. "
"Un groupe de diplomates français de générations différentes, certains actifs, d'autres à la retraite, et d'obédiences politiques variées, a décidé de livrer son analyse critique de la politique extérieure de la France sous Nicolas Sarkozy.
[...]
La manœuvre ne trompe plus personne : quand les événements sont contrariants pour les mises en scène présidentielles, les corps d'Etat sont alors désignés comme responsables.
Or, en matière diplomatique, que de contrariétés pour les autorités politiques ! A l'encontre des annonces claironnées depuis trois ans, l'Europe est impuissante, l'Afrique nous échappe, la Méditerranée nous boude, la Chine nous a domptés et Washington nous ignore ! Dans le même temps, nos avions Rafale et notre industrie nucléaire, loin des triomphes annoncés, restent sur l'étagère. Plus grave, la voix de la France a disparu dans le monde. Notre suivisme à l'égard des États-Unis déroute beaucoup de nos partenaires.
Pendant la guerre froide, nous étions dans le camp occidental, mais nous pesions sur la position des deux camps par une attitude originale. Aujourd'hui, ralliés aux États-Unis comme l'a manifesté notre retour dans l'OTAN, nous n'intéressons plus grand monde car nous avons perdu notre visibilité et notre capacité de manœuvre diplomatique. Cette perte d'influence n'est pas imputable aux diplomates mais aux options choisies par les politiques.
Il est clair que le président n'apprécie guère les administrations de l'État qu'il accable d'un mépris ostensible et qu'il cherche à rendre responsables des déboires de sa politique. C'est ainsi que les diplomates sont désignés comme responsables des déconvenues de notre politique extérieure. Ils récusent le procès qui leur est fait. La politique suivie à l'égard de la Tunisie ou de l'Égypte a été définie à la présidence de la République sans tenir compte des analyses de nos ambassades. C'est elle qui a choisi MM. Ben Ali et Moubarak comme "piliers sud" de la Méditerranée.
Un WikiLeaks à la française permettrait de vérifier que les diplomates français ont rédigé, comme leurs collègues américains, des textes aussi critiques que sans concessions. Or, à l'écoute des diplomates, bien des erreurs auraient pu être évitées, imputables à l'amateurisme, à l'impulsivité et aux préoccupations médiatiques à court terme.
Impulsivité ? L'Union pour la Méditerranée, lancée sans préparation malgré les mises en garde du Quai d'Orsay qui souhaitait modifier l'objectif et la méthode, est sinistrée.
Amateurisme ? En confiant au ministère de l'écologie la préparation de la conférence de Copenhague sur le changement climatique, nous avons abouti à l'impuissance de la France et de l'Europe et à un échec cuisant.
Préoccupations médiatiques ? La tension actuelle avec le Mexique résulte de l'exposition publique d'un dossier qui, par sa nature, devait être traité dans la discrétion.
Manque de cohérence ? Notre politique au Moyen-Orient est devenue illisible, s'enferre dans des impasses et renforce les cartes de la Syrie. Dans le même temps, nos priorités évidentes sont délaissées. Il en est ainsi de l'Afrique francophone, négligée politiquement et désormais sevrée de toute aide bilatérale.
Notre politique étrangère est placée sous le signe de l'improvisation et d'impulsions successives, qui s'expliquent souvent par des considérations de politique intérieure. Qu'on ne s'étonne pas de nos échecs. Nous sommes à l'heure où des préfets se piquent de diplomatie, où les "plumes" conçoivent de grands desseins, où les réseaux représentant des intérêts privés et les visiteurs du soir sont omniprésents et écoutés.
Il n'est que temps de réagir. Nous devons retrouver une politique étrangère fondée sur la cohérence, l'efficacité et la discrétion."
"Un homme d'une quarantaine d'années s'est immolé par le feu, lundi 21 février en début d'après-midi devant le palais de justice de Paris, avant d'être secouru par les pompiers détachés au tribunal. Aucune indication n'a été donnée sur l'état de santé de cet homme."
Ailleurs c'est le début d'une révolution, ici c'est un fait divers...