mardi 31 mai 2011

Jour 1481

Un discours qui s’essouffle

Le Monde, 30 mai 2011 :

"Après Paris, c'est Marseille, deuxième plus grande ville de France, qui a annoncé son plan "1 000 caméras". La question est à l'ordre du jour du conseil municipal extraordinaire qui a lieu le 30 mai dans la cité phocéenne. De fait, les municipalités de toute taille, de la grande métropole jusqu'au village de zone rural, sont de plus en plus nombreuses à s'équiper en vidéosurveillance. Elles répondent en cela à une "priorité" de la politique de sécurité depuis 2007. Et pourtant, l'efficacité de cette technologie est tout sauf démontrée du point de vue scientifique. [...] Ensuite, l'évaluation scientifique ne se situe pas sur le terrain philosophique mais sur celui des faits. Elle cherche en l'espèce à répondre aux questions suivantes : la vidéoprotection est-elle une technique efficace de lutte contre la délinquance ? Est-elle un investissement rationnel au regard de l'évaluation d'autres outils de prévention et de répression ? Enfin, une évaluation scientifique repose sur des études de terrain, des observations longues et répétées de fonctionnements ordinaires des dispositifs, des comptages et des calculs précis, des comparaisons rigoureuses et une connaissance de la littérature scientifique internationale.

Tout cela se distingue des arguments des promoteurs politiques et financiers du système, qui utilisent des exemples spectaculaires mais isolés, des faits divers réels mais décontextualisés, des arguments d'autorité au lieu de démonstrations vérifiables et des calculs budgétaires qui "oublient" de compter le coût salarial. Pour toutes ces raisons, beaucoup d'élus et de citoyens seront sans doute surpris d'apprendre que, premièrement, la vidéoprotection n'a qu'un impact marginal sur la délinquance ; deuxièmement, qu'augmenter cet impact supposerait des moyens policiers supplémentaires alors qu'ils se réduisent ; troisièmement, que le coût réel du système "assèche" tellement les budgets de prévention de la délinquance que l'on doit conclure à un usage très contestable de l'argent public. Développons un peu.

1. La vidéoprotection ne surveille par définition que l'espace public et elle est installée dans les centres-villes. Elle n'a donc aucun impact sur les violences physiques et sexuelles les plus graves et les plus répétées qui surviennent dans la sphère privée. Elle n'en a pas davantage sur les atteintes aux personnes, moins sérieuses, survenant sur la voie publique et qui relèvent le plus souvent d'actes impulsifs (bagarres, rixes entre automobilistes, querelles de sortie de bar, etc.).

Elle n'a ensuite qu'un impact dissuasif marginal sur des infractions fréquentes comme les vols de voiture, les cambriolages de résidences principales ou secondaires, et même sur toute la petite délinquance de voie publique des centres-villes où elle est installée. En réalité, la vidéo permet surtout de repérer et d'identifier a posteriori les auteurs de rixes et d'attroupements sur la voie publique, de dégradations de biens publics ou privés sur la voie publique, enfin, et plus rarement, de vols avec violence, de vols à l'étalage, de braquages de commerces ou encore de petits trafics de stupéfiants.

Tout cela à condition que les caméras soient positionnées sur les lieux de ces délits au bon moment, ce qui est loin d'être le cas, puisque la plupart des caméras effectuent des "parcours" prédéfinis laissant des zones sans surveillance pendant plusieurs minutes.

En définitive, l'impact en termes de détection d'infractions autres que routières se situe entre 1 % et 2 % du total des infractions sur la voie publique traitées en une année par les services de police ou de gendarmerie sur le territoire de la municipalité concernée."

lundi 30 mai 2011

Jour 1480

Il y a les leaders et il y a la France

Le Figaro, 2011 :

"L'onde de choc de Fukushima continue de balayer l'Europe de l'énergie. Tandis que la Suisse vient d'annoncer sa sortie progressive du nucléaire, l'Allemagne précise les modalités de l'arrêt définitif de ses 17 réacteurs, ses 7 plus anciens étant mis déjà hors tension depuis la volte-face d'Angela Merkel. C'est le 6 juin que la coalition au pouvoir à Berlin doit présenter son projet de loi sur la date de la sortie du nucléaire. La commission d'éthique missionnée par la chancelière a donné son avis : l'Allemagne doit sortir du nucléaire d'ici à dix ans."

samedi 28 mai 2011

Jours 1478 & 1479

Une petite remarque

Une rubrique désintox de Libé qui fait plaisir à lire, le 27 mai 2011 :

"Mercredi, le député Guy Delcourt (Pas-de-Calais) a tenu à mettre le ministre [Claude Guéant] en face de ses responsabilités devant l’Assemblée nationale : «Pour justifier vos propos, vous vous appuyez sur le rapport 2010 du Haut Conseil à l’intégration. Or, rien dans le rapport ne valide votre statistique. Monsieur le ministre, vous livrez des enfants à la haine de certains Français. Monsieur Guéant, ou vous apportez la preuve indiscutable de vos propos, ou vous devez être poursuivi pour propos mensongers de nature à créer la discrimination et à inciter à la haine raciale.»"

Claude Guéant a bien compris le message d'Hitler sur les mensonges et les socialistes ont au moins une paire de couilles à leur actif.

vendredi 27 mai 2011

Jour 1477

Think tank ou fosse septique ?

Le Monde, 27 mai 2011 :

"Le message est lancé par l'Institut Thomas More, un "laboratoire d'idées" libéral qui vient de réaliser une analyse comparative de la dépense publique en France et en Allemagne.

"Rapporté à son produit intérieur brut (PIB), la France consomme 163 milliards d'euros de plus de dépenses publiques par an que l'Allemagne, avec 18 millions d'habitants de moins", indique l'étude, qui, s'appuyant sur des chiffres datant d'avant la crise, souligne que l'Etat allemand ne rend pas pour autant "à ses concitoyens un service significativement moins bon" que celui délivré par l'Etat français.

[...]

Dans ce dernier domaine, le laboratoire d'idées estime possible des économies d'un peu plus de 10 milliards d'euros. Comment ? En se rapprochant des "standards allemands" en ce qui concerne "les dépenses publiques par établissement" et "les effectifs par établissement". C'est-à-dire en réduisant le nombre d'établissements scolaires, dans le primaire et le secondaire."

jeudi 26 mai 2011

Jour 1476

Une société géniale

Le Monde, 26 mai 2011 :

"Les produits financiers complexes de la Société générale ont constitué l'un des placements favoris du régime du colonel Kadhafi qui a confié 1,8 milliard de dollars (1,27 milliard d'euros) de la rente pétrolière à l'établissement français par le truchement de la Libyan Investment Authority (LIA), le fonds souverain libyen. Si la Société générale a agi en toute légalité en vendant ces produits structurés, en revanche, après l'imposition de sanctions internationales au régime libyen début 2011, la banque française s'est bien gardée de reconnaître publiquement l'existence de ces placements opaques lui offrant des marges importantes."

mercredi 25 mai 2011

Jour 1475

A quoi servent vos malus ?

The Independent, 20 mai 2011 :

"It was meant to be the office party of a lifetime and the insurance reps made cryptic boasts about it in their in-house magazine for months afterwards.[...] Years of dedication shown by the company's top 100 male sales representatives was rewarded on the so-called "Incentive Trip" with the services of dozens of hired prostitutes and a handful of higher-class call girls who were reserved for "best reps" and board members."

mardi 24 mai 2011

Jour 1474

Ami, entends-tu...

Ligue des Droits de l'Homme, le 23 mai 2011 :

"Il y a un peu plus d’un an, un homme est venu ici. Il avait déjà amené, trois ans plus tôt, sur ce plateau des Glières, bien des micros et des caméras, pour transformer les morts en bulletins de vote. Mais l’année dernière il a fait pire encore : c’est à l’endroit précis où la barbarie nazie a massacré ceux des Glières qu’il a osé répéter, comme en 2009 à la Chapelle-en-Vercors, ce discours insupportable sur l’« identité nationale », aux relents vichyssois. C’est ici même qu’on l’a entendu prononcer des phrases telles que celle-ci : « un Français reconnaît d’instinct une pensée française »…

Et trois mois plus tard, à Grenoble, un autre discours ouvrit les yeux et les oreilles des plus inattentifs : haro sur les Roms accusés de délits qu’ils n’avaient pas commis, haro sur les Gens du voyage, sur les Français naturalisés, et bien entendu sur les immigrés et leurs descendants. Oui, c’est le président de la République française qui a, en juillet 2010, accrédité le vieux mensonge lepéniste « immigration = insécurité ».

Alors, puisque nous, nous revenons aux Glières non pour récupérer, pour déformer, pour trahir la mémoire de la Résistance, mais pour la faire vivre, souvenons-nous.

Rappelons-nous que sans le fichier anthropométrique des tsiganes et des Gens du voyage institué par une loi de 1912, il aurait été infiniment plus difficile de les rafler dans les années 1940 et de les expédier dans les camps de la mort. Car c’est en amont que se prépare ce qui rend possible, ensuite, l’innommable.

Rappelons-nous que quand un chroniqueur raciste, sur une télévision hélas « de service public », énonce comme une évidence que la plupart des trafiquants de drogue sont noirs ou arabes, comme en d’autres temps on soulignait lourdement que la plupart des banquiers seraient juifs, le terrain où pousse cette ignominie a été déblayé par le ministre Hortefeux qui trouvait que c’est quand il y a beaucoup d’Arabes que « cela commence à poser des problèmes »… et qui expliqua ensuite aussi que seuls les droitsdel’hommistes pouvaient plaindre les Gens du voyage puisqu’ils avaient de grosses voitures… Et à son tour monsieur Eric Zemmour déblaya le terrain pour le ministre Guéant qui énonça, lui aussi comme une évidence, que du fait de la présence d’immigrés même légaux « les Français ne se sentent plus chez eux ».

Oui, nous en sommes là. Sus au Noir, à l’Arabe, au Rom, au nomade, au « différent ». Mais ne nous y trompons pas : Neuilly-sur-Seine, commune où il y a le plus grand pourcentage d’étrangers de France, n’est pas perçue comme une « banlieue à problèmes », ses « quartiers » ne sont pas « sensibles » (seraient-ils plutôt insensibles ?), son ancien maire n’est pas présenté comme un « immigré de la deuxième génération ». Le banquier Laffitte disait il y a deux siècles : « Un idiot pauvre est un idiot, un idiot riche est un riche. » Dans la France de Nicolas Sarkozy, un Arabe pauvre est un immigré, un émir arabe est un investisseur… Derrière le racisme, aujourd’hui comme hier ou avant-hier, l’injustice sociale. Derrière l’ethnicisation du politique, le mépris de classe, toujours aussi éclatant.

Voilà pourquoi, à quelques mois de choix décisifs pour notre avenir, le programme du Conseil national de la Résistance est plus que jamais d’actualité. Non pas bien sûr que le monde de 2011 soit identique à celui de 1944. Mais parce que le racisme, la xénophobie, la « politique du pilori » et de la peur, la stigmatisation hier des « fainéants », aujourd’hui des « assistés », nous tendent toujours le même piège : détourner la colère sur les boucs émissaires, parler des « grosses voitures » des nomades pour faire oublier le yacht de Bolloré et le « Premier cercle » des milliardaires réunis par le trésorier Eric Woerth ; exciter la peur, la haine de l’autre pour accentuer la fragmentation sociale, pour diviser le peuple, pour conjurer ce rassemblement de citoyens porteurs de liberté, de progrès et de justice sociale dont nous sommes aujourd’hui le symbole.

Non, nous ne sommes pas dans les années 1940, mais cette époque où les députés de l’actuelle majorité font un triomphe à un Eric Zemmour fleure vraiment les remugles des années 1930. Comme alors, une crise sociale profonde et durable provoque l’inquiétude non seulement des plus pauvres, toujours plus exclus, mais aussi des couches moyennes face à la précarisation et au déclassement. « La faute aux Juifs » il y a quatre-vingt ans ; aujourd’hui, « la faute aux immigrés, aux Roms voleurs et aux jeunes de banlieue ».

Nous le savons bien, « ceux qui ont oublié leur histoire sont condamnés à la revivre ». Nous savons bien qu’on ne sort d’une telle crise sociale et démocratique qu’à gauche, par la solidarité et par l’égalité, ou à l’extrême droite, par le chacun pour soi, par la concurrence à outrance, par le rejet des « inadaptés » et des « inassimilables ». Alors, n’attendons pas que l’histoire se répète, fût-ce sous d’autres formes et dans un autre contexte.

Parce que nous n’avons pas oublié, nous savons tous ici que nous ne pourrons préserver nos libertés, la démocratie, l’égalité de tous les citoyens quelles que soient leurs origines ou leurs croyances, sans garantir réellement les droits sociaux à tous, sans faire reculer réellement les inégalités, le cynisme des « porteurs de Rolex à 50 ans », la précarité et la peur de l’avenir pour tous les autres. Les droits sont indivisibles, l’égalité l’est elle aussi.

De même qu’en 1944 la Libération n’était pas seulement libération du nazisme et de Vichy, mais aussi libération de la misère et de l’injustice, de même aujourd’hui la lutte contre le racisme, contre la haine xénophobe, contre les idées contagieuses de l’extrême droite, cette lutte ne peut aboutir, ne peut devenir l’affaire du plus grand nombre que si elle est aussi, d’un même mouvement, la lutte contre la marchandisation universelle, contre la précarisation universelle, contre la compétition sans limites de tous contre tous.

Tel est le sens du Pacte pour les droits et la citoyenneté que cinquante organisations associatives et syndicales ont signé sur la proposition de la Ligue des droits de l’Homme, un Pacte qui lie, exactement comme le fait l’Appel de Thorens-Glières lancé hier, défense des libertés et reconstitution des services publics, démocratisation des institutions et respect des droits des étrangers, garantie des droits sociaux et avenir de la fraternité.

Et tout cela, nous allons le dire haut et fort le 14 juillet prochain, à la Bastille et dans de nombreuses villes de province, pour appeler, là aussi avec des dizaines d’organisations de la « société civile », à retrouver cette République « libre, égale et fraternelle » qui est la nôtre. C’est ainsi, chers amis et – car « c’est un joli nom » – chers camarades, que nous restons fidèles à ce que nous répétait chaque jour Lucie Aubrac, membre d’honneur du Comité central de la LDH : « N’oubliez jamais que résister se conjugue au présent. » Sans nous prendre, bien sûr, pour plus que ce que nous sommes, mais comme le dit très bien Robert Guédiguian lorsqu’il présente son superbe film L’Armée du crime : « Ne vous demandez pas ce que vous auriez fait à leur place, demandez-vous ce qu’ils feraient à la vôtre. »

Ici, aux Glières, aujourd’hui, ce n’est pas trop difficile de le savoir ! Quand nous entendons la force de l’engagement qui anime toujours ceux de la Résistance, quand nous sentons à quel point ils n’ont jamais renoncé à « s’indigner », nous ne pouvons pas hésiter un instant sur la route à suivre, celle qui pourra faire revenir « les jours heureux ». Car pour suivre Stéphane Hessel dans son goût de la poésie d’Hölderlin, nous n’oublierons pas ce viatique : « Là où croit le danger, croît aussi ce qui sauve »…

Chaque année, nous revenons ici plus nombreux. Que ce mouvement s’amplifie encore, que l’Appel de Thorens-Glières trouve demain tout l’écho qu’il mérite, et alors, j’en suis sûr, amis et camarades : « Les mauvais jours finiront ! »"