vendredi 30 décembre 2011

Jour 1693

Et pendant ce temps en Allemagne

Lu sur décroissange.org, le 14 décembre 2011 :

"Wolfgang Schaeuble, ministre allemand des Finances, a lancé, le 14 décembre 2011, un appel aux pays occidentaux à limiter leur croissance économique dans une tribune dans l'hebdomadaire Die Zeit.«Tout autant que nous devons nous engager pour vaincre la faim dans le monde entier, nous devrions par ailleurs nous engager à limiter la croissance économique dans nos propres pays occidentaux (...) Le fait que nos taux de croissance ne rivalisent plus avec ceux des pays en développement comme la Chine, l'Inde, ou le Brésil, ne signifie pas que notre politique économique est un échec mais que nous avons déjà atteint un niveau de richesse certain pour une grande partie de la population, et que d'autres doivent encore atteindre cela. Nous devrions l'accepter (...) Les économies occidentales ont atteint un certain degré de saturation; dans cette situation, nos buts et nos devoirs résident avant tout dans le fait de contrôler les inégalités et les tensions qui en découlent. (...) [l'Homme] a besoin de limites, qu'il ne veut en général pas reconnaître »."

jeudi 29 décembre 2011

Jour 1692

Une justice qui disparait dans un bruit d'écrou


"s'il est un domaine où fantasmes et contre-vérités cohabitent, c'est bien celui du crime, de la délinquance et de la peine. « Ce qui domine est la désinformation et la propagation des idées reçues, par exemple que la peine de mort peut faire reculer la criminalité ou que les taux d'homicide sont en hausse », estime Denis Salas, magistrat. Les idées reçues concernent aussi bien les auteurs d'infraction que la nature de la délinquance ou de la réponse pénale. Il n'est pas un crime médiatisé sans que ne soit brandie la figure du « monstre » à bannir de l'humanité. [...] Le sociologue Laurent Mucchielli déclenche de violentes critiques, lorsqu’il se contente de relayer les résultats d’une enquête de victimation de l’Observatoire national de la délinquance et de la réponse pénale (ONDRP), mis en place par Nicolas Sarkozy. Une enquête plus fiable que les chiffres de la police car elle inclut les faits non dénoncés. [...] Contrairement à une autre idée répandue, « on vérifie une fois de plus que les violences sexuelles les plus fréquentes surviennent au sein de la famille et non de la part d'inconnus ». Autant de résultats qui « ont tant de mal à être entendus dans le débat public. (…) Ils invitent à rechercher ailleurs que dans l'évolution de la réalité délinquante les raisons de l’importance du sentiment d’insécurité parmi nos concitoyens » [...] A écouter certains discours politiques, l’insécurité est érigée en tête des fléaux dont souffrirait la population. A en juger le baromètre mensuel de la Sofres, il apparaît que « la sécurité des biens et des personnes » arrive en fait au dixième rang des préoccupations des Français, loin derrière le « chômage et l’emploi », « la santé et la qualité des soins », « l’évolution du pouvoir d’achat », « le financement des retraites »… 24% des personnes interrogées citent la sécurité comme l’une de leurs préoccupations et 2% comme la première. Elles sont 76% à citer le chômage et l’emploi. Globalement, les questions sociales sont celles qui soulèvent le plus d’inquiétudes : le « logement », les « inégalités sociales », « l’environnement et la pollution », le « financement de l’assurance maladie » se placent avant la sécurité [...] Là se situe la dimension largement occultée des politiques pénales dites « populistes » : le contenu, les conditions d’exécution de la peine et sa finalité importent peu. Il s’agit tout juste de prononcer et d’exécuter plus de peines, plus systématiquement et plus rapidement. Une industrialisation de l’enfermement, de la surveillance électronique, dont on se demande rarement si elle pourra permettre aux auteurs d’infraction d’évoluer, personnellement et socialement, et si la sécurité en sera effectivement renforcée. Les prisons sont surpeuplées ? Les conditions de détention souvent indignes ? Les personnels pénitentiaires peu disponibles et formés à l’accompagnement des auteurs d’infraction ? La prison produit davantage de récidive que les peines et mesures alternatives ? Peu importe. Des peines sont prononcées, elles doivent être exécutées, même si cela vient aggraver la situation des condamnés, renforce leur niveau d’exclusion, leur sentiment d’humiliation… et au final la délinquance. "

mercredi 28 décembre 2011

Jour 1691

La démonstration par l'absurde

Bug Brother, le 20 décembre 2011 :

"Si les caméras de vidéosurveillance ne servent presque à rien et ne permettent que rarement d'identifier ou d'interpeller des suspects, elles n'en déportent pas moins la délinquance vers d'autres zones, non vidéosurveillées. Résultat : les habitants de ces zones non couvertes par les caméras développent un sentiment d'insécurité et… réclament des caméras. C'est le constat accablant effectué par la chambre régionale des comptes, qui s'est penchée sur la politique de sécurité de la ville de Toulon, où les 34 caméras n'ont pourtant permis que 15 interventions en flagrant délit, et une quarantaine de réquisitions, depuis 2005. [...] Le système, fort de 34 caméras, d'un mur de 19 écrans de visualisation et de 2 pupitres de commande pour télécommander les caméras, est piloté par trois "brigadiers chefs principaux" rémunérés 90 000 € ("hors charges patronales et salariale"). Entre 2003 et 2009, le système a d'ores et déjà coûté 1,3 million d'euros, hors frais de réparation, "dont le montant n’a pas été communiqué par la collectivité", à quoi il convient de rajouter les 129 000 € qu'ont coûté, l'an passé, le raccordement du système à la police nationale. [...] Résumons donc : 34 caméras, 15 flagrants délits, une quarantaine de réquisitions… les caméras ont donc, en moyenne, été utiles... (55/5/34=) 0,32 fois, par an. [...] A Nice, au moins, la police fait l'effort de comptabiliser le nombre de personnes arrêtées grâce à ses 624 caméras; ce qui a permis de découvrir qu'elles permettaient, en moyenne, 0,34 interpellations, par caméra, et par an. [...] en 2007, Michèle Alliot-Marie avait annoncé vouloir tripler, "en deux ans", le nombre de caméras sur la voie publique, objectif réitéré par Brice Hortefeux en 2009, mais récemment relativisé par la Cour des Comptes, qui a dénombré… trois fois moins de caméras que le chiffre avancé par le ministère de l'Intérieur qui, apparemment, a comptabilisé les caméras filmant l'entrée, ou le parking, des commissariats."

mardi 27 décembre 2011

Jour 1690

Sonder, mais pas trop profond

Le blog Régime d'opinion du Monde Diplo, le 18 décembre 2011 :

"La célèbre formule de Georges Clemenceau — « Quand on veut enterrer un problème, on crée une commission » — mérite d’être une nouvelle fois répétée parce qu’elle est dépassée. Il semble qu’aujourd’hui, on ne se donne même plus cette peine : on enterre les commissions… Comment faut-il comprendre en effet l’abandon d’une commission d’enquête sénatoriale sur les sondages de l’Elysée ? [...] Au-delà de l’affaire, ces péripéties ont l’avantage d’attirer l’attention sur une clause dont on se demande si elle est seulement compatible avec l’existence de toute commission d’enquête. [...] J’ai par exemple essayé d’enquêter sur un push poll particulièrement intéressant puisqu’il avait permis au Figaro, quelques jours avant l’élection européenne de 2009, de titrer que Nicolas Sarkozy était populaire en Europe. Or, ce sondage était doublement manipulateur, d’une part, en ne prenant pas en compte la population nationale dans le seul cas de Nicolas Sarkozy, alors que les sondés de chaque pays pris en compte étaient interrogés sur la popularité de leur propre dirigeant, et, d’autre part, en ne corrigeant pas selon la taille des populations (l’Allemagne est par exemple deux fois plus peuplée que l’Espagne). Sans ces dispositions, la popularité de Nicolas Sarkozy passait au-dessous de 50 % et interdisait le titre du Figaro. Ce n’était donc pas « la titraille » qui était en cause, comme s’en défendait OpinionWay, mais bien le sondeur lui-même. Ce sondage n’entrait pas dans le contrôle de la Cour des comptes effectué sur l’année 2008 et révélé par son rapport du 16 juillet 2009. Pourquoi aurait-il été conçu autrement que les précédents sondages réalisés par OpinionWay, payés par Publifact, la société de Patrick Buisson, et donc par l’Elysée, et enfin publiés dans Le Figaro ? Si tel était bien le cas, cela signifie que l’Elysée finançait non seulement des sondages à la presse en toute discrétion, mais avait financé au moins un sondage délibérément… truqué. [...] par une sorte de secret défense étendu à tout ce qui concerne le président de la République, l’immunité ne sert donc pas seulement à empêcher la mise en cause pénale du président, de ses commettants et des cocontractants de l’Elysée, mais à empêcher toute transparence sur la gestion des affaires publiques et, accessoirement, à attaquer en diffamation des adversaires empêchés de se disculper par la soustraction légale des preuves."

lundi 26 décembre 2011

Jour 1689

Un beau bilan

Le Monde, 23 décembre 2011 :

"Réduction du déficit public oblige, les Français risquent fort de sentir passer l'année 2012. Les quatre lois de finances approuvées cette année (le budget 2012 de l'Etat, celui de la Sécurité sociale, les deux collectifs budgétaires de 2011) comportent en effet une ribambelle de hausses d'impôt. [...] De ce fait, 200 000 personnes deviendraient imposables alors qu'elles ne le sont pas aujourd'hui. [...] Les hausses d'impôt sont loin d'être circonscrites aux plus aisés qui, pendant quatre des cinq années du quinquennat, ont vu leur imposition allégée du fait du bouclier fiscal, tout en bénéficiant de revenus en forte hausse (contrairement aux classes moyennes et populaires)."

dimanche 25 décembre 2011

Jours 1687 & 1688

On racle les fonds de chiottes

Libération, le 24 décembre 2011 :

"Jeudi, sur Europe 1, le ministre de l’Intérieur, Claude Guéant, a à nouveau cogné sur une cible qu’il affectionne tout particulièrement : les étrangers. Affirmant que «la délinquance étrangère est supérieure à la moyenne enregistrée dans notre pays», le ministre veut élargir le nombre de délits susceptibles d’être assortis d’une interdiction du territoire français. «Pour quelque temps au moins»… Les contours de sa nouvelle trouvaille sont flous, et la mesure a peu de chance d’être adoptée avant la présidentielle. Mais elle creuse un sillon déjà bien travaillé à droite : rétablir sans le dire une forme de «double peine» (tout en jurant ses grands dieux de ne pas y toucher). Ajouter le bannissement à l’amende ou à la prison. Une ligne en totale contradiction avec la mansuétude affichée par Nicolas Sarkozy il y a quelques années encore . En 2003, il avait aménagé la double peine (sans la supprimer, il protégeait simplement certains étrangers en fonction de leur situation familiale ou de leur ancienneté sur le territoire), y trouvant le moyen d’afficher son brevet de républicanisme : la délinquance devait être durement punie, mais de la même manière que l’on soit français ou étranger. De cette image, Sarkozy-président ne veut plus. En juillet 2010, il annonce dans son discours de Grenoble sa volonté de déchoir de leur nationalité les tueurs de policiers d’origine étrangère. La mesure sera enterrée : profondément discriminatoire, elle choque même à droite. Puis les députés de la Droite populaire, en décembre 2010, rendent un peu plus automatique l’interdiction de territoire pour les crimes. Sarkozy ne bronche pas. Jeudi, c’était au tour du fidèle Guéant de vouloir des «mesures spécifiques contre la délinquance étrangère». Interrogé par Libération, l’entourage du ministre cherchait vendredi à temporiser : «Il s’agit juste d’ajouter des délits à la liste de ceux pour lesquels le juge peut prononcer une peine complémentaire d’interdiction du territoire.» Le message, lui, est passé."

vendredi 23 décembre 2011

Jour 1686

Fillon se met à la vidéo amateur

Le Monde, 22 décembre 2011 :

"Plus de 200 nouvelles caméras de surveillance ont été mises en service, mercredi 21 décembre, à Paris. [...] Adopté fin 2009 par le Conseil de Paris, ce plan est financé à hauteur de 82 millions d'euros par l'Etat et de cinq millions par la mairie, en raison du statut particulier de la capitale. Le réseau sera "entièrement connecté et interopérable avec les 10 000 caméras déjà réparties dans la ville, notamment dans les transports et les centres commerciaux", a noté M. Fillon. [...] Le président du groupe EELV au Conseil de Paris, Sylvain Garel, a pour sa part affirmé ressentir "une double tristesse", témoignant de la division de la majorité municipale. "Ce plan est installé avec la complicité des élus socialistes (...). Pour nous c'est contraire à toute l'éthique de la vie en collectivité d'être surveillé à notre insu par des caméras", a-t-il déploré."