vendredi 30 mars 2012

Jour 1784

La future crise

Le blog du Monde, Démystifier la Finance, le 28 mars 2012 :

"Le scandale qui secoue la City de Londres et le monde financier mondial semble de plus en plus serieux. Seuls des articles sporadiques de spécialistes ont mis en évidence une fraude dont il est encore difficile de connaitre l’ampleur et la gravité. Le LIBOR n’est autre que le London Interbank Offered Rate. Il s’agit du taux auquel les banques se prêtent entre elles. Il est donc étroitement lié au financement et au fonctionnement de l’un des plus grands marchés au monde : le marché interbancaire, dont la taille est estimée a 90.000 milliards de dollars. Il est fixé par des banques dites « de référence » tous les jours ouvrables à 11h à Londres. C’est en effet de la City que proviennent la plupart des mécanismes de référence : ce n’est pas de l’impérialisme. C’est du au fait que c’est à Londres que sont nés les euromarchés. Le rôle du LIBOR a cependant largement dépassé le cadre des banques : après tout si les banques trichent entre elles, je ne suis pas convaincu que cela surprendrait, moins encore attristerait le grand public. Depuis des décennies les crédits bases sur les taux à court terme ont pris ce taux pour référence : la plupart des grands crédits syndiques ont en effet un taux d’intérêt fluctuant, basé sur le LIBOR à trois ou six mois. La masse d’instruments dont les taux sont liés au LIBOR est estimée par le Financial Times à 350.000 milliards de dollars. Ainsi, si France Telecom a emprunté sur cette base, le jour de l’échéance de renouvellement du taux pour une nouvelle période de trois mois pourrait être le LIBOR + 50 points de base, soit, en ce moment 0,5% (LIBOR) + 0,5% (la marge de credit), soit 1%. Cela vaut aussi pour les crédits hypothécaires et autres financements en dollars. C’est donc tout le système qui repose sur ce moment magique. Bank of America, Citibank, Barclays Bank, Credit Suisse, Deutsche Bank et UBS sont dans le collimateur des autorités de contrôle. Il semblerait que ce soient Barclays Bank, Citi et UBS qui aient alerte les autorites il y a plus d'un an et demi. Le concept de LIBOR a d’autre part émigré et il existe un equivalent du LIBOR pour les principales devises. Ainsi, les emprunts en euros sont basés sur un EURIBOR qui, fort heureusement, est confié à un panel plus large et est donc moins susceptible de manipulation. Ce qui ne garantit cependant pas son intégrité. Dans ce contexte, les banques de référence disposent d’une forme de pouvoir qui, même limité, peut avoir des effets considérables sur les coûts de financement des entreprises et des particuliers et permettre à ces banques de financer à de meilleurs taux que d’autres ou, plus simplement, camoufler leurs difficultés de financement. Pour ce faire, il suffit de disposer des données permettant aux professionnels chargés de fixer le LIBOR, de prendre connaissance de la position de la Trésorerie de leur banque : 1 point de base (0,01%) n’avait aucune importance lorsque le LIBOR était élevé. En période de taux bas, il est naturel de se préoccuper d’un point de base qui peut avoir des répercussions journalières sur les coûts de financement des dizaines des milliards de dollars qui viennent a échéance chaque jour. Le Gouvernement américain aurait été le premier à se soucier de ce sujet et enclencher une enquête sur ce mécanisme lors de la crise financiere. Ce sont les autorités de la City qui mènent l’enquête, avec une dizaine d’autorités de contrôle dont les françaises, allemandes, japonaises et américaines.Les conclusions sont tellement graves que l’on s’attend à ce que, d’un jour à l’autre, plusieurs traders et banques impliqués dans ce scandale soient poursuivis pénalement. Cette fraude est d’une telle gravité que plusieurs banques ont déjà renvoyé des traders peu scrupuleux qui avaient ainsi allègrement franchi la muraille de Chine qui est supposée séparer les opérations de trésorerie de la fixation du LIBOR. D’un autre coté, le LIBOR n’est significatif que parce que les Trésoreries des banques gèrent des capitaux suffisamment importants pour que le taux soit représentatif. Comme dans le cas de notations frauduleuses des obligations représentatives des crédits subprime, certains traders avaient obtenu accès au système où les dirigeants de banques entraient leurs taux de référence et pouvaient les manipuler. Il y a une certaine hypocrisie dans la manière dont les banques (qui ont toutes fait savoir qu’elles coopèreraient avec les autorités) tentent de faire peser le poids d’une fraude systémique aux seuls traders. Une fraude d’une telle ampleur implique non seulement la connaissance, mais l’approbation des hauts dirigeants des institutions concernées. Comme le déclarait un avocat qui travaille sur ce sujet « cela pourrait bien n’être que le sommet de l’iceberg »."

jeudi 29 mars 2012

Jour 1783

Un élection passionnante en vue...

Le Monde Diplomatique, édito du futur n° d'avril :

"L’élection française va-t-elle entraîner un changement de président sans que les débats décisifs de la période ouverte depuis 2007 soient tranchés pour autant ? L’alternance politique constituerait un soulagement pour les Français. Car, au-delà des travers les plus notoires du président sortant — son omniprésence, son exhibitionnisme, sa capacité à dire tout et puis son contraire, la fascination que lui inspirent les riches, à peu près égale à sa disposition à transformer les chômeurs, les immigrés, les musulmans ou les fonctionnaires en boucs émissaires de toutes les colères —, les cinq années écoulées ont marqué un recul de la démocratie politique et de la souveraineté populaire. [...] La subordination des cercles dirigeants français à une droite allemande de plus en plus arrogante, attachée à son credo d’une « démocratie conforme au marché », érode également la souveraineté populaire. La levée de cette hypothèque est au cœur du scrutin en cours. Et oblige à poser sans détour les termes du débat européen. Nul n’ignore que les programmes d’austérité mis en œuvre avec acharnement depuis deux ans n’ont apporté — et n’apporteront — aucune amélioration aux problèmes d’endettement qu’ils prétendent résoudre. Une stratégie de gauche qui ne remettrait pas en cause ce garrot financier est par conséquent condamnée d’emblée. Or l’environnement politique européen interdit d’imaginer que ce résultat puisse être obtenu sans combat. [...] Au-delà de ce qui les distingue — en matière de justice fiscale, par exemple —, MM. Sarkozy et Hollande ont soutenu les mêmes traités européens, de Maastricht à Lisbonne. Ils ont tous deux entériné des objectifs draconiens de réduction des déficits publics (3 % du produit intérieur brut en 2013, 0 % en 2016 ou en 2017). Ils récusent l’un et l’autre le protectionnisme. Ils attendent tout de la croissance. Ils défendent des orientations de politique étrangère et de défense identiques, dès lors que même la réintégration par la France du commandement intégré de l’Organisation du traité de l’Atlantique nord (OTAN) n’est plus remise en cause par les socialistes français. L’heure est pourtant venue de rompre avec l’ensemble de ces postulats. Changer de président en est assurément la condition. Mais ni l’histoire de la gauche au pouvoir ni le déroulement de la campagne actuelle n’autorisent à imaginer qu’elle pourrait suffire."

mercredi 28 mars 2012

Jour 1782

Juste une lettre pour l'ignorant

Le blog C'est classe ! de Libération, le 27 mars 2012 :

"Henri Lanta, professeur de Sciences économiques et sociales (SES), est une figure respectée du monde enseignant. Aujourd'hui à la retraite, il est l'un des grands défenseurs de cette discipline, régulièrement attaquée par la droite et les milieux de l'entreprise qui la jugent trop sociologique, voire gauchiste. Il est aussi une référence historique - en 1967, il fut aux tout débuts de la série B (économique), prédécesseure de la série ES (économique et sociale). Pour marquer son désaccord avec la politique éducative du quinquennat et ses effets qu'il juge désastreux, il a décidé un geste spectaculaire: rendre ses Palmes académiques et envoyer un courrier à Nicolas Sarkozy expliquant pourquoi. "Monsieur le Président, je vous écris une lettre ... "Dernièrement, des membres de l’Education nationale ont décidé de renvoyer leurs Palmes pour manifester de façon symbolique leur condamnation catégorique de l’état dans lequel vos choix vont laisser l’école primaire, le collège et le lycée. "C’est pour cette raison que je renvoie les miennes non au ministère de l’Education nationale mais à l’Elysée où, depuis 5 ans, vous avez décidé de tout sur tout". "Début 2008, vous déclariez: "l’école primaire est une priorité trop longtemps délaissée alors que son affaiblissement est la cause principale de l’échec au collège" et encore "Je prends un engagement: nous allons diviser par 3 le taux d’échec scolaire à la sortie du CM2 d’ici à la fin de la mandature". Vous en souvenez-vous ? "Rentrée scolaire 2011: dans le primaire, 1500 classes ont été fermées, surtout en milieu rural, 8967 postes budgétaires supprimés (16000 en primaire, collèges et lycées). "Monsieur le président, où en êtes-vous de cette division par 3 du taux d’échec à la fin du CM2 ? La suppression de dizaines de milliers de postes dans le primaire, celle de milliers de postes de professeurs-Rased, ont-elles porté leurs fruits ? "Depuis 2007, les 2 ministres-auxiliaires Xavier Darcos et Luc Chatel tentent de faire passer le "raisonnement" suivant: depuis 20 ans, le nombre d’enseignants s’est considérablement accru et le niveau des élèves ne s’est pas amélioré. Conclusion: puisque la création de postes ne permet pas d’améliorer les performances, leur suppression ne les fera pas baisser. "Monsieur le Président, vous le savez bien, la réalité n’a rien à voir avec cette imposture. La réalité, c’est le choix que vous avez fait en 2007 et obstinément maintenu jusqu’aux approches de l’élection: le bouclier fiscal pour les uns entraînant inéluctablement les suppressions de postes pour les autres. "Il faut aussi parler de la carte scolaire et du renforcement de la ségrégation sociale auquel ont abouti les mesures prises en 2007, de la formation des maîtres et de la baisse, dès 2010, de 30% du nombre d’inscrits aux nouvelles formations de professeurs, des attaques subies par l’enseignement de l’Histoire, du "nettoyage" des programmes de SES supervisé par Michel Pébereau, un de vos visiteurs du soir, récemment encore PDG de BNP-Paribas, membre de l’Académie des Sciences morales et politiques qui sait, lui, l’économie (surtout pas de sociologie) qu’il est "convenable" d’enseigner aux lycéens". Henri Lanta conclut en appelant de ses voeux "la fin de l'erreur-Sarkozy" le 6 mai prochain."

mardi 27 mars 2012

Jour 1781

Une de perdue...

Le Figaro, 27 mars 2012 :

"En 2008, elle avait été présentée comme un remède miracle à la guerre. Tel le génie d'Aladin, elle devait réaliser tous les vœux de la coalition. Conjuguant des approches sécuritaires, politiques et économiques, la doctrine de contre-insurrection, utilisée par les Français en Algérie et en Indochine, vise à rallier les populations en les isolant des insurgés grâce à un travail de protection des civils et de formation des forces locales. [...] Quatre ans plus tard, force est de constater qu'elle n'a pas tenu ses promesses. Les talibans ont repris le contrôle dans les provinces, les attentats se multiplient et l'annonce du départ des troupes étrangères sonne comme un aveu d'échec."

lundi 26 mars 2012

Jour 1780

C'est pour votre bien

Le Figaro, 26 mars 2012 :

"Les conducteurs qui contesteront un PV seront fichés. Paru à la mi-mars au Journal officiel et mis au jour lundi par Le Parisien , un arrêté du ministère de l'Intérieur va donner naissance à un nouveau fichier, nommé «automatisation du registre des entrées et sorties des recours en matière de contravention». Rebaptisé «Ares», cet outil recueillera un certain nombre de données personnelles sur les automobilistes faisant une requête en exonération d'amendes. Parmi ces données, des informations relatives à l'identité (nom, prénom, date et lieu de naissance, adresse…), mais aussi à la vie professionnelle. Le fichier recensera, en outre, l'ensemble des infractions, sur une période de cinq années, commises par l'automobiliste fiché."

dimanche 25 mars 2012

Jours 1778 & 1779

Une presse sélective

L'Acrimed, le 21 mars 2012 :

"La presse est en crise ? Certains ne semblent pas vouloir le croire. Peu importent finalement la désaffection du lectorat populaire et la défiance généralisée envers les médias : l’essentiel est que les quelques personnes qui lisent encore la presse écrite nationale aient les moyens d’acheter ce que ses annonceurs vendent. La romance ne semble pas devoir finir. La presse veille à ne pas froisser ses amants fortunés. D’abord par son prix, qui la rend inaccessible aux pauvres. Ensuite par ses orientations qui ne remettent en question l’économie de marché qu’à la marge - et encore, seulement quand il y a une crise. S’il devait un jour être question, par exemple, de taxer les riches, l’idée ne ferait son chemin qu’à condition que les riches l’aient eue eux-mêmes, ou qu’un candidat donné gagnant de l’élection présidentielle par les sondages la fasse sienne… et encore, dans ce cas-là, les grands journaux ne manquent-ils pas de faire planer la menace d’un exil fiscal des intéressés. L’idée que le « peuple » serait plus soumis à l’influence des grands médias que les classes éduquées est une idée répandue, particulièrement chez lesdites classes éduquées. Cette étude d’Audipresse montre-t-elle involontairement le contraire ? On pourrait croire en effet que la passion des catégories les plus aisées pour l’information en fait un public particulièrement réceptif aux dogmes que diffuse la presse dominante..."

vendredi 23 mars 2012

Jour 1777

Il ne faut pas s'étonner

Le Monde, 23 mars 2012 :

"L'Internet n'y change rien, les téléspectateurs de par le monde passent toujours plus de temps devant leur poste. En 2011, ils sont restés en moyenne trois heures et seize minutes par jour devant leur écran, six minutes de plus qu'en 2010 et vingt minutes de plus qu'il y a dix ans, détaille la dix-neuvième étude annuelle publiée par Eurodata TV Worldwide.