jeudi 8 mars 2012

Jour 1762

Même les anglais trouvent que ça sent la merde

The Independent, le 5 mars 2012 :

"An article in the German news magazine, Der Spiegel, claims that the German, British, Italian and Spanish leaders have made a verbal deal to shun the Socialist candidate – and runaway favourite – before the two-round election in April and May. In the case of Angela Merkel of Germany, Mario Monti of Italy and Mariano Rajoy of Spain, the magazine said the ban was a punishment for Mr Hollande's pledge to renegotiate the European treaty on fiscal discipline, which was signed last week. Mr Cameron, who refused to see Mr Hollande in London last Wednesday, joined the pact out of ideological solidarity with President Nicolas Sarkozy, Der Spiegel claimed. [...] In a campaign speech in Bordeaux on Saturday, Mr Sarkozy reacted to poor polls and a week of minor calamities by steering his campaign rightwards. He said immigration could be a "problem" and he vowed to crack down on any special arrangements for halal meat or separate swimming times for Muslim women in public pools."

mercredi 7 mars 2012

Jour 1761

Piqûre de rappel sur le vrai nabot caché au fond du nain


"Il fallait une suite à l’infâme discours de Grenoble : ce sera l’abject discours de Bordeaux. Samedi dernier, Nicolas Sarkozy a fait ce qu’il a pu pour effacer un peu plus la limite censée séparer encore la droite de l’extrême droite dans notre pays. Et comme chaque fois qu’il entreprend de singer le Front National, il était essentiellement question des délinquants et des étrangers : « l’anti-France » disait-on autrefois, « ceux qui détestent la France, qui n’aiment pas la République » dit-on aujourd’hui, en prononçant 106 fois le mot pour mieux piétiner la chose. Le lendemain, à Marseille, Marine Le Pen a eu du mal à trouver pire. Il ne lui restait qu’à pousser l’avantage. Au rayon judiciaire de cette superette rhétorique à l’usage des électeurs frontistes, on trouve de tout, mais toujours n’importe quoi : l’alignement de tous les condamnés sur le régime des récidivistes pour l’octroi d’une libération conditionnelle ; un nouvel élargissement des « peines planchers » au moyen d’une nouvelle définition de la récidive ; la remise en cause de l’aménagement ab initio des peines de moins de deux ans d’emprisonnement – pourtant voté par sa majorité en 2009 – ; un droit d’appel accordé aux victimes « pour les décisions des cours d’assises, la détention provisoire et l’exécution des peines » – pourtant déjà rejeté par son gouvernement – ; l’introduction de « jurys populaires » dans « tous les tribunaux correctionnels », mais aussi en matière de détention provisoire et d’application des peines ; ou encore, la fin de la double compétence civile et pénale du juge des enfants. En bref, Nicolas Sarkozy propose de continuer à saccager la justice pendant cinq ans, au nom d’une lutte contre la délinquance qu’il a été incapable de mener pendant dix ans. Il sait déjà que le bilan de l’expérimentation des « citoyens assesseurs » – amorcée il y a seulement deux mois et prévue à l’origine pour deux ans – sera positif, alors que les tribunaux correctionnels sont menacés d’asphyxie et qu’une justice pénale toujours plus inégalitaire se profile. Il veut faire croire que « notre droit des mineurs date de 1945 », alors qu’il a été modifié – et souvent abîmé – une cinquantaine de fois. Il entend liquider les principes posés à l’époque par le Conseil National de la Résistance, tout en se réclamant sans vergogne du Général de Gaulle. Il n’a rien retenu du scandale d’Outreau, qui est d’abord celui de l’abus du recours à la détention provisoire. Il affirme qu’aujourd’hui « la souffrance des victimes n’a pas son mot à dire », alors qu’il n’a cessé de bafouer leurs droits en favorisant les procédures expéditives, en les empêchant de saisir directement le juge d’instruction, en réduisant les crédits alloués aux associations chargées de les assister. Il prétend leur rendre justice, mais il n’a que la vengeance à leur proposer. Il est hostile aux aménagements de peine, alors qu’il s’agit de l’outil le plus efficace pour lutter contre la récidive. Il ne jure que par les « peines planchers », alors qu’elles n’ont jamais fait la preuve de leur efficacité, sauf pour dénaturer le travail des juges et faire déborder les prisons... Ce président-là, ce candidat en mal de popularité, qui s’accroche au pouvoir en raclant les fonds de tiroir de la droite la plus rance, se moque éperdument de la réalité judiciaire. Les victimes sont ses faire-valoir, les « voyous » ses épouvantails et les juges ses salauds utiles. Quant aux étrangers, voici comment il en parle : « Je veux dire, pour que les choses soient bien claires, que ceux qui viennent avec l’intention de ne pas respecter nos lois et nos moeurs, de ne pas respecter la propriété d’autrui, de ne pas envoyer leurs enfants à l’école, qui ne sont disposés à faire aucun effort sérieux ni d’intégration ni d’assimilation, ne sont pas les bienvenus en France. On ne peut être les bienvenus en France si la seule justification de sa volonté c’est d’obtenir des prestations sociales. » Les choses sont claires en effet : Nicolas Sarkozy ne sert pas la République, il s’en sert."

mardi 6 mars 2012

Jour 1760

Un bon arabe, il a du pétrole, un mauvais...

Le Monde Diplomatique, mars 2012 : 

"Les libertés fondamentales ne sont pas mieux respectées en Arabie saoudite qu’en Iran. Est-ce donc à son statut de premier pays exportateur de pétrole et d’allié des Etats-Unis que la monarchie wahhabite doit d’être miraculeusement épargnée par la « communauté internationale » ? L’Arabie saoudite peut en tout cas intervenir à Bahreïn, y écraser une protestation démocratique, exécuter soixante-seize personnes en 2011 (dont une femme accusée de « sorcellerie »), menacer du même châtiment un blogueur qui a diffusé sur son compte Twitter un dialogue imaginaire avec le Prophète, condamner les voleurs à l’amputation, proclamer les chefs d’inculpation de viol, de sodomie, d’adultère, d’homosexualité, de trafic de drogue, d’apostasie passibles de la peine capitale, sans que, hormis le Haut-Commissariat des Nations unies aux droits de l’homme, nul ou presque semble s’en émouvoir. Ni le Conseil de sécurité de l’ONU, ni le G20, dont l’Arabie saoudite est membre, ni le Fonds monétaire international (FMI), dont la directrice générale vient de saluer le « rôle important » joué par Riyad dans la stabilisation de l’économie mondiale. La même monarchie s’obstine-t-elle à interdire aux femmes — qui déjà ne peuvent pas se déplacer en voiture sans mari ou chauffeur — de participer aux Jeux olympiques ? Cette violation de deux articles au moins de la charte sportive (1) ne suscite pas, elle non plus, beaucoup de remous. A supposer que l’Iran se fût rendu coupable d’un tel apartheid sexuel, une campagne internationale de protestations eût déjà été lancée. [...] L’argent des pays du Golfe encourage par ailleurs les provocations des salafistes tunisiens et finance des chaînes de télévision qui propagent dans le pays une lecture moyenâgeuse de l’islam. En janvier 2008, le président français Nicolas Sarkozy prétendait que, « sous l’impulsion de sa majesté le roi Abdallah », l’Arabie saoudite développait une « politique de civilisation ». Quatre ans plus tard, ce pays, où règne la corruption, est surtout devenu le fer de lance du sunnisme ultraconservateur dans le monde arabe. Les gérontes de Riyad, qui assimilent les protestations de la jeunesse saoudienne à une « nouvelle forme de terrorisme », ne se soucient du droit des peuples que pour l’opposer aux régimes de leurs rivaux régionaux, « radicaux » ou chiites. Le royaume se croit sans doute abrité des tempêtes populaires par son saupoudrage social d’une fraction de la rente pétrolière, par le mépris que la majorité sunnite voue aux 10 à 20 % de chiites qui grondent dans l’est du pays, par la crainte de l’Iran enfin. L’indulgence internationale dont bénéficie la monarchie saoudienne lui procure un bouclier de plus."

lundi 5 mars 2012

Jour 1759

L'amnésie récidive

Le blog Droit des enfants du Monde, le 4 mars 2012 : 

"D’ordinaire on fait reproche aux candidats aux élections d’avoir une mémoire sélective en oubliant leurs engagements une fois élus. Le président-candidat inaugure une nouvelle forme d’amnésie : l’oubli des lois qu’il a fait voter durant son quinquennat, et même durant toute la période où depuis 2002 il a eu comme ministre de l’intérieur des responsabilités sur le terrain de la sécurité ! Le passage de son discours de Bordeaux sur la justice des mineurs est révélateur. Affirmant qu’« un mineur hyperviolent de 16 ans n’est plus un enfant », ce qui en soi manque de base scientifique, mais ne nous arrêtons pas sur ce point pourtant ... majeur, Nicolas Sarkozy veut que ce jeune soit jugé comme un adulte et donc ne relève plus d’un juge des enfants. Il en vient donc à prôner l’abaissement de la majorité pénale de 18 à 16 ans. [...] Tout d’abord les deux lois de mars et septembre 2007 ont singulièrement facilité le retrait de l’excuse atténuante de minorité aux jeunes de plus de 16 ans, mais de moins de 18 ans ayant commis un délit ou un crime. Quitte à devoir motiver leur décision, les juges peuvent aisément leur retirer ce « privilège » qui leur permet d’encourir une peine de moitié inférieure à celle encourue pour un acte équivalent commis par un adulte. Ils seront condamnés comme des majeurs. Et la loi elle-même retire automatiquement cette excuse au mineur en situation de double récidive, quitte aux juges à oser la rétablir en motivant leur décision. En d’autres termes sait-on qu’en France un jeune de 16 ans peut être condamné à la réclusion criminelle à perpétuité ? Deuxièmement le dispositif de peines-plancher est totalement applicable aux mineurs de 16-18 ans comme aux majeurs. Troisièmement : des jeunes de 16 ans peuvent être désormais jugés par le tribunal correctionnel pour mineurs, juridiction non spécialisée. Si ce jeune de 16 ans est hyper violent comme l’avance le candidat-président, il aura déjà commis un délit et relèvera donc de ce tribunal institué par la loi du 10 août 2011 qui peut ne comprendre qu’un juge des enfants pour deux juges non spécialisés. Au 1er janvier 2013, ce TCM se verra adjoindre deux jurés populaires. En d’autres termes sur 5 juges il n’y aura dans la juridiction qu’un de ces juges des enfants dont Nicolas Sarkozy se méfie. Faut-il ajouter que si les faits sont aussi graves que ceux que vise N. Sarkozy on sera dans le registre de la cour d’assises où, là encore, les juges des enfants sont minoritaires – deux pour une cour de 9 juges, professionnels et jurés compris. Ainsi le candidat oublie bien ce que le président a déjà fait pour faire juger comme des adultes les jeunes de 16 ans « hyper violent »."

dimanche 4 mars 2012

Jours 1757 & 1758

Riche + puissant = gros con

Le Monde, 2 mars 2012 :

"Dans un climat politique où il est tant question d'opposition entre les "élites" et le "peuple", voici une étude qui devrait faire couler beaucoup d'encre. Et pour cause : des chercheurs américains et canadiens documentent, dans l'édition du lundi 27 février de la revue Proceedings of the National Academy of Sciences (PNAS), l'existence d'une relation inverse entre élévation dans la hiérarchie sociale et éthique du comportement individuel. C'est-à-dire, exprimé de manière un peu plus directe, que plus vous êtes riche, plus vous êtes susceptible de vous comporter de manière moralement lamentable. L'équipe américano-canadienne menée par Paul Piff (université de Californie à Berkeley) a quelques arguments. Les chercheurs ont mené pas moins de sept protocoles expérimentaux différents, qui concluent tous dans le même sens. 

"CUPIDITÉ" 

Le premier est simple : il s'est simplement agi de se poster à un carrefour et d'observer les véhicules pris en flagrant délit de refus de priorité. La deuxième expérience, très semblable, a quant à elle consisté à relever les situations dans lesquelles un piéton engagé sur un passage ad hoc se fait couper la route par une voiture. Dans les deux cas, les chercheurs ont classé les véhicules en cinq catégories, des épaves roulantes (groupe 1) aux berlines de luxe (groupe 5). Résultat : près de 30 % des véhicules du groupe 5 forcent le passage aux voitures prioritaires, un taux quatre fois supérieur aux groupes 1 et 2, et trois fois supérieur aux groupes 3 et 4. Corrélation quasi identique pour le respect dû aux piétons... Mais, direz-vous, ce n'est pas parce qu'on a une belle voiture qu'on est nécessairement riche. Ce qui n'est pas faux. Aussi, les chercheurs ont complété ces deux expériences par d'autres, menées en laboratoire. A chaque fois, une centaine d'individus ont été invités à prendre connaissance de divers scénarios ou situations : atteinte d'un objectif au prix d'une entorse à la morale, captation d'un bien de manière indue au détriment d'un tiers, mensonge au cours d'une négociation, caution d'une faute dans le cadre professionnel. Puis les participants ont rempli un questionnaire répondant à la question de savoir dans quelle mesure ils seraient prêts à reproduire ces comportements. A chaque fois, une corrélation entre le statut social des participants et leur capacité à enfreindre l'éthique est mise en évidence. Une dernière expérience a consisté à placer près de 200 personnes devant un jeu informatique de lancer de dés : une somme d'argent leur était promise si le score atteint après cinq lancers était élevé. Mais, bien sûr, le jeu était pipé et le score ne pouvait excéder 12 points. Ceux qui ont rapporté des scores supérieurs aux expérimentateurs ont donc triché. Même en tenant compte de nombreux paramètres comme l'ethnie, le sexe, l'âge, la religiosité, l'orientation politique, il n'y a rien à faire, "la classe sociale prédit positivement le fait de tricher". A quoi tient ce lien entre hauteur sociale et bassesse morale ? En partie, répondent les chercheurs, "à une perception plus favorable de la cupidité"."

vendredi 2 mars 2012

Jour 1756

Vieux pots et soupe rance

Le Monde Diplomatique, 2 mars 2012 :

"Le 23 février dernier, Nicolas Sarkozy a annoncé à Lille : « Je veux être le porte-parole de cette France qui vit de son travail. En 2007, j’avais choisi le travail, je n’ai pas changé d’avis. » Depuis qu’il est entré en campagne, on ne sait pas ce qui est le plus admirable chez le président-candidat. Son audace à proclamer des intentions contraires à tout ce qui constitue le bilan de sa présidence ? [...] M. Sarkozy l’a promis : il ne retournera pas au Fouquet’s. Il fait comme si le problème avait été son choix de restaurant davantage que celui de ses convives, patrons du CAC-40, directeurs de journaux, vedettes de variété obsédées par le montant de leur impôt, empereurs de la télévision-poubelle, affairistes... Là, il jure que c’est terminé : « Il y a une infime minorité qui a beaucoup choqué les Français en faisant vraiment n’importe quoi. (…) Il y a un sentiment d’injustice. » Le président-candidat, qui pendant cinq ans a guerroyé contre « l’assistanat » en déclinant toutes les techniques de l’art d’ignorer et de stigmatiser les pauvres, afin surtout de les opposer entre eux, interdira « purement et simplement » (s’il est réélu) « les retraites chapeaux des hauts dirigeants ». Une promesse déjà faite en 2007. Hélas, la crise ne lui a pas laissé le temps de la réaliser puisqu’il fallait d’abord et d’urgence « réformer » les retraites, réduire la fiscalité pesant sur les fortunes, supprimer l’impôt sur les successions, amincir la fonction publique, durcir la justice pénale, combattre l’immigration, réglementer le droit de grève. Ne nous méprenons pas, toutefois, la (nouvelle) révolution fiscale de M. Sarkozy ne défera pas l’ancienne. L’augmentation déjà programmée de la TVA frappera en priorité les petits revenus (qui consomment une fraction plus importante de ce qu’ils gagnent) ; l’augmentation de la fiscalité directe que prévoient les candidats de gauche (MM. François Hollande, Jean-Luc Mélenchon, Mme Eva Joly) et d’extrême gauche (M. Philippe Poutou et Mme Nathalie Arthaud) inspirent au candidat sortant cette réflexion : « Si demain on a en France un génie, un Steve Jobs, est-ce qu’on doit le mettre dehors, ou est-ce qu’on doit, au contraire, l’avoir ? (…) Monsieur Hollande veut moins de riches en France, c’est son droit, moi je veux moins de pauvres. » Le milliardaire qu’on va spolier et décourager de « créer », celui dont la collectivité risque de se priver, c’est toujours Pablo Picasso ou Steve Jobs, jamais le rejeton incapable, le fils de famille qui hérite de l’entreprise et de la fortune de son père – François-Henri Pinault, Martin Bouygues ou Arnaud Lagardère, par exemple. Il n’en demeure pas moins que quand « le président des riches » se métamorphose en candidat du peuple, la mise en scène est soignée. Col roulé, visites dans les usines, repas à la cantine, M. Sarkozy n’hésite pas, comme autrefois (sans succès...) M. Edouard Balladur, à monter sur une table afin d’haranguer la foule. Entouré d’ouvriers d’Alstom portant la casquette de leur entreprise, le président — qui ne pouvait, il y a encore quelques semaines, se déplacer qu’entouré de policiers et qui, redoutant les éclats de l’assistance (que manifestement il supporte très mal…), ne s’adressait qu’à des publics triés sur le volet — privilégie dorénavant le refus du protocole, la spontanéité. Et n’oublie ni l’émotion ni le volontarisme : « L’usine qui ferme, c’est un drame. Je n’ai pas été élu pour dire : il n’y a rien à faire » (à Lille, le 23 février). Sa présidence ayant été marquée par la désindustrialisation accélérée du pays (lire, sur ce sujet, notre dossier dans le numéro de mars, en kiosques), les « drames » n’ont pas manqué. Un jour de 2006 où il ne s’entretenait ni avec Martin Bouygues, ni avec Alain Minc, ni avec Bernard Arnault, ni avec Bernard-Henri Lévy, M. Sarkozy, alors ministre de l’intérieur, avait confié à Paris Match : « Je suis comme la plupart des gens : j’aime ce qu’ils aiment. J’aime le Tour de France, le football, je vais voir Les Bronzés 3, j’aime écouter de la chanson populaire. » Sur ce terrain du « populisme » (pour presse people), le président français est, cette année, exposé à une concurrence plus vigoureuse qu’il y a cinq ans. En effet, avec la crise et la ponction par les banques d’une partie de la richesse nationale s’est généralisé le discrédit des grosses fortunes, des sportifs et des vedettes de variété exilées fiscalement à l’étranger, sans oublier celui des experts sonnants et trébuchants qui quadrillent les médias et les commissions gouvernementales (lire l’enquête de ce mois-ci sur les économistes à gages). Combat frontal contre une gauche qui n’aimerait et n’écouterait que des artistes snobs, nécessité d’un volontarisme libéral pour empêcher le déclin précipité du pays, thérapie de choc (cette fois, le « modèle allemand » a remplacé le britannique), les recettes idéologiques du candidat Sarkozy paraissent reprendre à l’identique celles d’il y a cinq ans. Les dimensions appel à la repentance après des années de bombance et réaffirmation de la « morale traditionnelle », ne sont pas non plus absentes. A propos de cette dernière, inspirée par l’ultra-droite américaine, le quotidien officiel du régime, Le Figaro, confie que le 7 février dernier, le président français aurait dit à son comité stratégique de campagne réuni à l’Elysée : « Il faut rassurer les catholiques et le socle de notre électorat. J’ai arbitré : le mariage gay et l’euthanasie, c’est non. » Emouvante défense de la laïcité, obsession de l’intérêt général… Le nombre modeste des opportunistes professionnels qui s’affichent aux côtés du président sortant indique, au moins autant que les sondages, que les deux mois qui viennent ne seront pas de trop à M. Sarkozy pour convaincre l’opinion qu’une fois de plus il a « changé ». Et que le changement de président impose donc de voter pour lui. L’exercice n’est pas gagné d’avance."

jeudi 1 mars 2012

Jour 1755

Vos médias vous protègent

L'Acrimed, 6 janvier 2012 :

"Un incident mineur ? Un dysfonctionnement interne lié à un acte de malveillance ? Non, c’est bien un bug phénoménal qu’a révélé le Canard Enchaîné dans son édition du 28 décembre, provoquant une série de contrôles de la Commission nationale informatique et libertés (CNIL) au siège strasbourgeois d’Euro-Information, la filiale informatique du Crédit Mutuel, ainsi qu’au siège du Républicain Lorrain à Woippy, dans la banlieue de Metz. De quoi s’agit-il ? Si la majeure partie des journalistes des titres détenus par le Crédit Mutuel n’en avaient pas conscience, il se trouve que nombre d’entre eux avaient accès à des informations bancaires de toutes sortes, simplement en ouvrant des dossiers via leur boîte mail Outlook Express. Une « navigation » rendue possible par le fait que les activités presse et celles de la banque sont installées sur la même plateforme informatique, qui n’était plus, ou pas, ou pas encore, verrouillée. Une situation qui durait en réalité depuis de longs mois, ayant même fait l’objet de questions tout à fait officielles, de la part de représentants du personnel, dans les instances d’un de ces journaux. Voilà qui vient démontrer par l’absurde que lorsque le Syndicat National des Journalistes, première organisation de la profession, se bat contre la mutualisation et la concentration à tous crins des moyens, ce n’est pas sans fondement. En l’espèce, avoir les économies d’échelle pour seul horizon va manifestement à l’encontre des libertés individuelles et de la confidentialité des données personnelles. Car si les journalistes avaient accès à des informations bancaires, comment ne pas imaginer que l’inverse était également vrai ? Big Brother n’est pas uniquement de la science-fiction. Il aurait fallu colmater ces tuyaux percés, c’est désormais chose faite, mais par la même occasion, la banque fédérative a fait la démonstration qu’elle pouvait très bien verrouiller… l’information, en interdisant la parution dans « ses » journaux de la dépêche AFP résumant l’affaire. Information dérangeante s’il en est pour un banquier, censé assurer la sécurité des données personnelles de ses clients. Au Progrès, à Lyon, la brève n’est restée sur le site internet du journal que quelques heures. Un acte de censure ou d’auto-censure de la part de rédacteurs en chef zélés. Pas un mot, pas une ligne dans les autres quotidiens, à l’exception notable des sites internet du Journal de Saône-et-Loire et du Bien Public, passés entre les mailles de la censure. Comme si, à l’heure d’internet, l’information circulait encore par un canal unique et qu’il suffisait de l’obstruer pour que le citoyen n’en sache rien. Le SNJ condamne vigoureusement cette atteinte à la liberté d’informer, qui porte en elle les germes de dérives futures gravissimes. Que se passera-t-il le jour où la banque devra affronter des difficultés importantes, voire un scandale de l’ampleur du dossier Kerviel ? Faut-il croire sur parole Michel Lucas, le banquier papivore, lorsqu’il prétend n’avoir jamais fait preuve d’interventionnisme dans les journaux détenus par le Crédit Mutuel ? A quelques mois de la Présidentielle, cette affaire démontre l’urgence pour le législateur de reconnaître l’indépendance juridique des rédactions qui permettrait de découpler le pouvoir éditorial de celles-ci du pouvoir économique des actionnaires et de certains annonceurs, comme le revendique le SNJ."